Listériose

|

En France métropolitaine, environ 350 cas recensés chaque année

Aidez-nous à faire avancer la recherche

Faites un don !

Cause

L’agent infectieux responsable de la listériose est la bactérie Listeria monocytogenes. Du fait de son caractère ubiquitaire (présence dans l’eau, le sol, les végétaux et dans l’intestin de nombreux animaux) et de ses caractéristiques physico-chimiques, cette bactérie a la capacité de coloniser les sites de fabrication des aliments. En conséquence, elle est à l’origine d’infections d’origine alimentaire, notamment à partir de produits laitiers ou carnés contaminés, et d’épidémies en cas de diffusion large de l’aliment contaminé.

Symptômes et traitement

L’étude prospective nationale MONALISA menée au Centre national de référence Listeria, en lien avec Santé publique France, a permis de mieux préciser les signes cliniques de l’infection.

  • Chez l’adulte, la maladie se traduit par une infection du sang (septicémie), voire du système nerveux central, qui se manifeste alors principalement par une méningo-encéphalite (c’est-à-dire une infection des méninges et du cerveau).
  • Chez la femme enceinte, l’infection est en général sans conséquence pour la mère : elle peut passer inaperçue, prendre la forme de contractions, ou se traduire par un pic fébrile. En revanche, le nouveau-né infecté présente une infection sévère, souvent aggravée par la prématurité, qui peut combiner septicémie, infection pulmonaire, neurologique et parfois cutanée. Il existe un traitement antibiotique, d’autant plus efficace qu’il est administré rapidement. Cependant, l’évolution peut être fatale même en cas de traitement adapté et précoce.

La période d’incubation de la listériose s’étend de quelques jours à deux mois ; elle est plus longue dans les formes maternelles (1 mois) que dans les formes septicémiques ou neurologiques (quelques jours).

Epidémiologie

La bactérie Listeria monocytogenes a été décrite pour la première fois dans les années 1920, mais ce n’est que depuis la mise en évidence d’une origine alimentaire de l’infection humaine, à l’occasion d’une épidémie au Canada en 1981, que la listériose est considérée comme un véritable problème de santé publique. En France, c’est une maladie à déclaration obligatoire depuis 1998.

La listériose se présente sous forme de cas sporadiques, auxquels peuvent s’ajouter des cas groupés, voire des épidémies. En France métropolitaine, on compte environ 350 cas de listériose déclarés par an. On dénombrait jusqu’à près de 750 cas en 1992, dont plus de 250 cas épidémiques liés à la consommation de langue de porc en gelée. Aucune épidémie massive n’a été rapportée et le nombre de cas sporadiques a fortement baissé depuis 15 ans, les formes materno-néonatales ayant le plus diminué, alors qu’il a été noté ces dernières années une augmentation des cas de septicémies survenant chez des sujets âgés, souvent porteurs de comorbidités. En 2018 est survenue en Afrique du Sud la plus grave épidémie rapportée à ce jour, avec plus de 1000 patients infectés, dont plus de 40% de nouveaux-nés. La source de contamination identifiée était une saucisse de fabrication industrielle très largement distribuée dans tout le pays.

Transmission

Le mode de contamination le plus fréquent chez l’homme est l’ingestion d’aliments contaminés. La bactérie est sensible à la chaleur, mais peut encore se multiplier à 4°C (température des réfrigérateurs). La contamination des aliments par Listeria monocytogenes est donc favorisée par l’allongement de la chaîne du froid (entrepôts frigorifiques industriels et réfrigérateurs ménagers). Listeria monocytogenes n’altère pas le goût des aliments, contrairement à la plupart des autres pathogènes transmis par voie alimentaire, expliquant la possible ingestion répétée et en grandes quantités de cette bactérie.

En France, les aliments les plus fréquemment contaminés par Listeria monocytogenes sont les produits laitiers (notamment fromages à pâte molle et au lait cru), les charcuteries (langue, tête, rillettes), les produits de saurisserie, les graines germées réfrigérées, et les préparations traiteurs non recuites.

