Autisme (troubles du spectre de l'autisme)

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1 personne sur 50 dans le monde pourrait recevoir un diagnostic d’autisme

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La notion de spectre de l’autisme tente de refléter l’hétérogénéité clinique de l’autisme et la variation du degré de sévérité des symptômes entre les personnes affectées. Dès les années quatre-vingt, la psychiatre Lorna Wing rompt avec la conception de l’autisme considéré jusqu’alors comme une entité binaire (présence/absence) et suggère que l’autisme correspond plus à un ensemble de symptômes dont l’intensité se situe sur un continuum. Par exemple, si l’on considère le déficit de la communication sociale, les troubles peuvent varier d’une difficulté d’interprétation des comportements non verbaux de la communication à un retrait social majeur. De part cette approche dimensionnelle, Lorna Wing a émis l’hypothèse que l’autisme était une condition plus fréquente qu’on ne le supposait à l’époque. Actuellement, les études épidémiologiques dans le monde estiment qu’1 à 2% de la population pourrait recevoir le diagnostic d’un trouble du spectre de l’autisme.

L’autisme au sein des troubles du neurodéveloppement

Les classifications et le diagnostic de l’autisme sont en constante évolution. Les troubles du spectre de l’autisme sont intégrés au sein des troubles neurodéveloppementaux, au même titre que les troubles de l’attention, du développement intellectuel, de la motricité, de la communication et des apprentissages.

Le neurodéveloppement désigne l’ensemble des mécanismes qui vont guider la façon dont le cerveau se développe, orchestrant les fonctions cérébrales (fonction motrice, d’intégration sensorielle, langagière, émotionnelle, de raisonnement, comportement, etc.). Il s’agit d’un processus dynamique, influencé par des facteurs biologiques, génétiques, socioculturels, affectifs et environnementaux. Il débute très précocement, dès la période prénatale, pour se poursuivre jusqu’à l’âge adulte. Ce flux maturatif modifie chaque jour les capacités de l’enfant. Il est plus ou moins rapide selon les individus, mais il suit des étapes incontournables qui, dans le cadre d’un développement ordinaire, s’enchaînent de façon fluide. La perturbation de ces processus du développement cérébral conduit à un trouble neurodéveloppemental (TND) se manifestant par des difficultés plus ou moins grandes dans une ou plusieurs de ces fonctions cérébrales.

L’autisme et son spectre de troubles associés

Pour considérer plus globalement les difficultés que peuvent rencontrer les personnes avec autisme et leur famille, il est important de prendre en compte non seulement les symptômes autistiques mais aussi les troubles associés. Ces troubles sont présents chez l’ensemble des patients et perturbent le fonctionnement des personnes avec autisme.

Il peut s'agir de comorbidités psychiatriques tels qu'un trouble hyperactif avec déficit de l’attention, un trouble anxieux (en particulier la phobie sociale ou le trouble anxieux généralisé), un trouble bipolaire voire un trouble schizophrénique à l’âge adulte.

Par ailleurs, les patients peuvent également avoir des difficultés cognitives soit sous la forme d’un déficit intellectuel, soit d’un trouble dysexécutif (difficulté pour planifier les tâches ou de mémoire de travail), mais peuvent dans certaines situations avoir des compétences cognitives hors du commun, par exemple en mémoire de travail, en capacité de discrimination et de perception des détails. Enfin, certains patients ont fréquemment des troubles épileptiques, des problèmes gastro-intestinaux ou des problèmes de sommeil.

Ce n’est malheureusement que très récemment que ces troubles associés ont été pris en compte dans la recherche. Ils sont en effet extrêmement importants tant sur le plan de la compréhension des troubles du spectre de l’autisme que pour améliorer le quotidien des personnes concernées.

L’épidémiologie de l’autisme

Une personne sur 50 dans le monde pourrait recevoir un diagnostic d’autisme. Pour une raison encore indéterminée, les garçons sont diagnostiqués dans une proportion 4 fois supérieure à celle des filles. La probabilité d’avoir un enfant autiste est également 20 à 30 fois plus élevée pour les familles qui ont déjà donné naissance à un enfant autiste. De plus, des études réalisées sur des jumeaux ont montré que la concordance est plus élevée chez les jumeaux monozygotes (« les vrais jumeaux ») que chez les dizygotes (« faux jumeaux ») : les vrais jumeaux partagent le même diagnostic d’autisme plus fréquemment que les faux jumeaux. Ces études de jumeaux ont également révélé qu'une part importante de la contribution génétique à l'autisme est partagée avec d'autres conditions telles que les troubles de l’attention et de l’hyperactivité (TDAH) (> 50%) et les troubles d’apprentissage (> 40%). Des études familiales ont également révélé que la récurrence d'avoir un enfant autiste augmente avec la proportion du génome que l’individu partage avec un frère ou un parent diagnostiqué avec autisme.

