Escherichia coli entérohémorragiques (ECEH)

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Au Japon, en 1996, 9578 cas de toxi-infection alimentaire, liés à des graines germées de radis.

En France, en 2005, 69 cas d'intoxication (dont 57 enfants), liés à des steaks hachés surgelés contaminés.

En Europe, en 2011, plusieurs milliers de personnes intoxiquées et 47 décès, liés à des graines germées de fenugrec.

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Symptômes de l’infection

Les symptômes provoqués par ECEH (E. coli entérohémorragiques) apparaissent entre 3 et 8 jours après l’infection. Il s’agit de douleurs abdominales et de diarrhées, lesquelles peuvent évoluer vers des formes sanglantes (colites hémorragiques). Des vomissements et de la fièvre peuvent aussi survenir.

Parallèlement, les toxines produites par ECEH (appelées Shiga-toxines en raison de leur ressemblance avec celles produites par Shigella dysenteriae ou Bacille de Shiga) détruisent la paroi des vaisseaux sanguins et causent des problèmes de coagulation ainsi que d’hypertension artérielle. Chez 10% des personnes infectées, la dissémination des Shiga-toxines provoque un syndrome hémolytique et urémique (SHU), mortel dans 3 à 5% des cas. Ce dernier est caractérisé par une atteinte de la fonction rénale et par une baisse de la concentration des cellules sanguines (globules rouges et plaquettes). Un quart des personnes souffrant de SHU développe aussi des complications neurologiques qui peuvent aboutir à un état de coma. Des séquelles rénales pouvant conduire à une insuffisance rénale chronique plusieurs années après l’épisode de SHU s’observent aussi fréquemment.

Épidémiologie

Les ECEH peuvent être à l’origine de toxi-infections alimentaires (TIA) graves. La première souche de ECEH a été isolée lors d’une flambée de TIA survenue aux Etats-Unis en 1982. L’épidémie avait été provoquée par des hamburgers dont les steaks hachés étaient insuffisamment cuits. Depuis, les ECEH ont engendré de nombreuses autres flambées épidémiques et représentent donc un problème de santé publique.

En 1996, le Japon a connu une importante épidémie de TIA provoquée par le sérotype O157:H7. Suite à la consommation de graines germées de radis, 9578 cas ont été recensés. En 2011, une souche de ECEH appartenant au sérotype O104:H4 a provoqué un épisode comparable en Europe. À la fin de l’épidémie, dont le foyer initial était l’Allemagne, les autorités sanitaires européennes faisaient état de plusieurs milliers de personnes contaminées et de 50 décès [1]. Des graines germées de fenugrec étaient la source de cette épidémie européenne.

L’incidence des infections par ECEH est variable selon les classes d’âge. Elle atteint son maximum chez les enfants de moins de 3 ans.

En France une surveillance nationale de ces infections a été initiée en 1996. Elle est basée sur la surveillance des cas de SHU chez l’enfant de moins de 15 ans et repose sur une notification par les services hospitaliers pédiatriques à Santé publique France [2]. En 2019, 71 % de ces cas de SHU pédiatriques étaient âgés de moins de trois ans. Le taux d’incidence observé dans cette classe d’âge (5,8/100 000 habitants en 2019) était le plus élevé depuis le début de la surveillance en 1996. Des disparités régionales sont observées pour le taux d’incidence annuel. En 2019, les taux d’incidences régionaux les plus élevés ont été observés en Corse (3,9/100 000 habitants), en Auvergne-Rhône-Alpes (3,3/100 000 habitants) et en Occitanie (2,4/100 000 habitants).

La plus grande épidémie à ECEH observée en France est survenue en 2005. Elle avait été causée par des steaks hachés surgelés contaminés par ECEH O157:H7. Soixante-neuf cas, dont 57 enfants âgés de moins de 13 ans, avaient été identifiés. En 2018 et en 2019, deux petites épidémies (de 14 à 17 cas) sont survenues chez des enfants de moins de 5 ans. Ces épidémies étaient toutes deux liées à de la consommation de fromages au lait cru contaminés par ECEH O26:H11 [3].

Il est à noter que des épidémies chez les adultes ne sont pas à écarter. Dans le cas de l’épidémie européenne à ECEH O104:H4 survenue en 2011, 70% des cas étaient des adultes de sexe féminin. Cette répartition inhabituelle des cas pouvant s’expliquer par la nature de l’aliment contaminé (graines germées).

Transmission

La transmission des pathogènes de type ECEH survient majoritairement lors de la consommation d’aliments contaminés. Le réservoir naturel des ECEH étant principalement le tube digestif des bovins, les produits alimentaires concernés sont généralement la viande crue ou insuffisamment cuite, les produits laitiers au lait cru, et plus rarement les produits végétaux crus. La contamination peut également survenir lors de la traite ou l’abattage de ces animaux. Les matières fécales des ruminants présents dans le sol, dans le fumier et dans l’eau (mares, ruisseaux) sont aussi une source possible de contamination.