Prévention

La prévention pour les personnes à risque (femmes enceintes, personnes âgées, personnes immunodéprimées par un traitement immunosuppresseur ou une pathologie telle qu’un cancer, une cirrhose ou un diabète) consiste à éviter la consommation des produits de produits laitiers, de charcuterie en gelée, de rillettes, pâtés, foie gras, fromages au lait cru, poissons fumés, coquillages crus, surimi, tarama, graines germées crues… Il est recommandé de bien cuire les aliments d’origine animale, d’enlever la croûte de tous les fromages, de laver soigneusement les légumes et les herbes aromatiques et de bien recuire jusqu’à ébullition les produits achetés prêts à consommer « traiteur ».

Afin d’éviter les contaminations croisées (d’un aliment à l’autre), il faut conserver les aliments crus séparément des aliments cuits ou à consommer en l’état. Les produits préemballés sont à préférer aux produits achetés à la coupe, ces derniers devant dans tous les cas être consommés rapidement après leur achat. Les règles habituelles d’hygiène (qui ne concernent pas uniquement Listeria monocytogenes) doivent être particulièrement respectées :

  • Réchauffer soigneusement les restes alimentaires et les plats cuisinés avant consommation ;
  • Nettoyer fréquemment le réfrigérateur et le désinfecter ensuite avec de l’eau javellisée ;
  • S’assurer que la température du réfrigérateur est suffisamment basse (4°C) ;
  • Respecter les dates limites de consommation ;
  • Après la manipulation d’aliments non cuits, se laver les mains et nettoyer les ustensiles de cuisine qui ont été en contact avec ces aliments.

A l’Institut Pasteur

- Le Centre national de référence (CNR) et le Centre collaborateur de l’OMS Listeria sont hébergés à l’Institut Pasteur. Leurs travaux portent sur la surveillance de la listériose, en lien avec Santé publique France, et le séquençage et la caractérisation des souches de Listeria monocytogenes d’origines humaine et alimentaire.

- L’unité de Biologie des infections, dirigée par Marc Lecuit, à laquelle sont rattachés ces centres, étudie les mécanismes moléculaires gouvernant le tropisme des microorganismes pathogènes, et notamment leurs mécanismes de traversée des barrières intestinale, placentaire et hémato-encéphalique. Listeria monocytogenes est utilisée comme modèle pour comprendre les mécanismes des infections. (voir les communiqués du 17 septembre 2008 « Comment Listeria traverse le placenta pour atteindre le fœtus » et du 1er février 2016 « Listeria : des souches hypervirulentes à tropisme cérébral et placentaire »).

En parallèle, le CNR mène également depuis plus de 10 ans une étude observationnelle appelée MONALISA (Multicentric Observational National Analysis for Listeriosis and Listeria), en lien avec Santé publique France, dont les premiers résultats ont été publiés (voir le communiqué du 30 janvier 2017 « Listériose : vers une meilleure compréhension et une meilleure prise en charge de l’infection »). Cette étude a permis de mieux caractériser la présentation clinique de l’infection, d’identifier des facteurs associés à un moins bon pronostic comme le fait de présenter un cancer évolutif au moment de la listériose, et des traitements associés à un moins bon pronostic (corticoïdes dans les formes neurologiques) et d’autres à un meilleur pronostic (certains antibiotiques comme l’amoxicilline, les aminosides et le cotrimoxazole).

 

L’unité des Interactions bactéries-cellules, dirigée par Pascale Cossart jusqu’en 2020, a étudié quant à elle les bases moléculaires et cellulaires de l’infection par Listeria monocytogenes, par des approches pluridisciplinaires. Elle a coordonné avec l’unité de Génomique des microorganismes pathogènes (UGMP) le séquençage complet du génome de Listeria monocytogenes, dans le cadre d’un consortium européen, et celui du génome de Listeria innocua, espèce très voisine et non pathogène.


Juin 2021

 

Entités de recherche

Unité de Biologie des infections, dirigée par Marc Lecuit

Unité des Interactions bactéries-cellules, dirigée par Pascale Cossart

 

Surveillance et santé publique

Centre national de référence et Centre collaborateur de l’OMS Listeria, dirigé par Marc Lecuit

Retour en haut