Les outils diagnostiques de l’autisme

Le diagnostic est clinique. Il est basé sur une évaluation multidimensionnelle précise, détaillée et individualisée, portant sur les différents aspects du développement et du fonctionnement de l’enfant et sur son environnement, dans des contextes variés. Il repose sur :

  • des observations directes et indirectes recueillies auprès des proches de la personne, en particulier ses parents, mais aussi auprès des professionnels par exemple des lieux d’accueil du jeune enfant et de l’école.
  • des tests standardisés appropriés à l’âge de la personne, à son profil de développement (par exemple : langage, habiletés motrices, etc.), à son comportement et au contexte de passation tout en privilégiant les tests et échelles validés (recommandations de la Haute autorité de santé HAS).

Cette évaluation relève d’une démarche coordonnée entre la personne, sa famille et les professionnels concernés. Elle permet d’établir le projet personnalisé d’interventions éducatives et thérapeutiques..

Traitement et prise en charge

Pour le moment, il n’existe aucun traitement capable d’améliorer très significativement la qualité de vie des personnes avec autisme. La prise en charge est uniquement symptomatique et passe par des thérapies éducatives personnalisées. Ces dernières obtiennent un maximum d’efficacité lorsqu’elles sont appliquées à un stade précoce du développement de la personne.

Les essais thérapeutiques

Bien qu’il n’existe actuellement aucun traitement pour les symptômes majeurs des troubles du spectre autistique, la recherche suggère que la gravité de certains symptômes pourrait être réduite, même chez l’adulte. Des essais cliniques spécifiques réalisés chez des patients porteurs de mutations synaptiques, dans le gène SHANK3 par exemple, vont bientôt être réalisés. À l’aide de cellules de peau reprogrammées en neurones (cellules souches pluripotentes induites iPSC) porteuses de mutations SHANK3, un criblage à haut débit de molécules pharmacologiques a pu être réalisé et a permis l'identification de composés pouvant restaurer le niveau d'expression de la protéine SHANK3. Un premier essai clinique va être mis en place à l’hôpital Robert Debré pour tester l’un des composés identifiés par la recherche sur ces iPSC comme un nouveau traitement pour le déficit de communication sociale chez les patients atteints de mutations délétères dans SHANK3. L’objectif principal de cette étude est d’évaluer l’effet du lithium à 12 semaines comme un nouveau traitement pour le déficit de communication sociale chez les patients souffrant de syndrome de Phelan McDermid dont la très grande majorité d’entre eux sont mutés dans le gène SHANK3. Son effet positif sur les symptômes du déficit social pourrait représenter une nouvelle perspective pour d’autres formes d’autisme. D’autres essais thérapeutiques sont également prévus en utilisant d’autres molécules, notamment dans le cadre du projet européen AIMS-2-Trials (voir ci-dessous).

À l’Institut Pasteur

À l’Institut Pasteur, l’unité de recherche Génétique humaine et fonctions cognitives (GHFC), dirigée par Thomas Bourgeron (professeur à l’université Paris-Diderot) réalise des recherches multidisciplinaires (génétiques, imagerie cérébrale structurelle et fonctionnelle) afin de mieux comprendre le fonctionnement du cerveau et les troubles neurodéveloppementaux. L’unité a été la première à confirmer la piste génétique de l’autisme en identifiant, en 2003, des mutations localisées dans les gènes NLGN3 et NLGN4X. Depuis, d’autres gènes ont été mis en évidence par l’équipe, et au total, plus de 500 sont associés à l’autisme.

Parallèlement à ces travaux, l’unité :

  • travaille sur les mécanismes génétiques à l’origine d’une baisse importante en mélatonine (troubles du sommeil présents chez plus de la moitié des personnes avec autisme),
  • cherche de nouveaux gènes associés à l’autisme,
  • cherche à comprendre pourquoi certains individus sont résilients, c’est-à-dire qu’ils n’ont pas (ou peu) de symptômes autistiques, alors qu’ils sont porteurs de mutations connues pour être impliquées dans l’autisme),
  • étudie les régions non-codantes qui composent 98% du génome (fonction telle que la régulation),
  • explore l’impact des mutations génétiques sur le développement et le fonctionnement du cerveau en utilisant l’imagerie cérébrale et les modèles animaux.