La transmission interhumaine de ECEH est également possible, mais elle survient plus rarement. Dans la majorité des cas, elle s’observe en milieu familial ou dans des collectivités (crèches, ..).

Traitement

La plupart des antibiotiques sont déconseillés pour traiter les infections à ECEH. En détruisant les bactéries, ces derniers entraînent la libération de Shiga-toxines dans l’organisme, ce qui peut aggraver le SHU. Cependant, des traitements à base de certains antibiotiques, comme l’azithromycine, n’entraînant pas le relargage de ces toxines sont en cours d’évaluation. En attendant leurs résultats, la stratégie thérapeutique du SHU consiste à compenser les déficiences occasionnées par les Shiga-toxines (chute des globules rouges, des plaquettes, atteinte rénale) par transfusion, dialyse, et échanges plasmatiques.

Les épisodes diarrhéiques sont, quant à eux, traités de manière symptomatique : les patients sont réhydratés, mais ne prennent pas d’anti-diarrhéiques, afin de permettre l’élimination de la bactérie et de ses toxines dans les selles.

Prévention et recommandations

Les connaissances actuelles ne permettent pas de réduire l’incidence de ECEH au sein des élevages bovins. En revanche, via des tests, il est possible de déterminer si un animal est porteur de la bactérie. Le cas échéant, la viande peut subir un traitement bactéricide qui consiste à la chauffer ou à l’irradier. Ces techniques, bien qu’étant efficaces, ne garantissent pas systématiquement l’absence de ECEH dans les aliments. Pour se prémunir efficacement de ces infections, il faut respecter l’application de pratiques d’hygiène strictes tout au long de la chaine alimentaire, du producteur au consommateur.

Le personnel impliqué dans la production et la préparation de produits végétaux et animaux crus doit être formé aux bonnes pratiques d’hygiène.

Concernant les consommateurs et les cuisiniers, il est possible d’éviter la plupart des infections par ECEH en respectant les recommandations suivantes :

  • cuire à cœur la viande hâchée de bœuf en particulier chez les enfants de moins de 5 ans ;
  • les jeunes enfants doivent éviter de consommer des fromages au lait cru ;
  • laver les fruits, les légumes et herbes aromatiques surtout s’ils sont consommés crus ;
  • se laver les mains avant de préparer les repas et aussi souvent que nécessaire ;
  • veiller à l’hygiène du matériel en cuisine, notamment lorsqu’il a été en contact avec de la viande crue, afin d’éviter les contaminations croisées ;
  • séparer les aliments cuits des aliments crus ;
  • éviter le contact de très jeunes enfants (moins de 5 ans) avec les animaux de ferme, notamment les bovins, ovins et leur environnement ;
  • ne pas boire d’eau non contrôlée sur le plan microbiologique (puits, source).

À l’Institut Pasteur

L’Institut Pasteur abrite le Centre National de Référence (CNR) des Escherichia coli, Shigella et Salmonella. Celui-ci est adossé à l’unité des Bactéries pathogènes entériques, que dirige le Professeur François-Xavier Weill. 

Le CNR exerce une mission de veille sur les infections à ECEH. En association avec son laboratoire associé (Service de Microbiologie de l’hôpital Robert Debré, AP-HP), le CNR analyse toutes les souches de ECEH ou les prélèvements de selles envoyés par les laboratoires français (laboratoires d’analyses de biologie médicale et laboratoires des centres hospitaliers).

En cas d’épidémie, le CNR est au premier plan. C’est lui qui effectue le typage génomique des souches de ECEH et qui alerte la Direction Générale de la Santé et Santé publique France en cas de détection de clones épidémiques.

Lors de l’épidémie à ECEH O104:H4 survenue en Europe en mai 2011 après la consommation de graines germées, le CNR a joué un rôle essentiel dans la détection des premiers cas d’infections en France et dans la mise au point d’un test de diagnostic rapide des infections dues à ce sérotype (4).


Références :

 

  1. Bucholz U et al. German outbreak of E. coli O104 :H4 associated with sprouts. N Engl J Med 2011; 365:1763-1770.
  2. LA King, E Espié, S Haeghebaert, F Grimont, P Mariani-Kurkdjian, I Filliol-Toutain, E Bingen, F-X Weill, C Loirat, H De Valk, V Vaillant et le réseau des néphrologues pédiatres. Surveillance du syndrome hémolytique et urémique chez les enfants de 15 ans et moins en France, 1996-2007. BEH 2009 ; 14 : 7 avril 2009.
  3. Jones G, de Valk H, Épidémie d’infections à Escherichia coli O26 producteur de Shiga-toxines liées à la consommation de reblochon au lait cru. France, mars-mai 2018. Saint-Maurice : Santé publique France, 2020. 34 p.
  4. Mariani-Kurkdjian P, Bingen E, Gault G, Jourdan-Da Silva N, Weill FX. Escherichia coli O104:H4 south-west France, June 2011. Lancet Infect Dis 2011; 11:732-733.

 


Juin 2021

 

 

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