Listériose

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En France métropolitaine, en 2015, près de 350 cas recensés

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Cause

L’agent infectieux responsable de la listériose est la bactérie Listeria monocytogenes. Du fait de son caractère ubiquitaire (présence dans l’eau, le sol, les végétaux) et de ses caractéristiques physico-chimiques, cette bactérie a la capacité de coloniser les sites de fabrication des aliments. En conséquence, elle est à l’origine d’infections d’origine alimentaire,  d’épidémies en cas de diffusion large de l’aliment contaminé.

Symptômes et traitement

Une étude prospective nationale menée au Centre national de référence Listeria, en lien avec Santé publique France, a permis de mieux préciser les signes cliniques de l’infection.

  • Chez l’adulte, la maladie se traduit par une infection du sang (septicémie), voire du système nerveux central, qui se manifeste alors principalement par une méningo-encéphalite (c’est-à-dire une infection des méninges et du cerveau). La période d’incubation s’étend de quelques jours à deux mois ; elle est plus longue dans les formes maternelles (jusqu’à 1 mois) que dans les formes septicémiques (quelques jours).
  • Chez la femme enceinte, l’infection est en général sans conséquence pour la mère : elle peut passer inaperçue, prendre la forme de contractions, ou rarement se réduire à un pic fébrile mimant un épisode grippal. En revanche, le nouveau-né infecté présente une infection sévère, souvent aggravée par la prématurité, qui peut combiner septicémie, infection pulmonaire, neurologique et également parfois cutanée. Il existe un traitement antibiotique, d’autant plus efficace qu’il est administré rapidement. Cependant, l’évolution peut être fatale même en cas de traitement adapté et précoce.

Epidémiologie

La bactérie Listeria monocytogenes a été décrite pour la première fois dans les années 20, mais ce n’est que depuis la mise en évidence d’une origine alimentaire de l’infection chez l’homme, à l’occasion d’une épidémie au Canada en 1981, que la listériose est considérée comme un véritable problème de santé publique. En France, c’est une maladie à déclaration obligatoire depuis 1998.

La listériose se présente sous forme de cas sporadiques, auxquels peuvent s’ajouter des cas groupés, voire des épidémies. En France métropolitaine, en 2015, près de 350 cas de listériose ont été recensés. Ce nombre est significativement supérieur à celui de 2005. On dénombrait jusqu’à environ 750 cas en 1992, dont 279 cas épidémiques liés à la consommation de langue de porc en gelée. Le nombre de cas sporadiques a donc fortement baissé depuis 10 ans, et c’est la part relative des formes materno-néonatales qui a le plus diminué. La ré-augmentation du nombre de cas, observée depuis 2006-2007, concerne principalement les infections du sang survenant chez des sujets âgés et ses causes restent inconnues à ce jour.

Transmission

Le mode de contamination le plus fréquent chez l’homme est l’ingestion d’aliments contaminés par Listeria monocytogenes. La bactérie est sensible à la chaleur, mais peut se multiplier à 4°C (température des réfrigérateurs). La contamination des aliments par Listeria monocytogenes est donc favorisée par l’allongement de la chaîne du froid (entrepôts frigorifiques industriels, réfrigérateurs ménagers). Listeria monocytogenes n’altère pas le goût des aliments, contrairement à la plupart des autres pathogènes transmis par voie alimentaire, expliquant la possible ingestion répétée et en grandes quantités de cette bactérie.

En France, les aliments les plus fréquemment contaminés par Listeria monocytogenes sont les charcuteries cuites (langue, tête, rillettes), les produits de saurisserie, les graines germées réfrigérées, et les produits au lait frais (fromages à pâte molle et au lait cru).