​Les Projets de Recherche Européens : AIMS-2-Trials

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En 2012, le consortium européen EU-AIMS est créé avec plusieurs équipes européennes. L’équipe de Thomas Bourgeron est en charge de l’analyse génétique. En 2018, ce projet a été reconduit sous l’intitulé AIMS-2-Trials. Ce projet financé par l’Union Européenne regroupe 48 partenaires académiques et industriels de toute l’Europe. Il a pour objectif d’identifier de nouveaux biomarqueurs de l’autisme permettant d’améliorer le diagnostic d’une part, et l’élaboration de traitements d’autre part. Ce projet inclut des milliers de participants, à la fois des nouveaux-nés, des enfants, des adultes, et suit leur développement pendant plusieurs années. De plus, il regroupe des données cliniques, génétiques et d’imagerie cérébrale, ce qui permettra d’acquérir une compréhension d’ensemble de l’autisme, à différentes échelles. Cette quantité de données sans précédent dans les études sur les troubles du spectre de l’autisme en Europe devrait permettre d’identifier des sous-groupes de patients TSA, et de contribuer à la découverte de traitements adaptés à ces différents sous-groupes. L’équipe de l’Institut Pasteur est responsable des analyses génétiques, de l’hébergement de la base de données (centralisation des données partagées par le consortium), ainsi que de la biobanque (gestion des collections biologiques, des prélèvements sanguins notamment, sur lesquels les analyses génétiques sont effectuées). Des essais thérapeutiques mettant en jeu différentes molécules (par exemple l’Arbaclofen) sont prévus dans le cadre de ce projet.

Pour en savoir plus sur l’équipe et les travaux de Thomas Bourgeron

En collaboration avec l’hôpital Robert-Debré

Plusieurs projets sont engagés en étroite collaboration entre l’Institut Pasteur et le service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’hôpital universitaire Robert-Debré (AP-HP) dirigé par le Professeur Richard Delorme. Pour les réaliser, le service a mis en place plusieurs plates-formes d’exploration clinique afin de mieux comprendre les différentes facettes de l’autisme. 

Les familles sont accueillies dans les unités d’hospitalisation du service de psychiatrie de l’hôpital universitaire Robert-Debré (AP-HP). En effet, le Centre de diagnostic et d’évaluation de l’autisme (CDEA) permet l’évaluation diagnostique et l’orientation thérapeutique des enfants. Il s’inscrit plus largement dans un réseau régional (il existe 8 CDEA en Ile-de-France) et national (les centres ressources autisme) dédié spécifiquement à l’autisme.

L’évaluation des patients comporte un diagnostic standardisé du TSA {évaluation clinique, et entretien standardisé avec la famille, ADI  (Autism Diagnostic Interview-Revised), ADOS-2 (Autism Diagnostic Observation Schedule version2)}, des troubles associés, une évaluation cognitive ou développementale (échelles de Wechsler, Mullen Scale of Early Learning, matrices de Raven selon l’âge et les capacités de la personne), une évaluation  orthophonique et psychomotrice ainsi qu’un recueil des antécédents médicaux et psychiatriques personnels et familiaux, et des examens complémentaires systématiques (bilan biologique et génétique, imagerie cérébrale : EEG et IRM).

Plusieurs projets sont en cours pour mieux comprendre la récurrence de l’autisme, les premiers signes de l’autisme chez les tout-petits et les liens avec les troubles de la sensorialité (hyper ou hypo-réactivité à différents stimuli sensoriels, synesthésie, etc.). Les apparentés du premier et deuxième degré sont également, s’ils le souhaitent, évalués dans le même service (antécédents médicaux, psychiatriques, entretien clinique de recherche, évaluation cognitive) afin de mieux comprendre la transmission des gènes associés à l’autisme au sein des familles (projet familles multiplexes).

Pour en savoir plus sur la recherche à l’hôpital Robert-Debré

Pour en savoir plus sur le service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’hôpital Robert-Debré

 


Des liens utiles :

En français :

Autisme Info Service : https://www.autismeinfoservice.fr

2 minutes pour : https://deux-minutes-pour.org

Autisme France : http://www.autisme-france.fr

Association PMS France : https://asso22q13.fr

 

En anglais :

https://www.spectrumnews.org/features/special-reports/autism-101/

https://www.eu-aims.eu

https://www.aims-2-trials.eu

 

 

 

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