Streptocoques A et B

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En France, les infections invasives à Streptocoque A sont en augmentation depuis 2000

Environ 500 cas d’infections néonatales invasives associés au Streptocoque B sont dénombrées chaque année, en France

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Transmission et maladies associées

Streptocoque A

Le streptocoque du groupe A (SGA), Streptococcus pyogenes, se transmet exclusivement d’homme à homme. Il est responsable d’infections fréquentes bénignes et non invasives, telles que l’angine et l’impétigo, et également d’infections invasives graves : bactériémies, infections cutanées nécrosantes, infections puerpérales, pleuropneumopathies, méningites, qui peuvent être associées à un syndrome de choc toxique streptococcique. Le taux de mortalité des infections invasives à streptocoques A est estimé à environ 10% toutes pathologies confondues (les taux de mortalité sont respectivement de 30% en cas de choc toxique streptococcique, de 15% pour les dermo-hypodermites nécrosantes et de 20% pour les méningites).

Streptocoque B

Le streptocoque du groupe B (SGB), Streptococcus agalactiae, a pour réservoir essentiel le tube digestif à partir duquel se fait la colonisation des voies génitales de la femme, souvent intermittente. Le portage vaginal de la femme varie de 5 à 40 % au cours de la grossesse, selon les techniques bactériologiques utilisées et les populations étudiées. Les infections néonatales sont majoritairement liées à l’inhalation et l’ingestion des sécrétions vaginales au cours de l’accouchement. La transmission materno-foetale est essentiellement aérodigestive, par inhalation ou ingestion de liquide amniotique contaminé après rupture des membranes, ou au moment du passage de la filière urogénitale colonisée par le streptocoque B. Le taux de transmission de la mère colonisée au nouveau-né est en moyenne de 50 %, et environ 1 à 2 % des nouveau-nés développeront une infection en l’absence d’antibioprophylaxie réalisée au moment de l’accouchement chez les femmes colonisées à SGB.

On distingue deux types d’infections néonatales à SGB en fonction de leur date de survenue chez l’enfant. Les infections précoces qui surviennent dans 80 % des cas durant les 24 premières heures de vie et les infections tardives qui surviennent entre la première semaine de vie et le troisième mois. Les infections précoces se manifestent plus communément par une détresse respiratoire et une bactériémie (89 % des cas). La méningite reste une présentation clinique moins commune lors des formes précoces (10-20% des cas). Les infections néonatales tardives sont associées à des bactériémies et à des méningites dans la plupart des cas.

Les tableaux infectieux chez la femme enceinte sont variables, allant de l’infection touchant le tractus urinaire aux tableaux de sepsis (infection générale de l’organisme). La plupart des infections invasives chez la femme enceinte sont des bactériémies éventuellement associées à des infections intra-utérines (infection des tissus placentaires). Les infections à streptocoques B en dehors de la grossesse et des premières semaines de vie, sont marquées principalement par les bactériémies, mais des arthrites, des endocardites et des méningites ont également été rapportées. L’âge et des pathologies sous-jacentes, de type diabète ou cancer, constituent des facteurs de risque.

Epidémiologie

Streptocoque A

Des phénomènes épidémiques très médiatisés sont survenus au milieu des années 1980 : recrudescence du rhumatisme articulaire aigu aux Etats-Unis et bactérie « mangeuse de chair » en Angleterre. Des observations isolées d’évolution rapide et fatale  (dermo-hypodermites nécrosantes et syndrome de choc toxique streptococcique) ont rendu nécessaire une surveillance des infections à S. pyogenes. En effet, ces phénomènes correspondent à une recrudescence réelle des infections invasives à streptocoques A dans les pays industrialisés et notamment en Europe. En France, ces infections invasives sont en augmentation depuis 2000, le taux d’incidence ayant augmenté de 1,2 à 3,3/100 000.

Streptocoque B

En France, environ 500 cas d’infections néonatales invasives sont dénombrées chaque année, provoquant entre 30 et 60 décès. La mortalité des infections néonatales dues au streptocoque B, bien qu’encore élevée, a cependant nettement diminué avec l’introduction d’un test de dépistage chez la femme enceinte associé à un traitement antibiotique prophylactique au moment de l’accouchement en cas de colonisation vaginale. Ce dépistage systématique et le traitement prophylactique associé a permis une diminution importante des infections précoces, mais n’a que peu d’incidence sur la fréquence des infections tardives.

Traitement

Streptocoque A

Des antibiotiques, les ß-lactamines, constituent à l’heure actuelle le traitement de référence des infections streptococciques. On assiste depuis plusieurs années à l’augmentation de la résistance à certaines familles d’antibiotiques, notamment les macrolides-lincosamides-streptogramines (MLS), molécules très prescrites en pédiatrie (enfant de plus de 3 ans), ou chez l’adulte, notamment pour le traitement d’infections de la sphère ORL ou respiratoire et en cas d’allergie aux ß-lactamines. L’entourage immédiat d’un cas d’infection invasive à S. pyogenes a un risque accru de contracter une infection secondaire par rapport au reste de la communauté.

Streptocoque B

Chez la femme enceinte, il est recommandé d’effectuer un dépistage systématique du portage de S. agalactiae entre 34 et 38 semaines d’aménorrhée. L’antibioprophylaxie en intra-partum repose sur une ß-lactamine (pénicilline ou amoxicilline) ou, en cas d’allergie, sur un macrolide.

Chez le nouveau-né, le traitement repose avant tout sur l’administration par voie intra- veineuse d’une ß-lactamine (amoxicilline), - éventuellement associée à un autre antibiotique (gentamicine) pendant les 48 premières heures -, sur une durée de 10 jours à 3 semaines en fonction des localisations infectieuses (méningite, arthrite, etc.).

Vaccin

Streptocoque A

Il n’existe pas aujourd’hui de vaccin contre les infections à streptocoques A. Plusieurs candidats vaccins ont été ou sont développés en utilisant différents antigènes et les connaissances sur les mécanismes physiopathologiques des infections. Il existe une grande diversité (génotypique et phénotypique) au sein de l’espèce, compliquant grandement le développement d’un vaccin couvrant l’ensemble des souches responsables d’infection.

Streptocoque B

Aucun vaccin n’est aujourd’hui disponible contre les infections à streptocoques B. Des essais de phase III avec un vaccin conjugué trivalent d’antigènes capsulaires est en cours de réalisation, ainsi qu’un essai chez des femmes enceintes avec un vaccin conjugué hexavalent. Ces vaccins développé par des laboratoires privés sont, sur le principe, similaire aux vaccins commerciaux ciblant la capsule du pneumocoque (Streptococcus pneumoniae). La connaissance du génome de S. agalactiae (2002) a également permis de développer de nouvelles pistes vaccinales.

A l’Institut Pasteur

L’unité de Biologie des bactéries pathogènes à Gram-positif, dirigée par Patrick Trieu-Cuot, mène des recherches sur le streptocoque B. Les recherches de l’unité portent sur la compréhension des mécanismes moléculaires de la virulence. Elles pourront déboucher sur la mise au point de technologies innovantes pour le diagnostic des infections à streptocoques B et sur le développement d’une nouvelle approche vaccinale.


Mars 2021

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