Prévention

La prévention pour les personnes à risque (femmes enceintes, personnes âgées, personnes immunodéprimées, par un traitement immunosuppresseur ou par une pathologie telle qu’un cancer, une cirrhose, un diabète, etc.) consiste à éviter la consommation des produits de charcuterie en gelée, de rillettes, pâtés, foie gras, fromages au lait cru, fromages à pâte molle, poissons fumés, coquillages crus, surimi, tarama, graines germées crues… Il est recommandé de bien cuire les aliments d’origine animale, d’enlever la croûte des fromages, de laver soigneusement les légumes et les herbes aromatiques et de bien recuire jusqu’à ébullition les produits achetés prêts à consommer « traiteur ».

Afin d’éviter les contaminations croisées (d’un aliment à l’autre), il faut conserver les aliments crus séparément des aliments cuits ou à consommer en l’état. Les produits préemballés sont à préférer aux produits achetés à la coupe, ces derniers devant dans tous les cas être consommés rapidement après leur achat. Les règles habituelles d’hygiène (qui ne concernent pas uniquement Listeria monocytogenes) doivent être particulièrement respectées :

  • Réchauffer soigneusement les restes alimentaires et les plats cuisinés avant consommation immédiate ;
  • Nettoyer fréquemment le réfrigérateur et le désinfecter ensuite avec de l’eau javellisée ;
  • S’assurer que la température du réfrigérateur est suffisamment basse (4°C) ;
  • Respecter les dates limites de consommation ;
  • Après la manipulation d’aliments non cuits, se laver les mains et nettoyer les ustensiles de cuisine qui ont été en contact avec ces aliments.

A l’Institut Pasteur

Le Centre national de référence des Listeria (CNR) et le Centre collaborateur de l’OMS pour la listériose d’origine alimentaire (CCOMS) sont hébergés à l’Institut Pasteur. Leurs travaux portent sur la surveillance de la listériose, en lien avec Santé publique France (anciennement l’Institut de veille sanitaire -InVS-), et sur le séquençage et la caractérisation des souches de Listeria monocytogenes d’origines humaine et alimentaire. Ces centres sont rattachés à l’unité de Biologie des infections, dirigée par Marc Lecuit, qui étudie les mécanismes moléculaires gouvernant le tropisme des microorganismes pathogènes, et notamment leurs mécanismes de traversée des barrières et muqueuses, placentaire et hémato-encéphalique. Listeria monocytogenes est utilisée comme modèle pour comprendre les mécanismes des infections (voir les communiqués du 17 septembre 2008 « Comment Listeria traverse le placenta pour atteindre le fœtus » et du 1er février 2016 « Listeria : des souches hypervirulentes à tropisme cérébral et placentaire »).

En parallèle, le CNR mène également depuis 2009 une étude observationnelle nationale appelée MONALISA (Multicentric Observational National Analysis for Listeriosis and Listeria), en collaboration avec Santé Publique France, dont les résultats viennent d’être publiés (voir le communiqué du 30 janvier 2017 « Listériose : vers une meilleure compréhension et une meilleure prise en charge de l’infection »). Cette étude a permis de mieux caractériser la présentation clinique de l’infection, d’identifier des facteurs associés à un moins bon pronostic comme le fait de présenter un cancer évolutif au moment de la listériose, et des traitements associés à un moins bon pronostic (corticoïdes dans les formes neurologiques) et d’autres à un meilleur pronostic (certains antibiotiques comme l’amoxicilline, les aminosides et le cotrimoxazole)..

L’unité des Interactions bactéries-bellules, dirigée par Pascale Cossart, étudie quant à elle les bases moléculaires et cellulaires de l’infection par Listeria monocytogenes, par des approches pluridisciplinaires. Elle a coordonné avec l’unité de Génomique des microorganismes pathogènes (UGMP) le séquençage complet du génome de Listeria monocytogenes, dans le cadre d’un consortium européen, et celui du génome de Listeria innocua, espèce très voisine et non pathogène.

Surveillance et santé publique : Centre national de référence des Listeria dirigé par Marc Lecuit


Février 2017

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