Charbon (Anthrax)

Le charbon (anthrax en anglais), rendu tristement célèbre par les événements de bioterrorismes survenus pendant l’automne 2001, est une maladie d’origine bactérienne qui touche principalement le bétail. Chez l’homme, le charbon se manifeste sous différentes formes, potentiellement mortelles en l’absence de traitement.

 

 

 

 

 

 

Cause

L’agent infectieux du charbon est la bactérie Bacillus anthracis, dont les spores peuvent résister plusieurs années, voire plusieurs décennies dans la terre, avant d’être ingérées par des animaux en pâture. Les spores peuvent aussi être transportées par les cours d’eau. Elles peuvent également être véhiculées par l’air, si on les y dispersait. C’est essentiellement pour ces propriétés que l’agent du charbon peut constituer une menace bioterroriste.

 

Symptômes

On rencontre trois formes de charbon chez l’homme : la forme cutanée, contractée par entrée des spores au niveau d’une coupure ou d’une excoriation ; la forme intestinale, contractée à la suite de l’ingestion d’aliments contaminés, principalement de viande ; et la forme pulmonaire, due à l’inhalation de spores en suspension dans l’air. Ces trois formes du charbon peuvent entraîner la mort si elles ne sont pas traitées rapidement. Les symptômes apparaissent dans les 7 jours suivant le début de l’infection.

 

La forme cutanée représente au moins 95 % des cas enregistrés chez l’homme dans le monde. Elle se manifeste au départ comme une piqûre d’insecte, puis évolue en une vésicule puis un ulcère de 1 à 3 cm de diamètre, avec une nécrose noircissante au centre, et peut évoluer vers une septicémie. Elle est mortelle dans 20% des cas en l’absence de traitement.

 

La forme intestinale est quant à elle caractérisée par une inflammation aiguë du tractus digestif et se manifeste par l’apparition de nausées, d’une perte de l’appétit, de vomissement, de fièvre suivie de douleurs abdominales et des diarrhée sévère. Elle est mortelle dans 25 à 60% des cas.

 

La forme pulmonaire se manifeste au départ comme un rhume banal, mais évolue en quelques jours avec l’apparition d’importants troubles respiratoires, avec toux, maux de tête, douleurs musculaires, qui s’aggravent et évoluent vers un choc septique. Cette forme de charbon est quasiment toujours mortelle en l’absence de traitement.

 

Epidémiologie

Cette maladie frappe naturellement les animaux et l’homme dans la plupart des pays d’Afrique subsahélienne et d’Asie, dans plusieurs pays d’Europe du Sud, dans les Amériques et dans certaines régions d’Australie. On enregistre des flambées sporadiques de charbon chez les herbivores dans d’autres pays.

 

En France, des foyers de charbon animal sont détectés régulièrement, mais ne dépasse pas l’ordre de la dizaine.

 

Transmission

Le charbon est une maladie en priorité les herbivores, mais tous les mammifères peuvent la contracter. Chez l’homme, hôte accidentel, la transmission se fait directement ou indirectement à partir d’animaux infectés, ou du fait d’une exposition professionnelle à des produits animaux contaminés. Il n’y a aucun cas documenté de transmission d’homme à homme. Les conséquences de cette maladie en santé vétérinaire et en médecine peuvent être sérieuses.

 

Traitement 

L’administration précoce d’un traitement à base d’antibiotiques (antibiothérapie) entraîne généralement une guérison rapide de la personne ou de l’animal infecté par le bacille du charbon. Elle peut également être employée à titre prophylactique chez des sujets asymptomatiques dont on pense qu’ils ont été exposés à des spores.

 

Prévention

La prévention du charbon chez l’homme et chez l’animal repose sur des mesures de lutte contre la maladie appliquées au bétail dans les régions d’endémie, notamment l’élimination sans risque des carcasses d’animaux charbonneux (par incinération ou enfouissement) et la vaccination des troupeaux à risque. Les conditions qui prévalent dans beaucoup de pays d’endémie font que ces mesures de lutte apparemment simples sont difficiles à mettre en œuvre.

 

Dans les pays industrialisés, la prévention repose sur des mesures prophylactiques rigoureuses dans les élevages et l’industrie. Après la découverte d’un cas de charbon dans un troupeau, il est de rigueur de surveiller et de vacciner l’ensemble du troupeau. On dispose en effet de vaccins efficaces destinés aux animaux. Par contre, les vaccins à usage humain sont moins performants et leur utilisation doit être réservée aux groupes à haut risque, tels ceux professionnellement exposés et certains personnels militaires.

 

A l’Institut Pasteur

L’entité de recherche Pathogénie des toxi-infections bactériennes, dirigée par Pierre L. Goossens, est spécialisée dans l’étude de Bacillus anthracis, à la fois en tant qu’infection per se et en tant que modèle d’infection bactérienne associant processus infectieux et toxines. Elle étudie les interactions entre la bactérie et son hôte, les mécanismes mis en jeu par l’hôte pour tenter de contrôler l’infection ainsi que ceux utilisés par la bactérie pour subvertir ces mécanismes de défense. Les chercheurs ont ainsi analysé grâce à des techniques d’imagerie très performantes en bioluminescence les mécanismes de colonisation et de dissémination bactérienne, les acteurs du contrôle de l’infection dont une enzyme bactéricide (voir le communiqué du 10 décembre 2007). Dans le domaine de la vaccination anti-charbonneuse, une composition vaccinale efficace, susceptible d’être utilisée chez l’homme, a été mise au point et est en cours d’évaluation en Phase I. Les mécanismes de protection impliqués, humoral et cellulaire, et les cibles bactériennes reconnues par le système immunitaire, sont analysés.

 

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Illustration - Copyright Institut Pasteur

Légende - Mélange de spores capsulées et non capsulées de Bacillus anthracis, fixées (sur grille microscopie electronique). Marquage de l’exosporium (enveloppe la plus externe de la spore), capsule et ADN.

 

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Mars 2013

 

 

Les équipes de l’Institut Pasteur mobilisées sur le sujet

 

Entités de recherche

 

Laboratoire de Pathogénie des toxi-infections bactériennes (PDF)

dirigé par Pierre L. Goossens