Grippe

|

En France, 2 à 8 millions de personnes touchées chaque année.

La « grippe espagnole », la pandémie la plus sévère, a fait 20 à 50 millions de morts dans le monde entre 1918 et 1919. D'autres pandémies ont suivi en 1957, en 1968... ou plus récemment en 2009.

Aidez-nous à faire avancer la recherche

Faites un don !

Cause

La grippe est une maladie infectieuse causée par un virus influenza, virus à ARN enveloppé de la famille des Orthomyxoviridae, qui touche essentiellement les voies respiratoires supérieures (nez, gorge, bronches), plus rarement les poumons. Il existe 3 types de virus influenza infectant l’homme : A, B et C. Les virus de type A infectent l’homme et de nombreuses espèces animales, les espèces aviaires (oiseaux aquatiques sauvages, volailles) constituant le réservoir, ainsi que différentes espèces de mammifères, notamment le porc. Sur la base de leurs protéines de surface, l’hémagglutinine (H) et la neuraminidase (N), les virus de type A sont classés en sous-types notés HxNy. Les virus de type B infectent quasi-exclusivement l’homme. On distingue deux lignages de virus de type B, B-Yamagata et B-Victoria. Les virus de types A et B sont responsables des épidémies saisonnières, alors que les virus de type C provoquent une maladie généralement bénigne.

Seuls les virus de type A ont un potentiel pandémique.

Symptômes et évolution de la maladie

Les symptômes apparaissent de 1 à 4 jours après la contamination. L’infection dure généralement une semaine et se caractérise par l’apparition brutale d’une fièvre, de douleurs musculaires, de maux de tête, d’une sensation de profond malaise, de signes respiratoires (toux sèche, gorge irritée, rhinite). 

La plupart des sujets atteints guérissent en une semaine avec un traitement symptomatique (antipyrétique, hydratation, antitussif et repos). Certaines personnes fragiles sont à risque de développer une grippe grave pouvant nécessiter une hospitalisation en réanimation, le recours à une assistance ventilatoire, voire même le décès : personnes âgées de plus de 65 ans, femmes enceintes, obèses morbides (indice de masse corporelle ou IMC>40 kg/m2), diabétiques, immunodéprimées, personnes atteintes de pathologies chroniques (maladies cardiovasculaires, maladies respiratoires), nourrissons.

Attention : il ne faut pas confondre grippe et syndrome grippal

  • La grippe est l’infection due à un virus influenza dont les symptômes sont les mêmes que ceux du syndrome grippal.
  • Un syndrome grippal est un ensemble de symptômes (fièvre, signes respiratoires, courbatures, céphalées …) dû à un virus respiratoire qui peut être également différent de la grippe : virus respiratoire syncytial (VRS), rhinovirus, virus parainfluenza, adenovirus.
  • Lors d’un syndrome grippal, si nécessaire, le médecin pourra réaliser un prélèvement respiratoire qui sera analysé au laboratoire, pour savoir s’il s’agit bien de la grippe.

Transmission

Les virus grippaux pénètrent dans l’organisme par voie respiratoire, au niveau du rhino-pharynx. Ils se transmettent facilement par voie aérosol, au moyen de microgouttelettes et de particules excrétées par un patient infecté lorsqu’il tousse, éternue ou parle. Les virus peuvent également être transmis par l’intermédiaire des mains (type de transmission appelé "manuportage"), lorsqu’une personne touche une surface contaminée et porte sa main à proximité du nez, d’où l’importance des mesures barrière lors des épidémies (port de masque, lavage des mains). Les virus grippaux se multiplient dans l’épithélium respiratoire, où de nouvelles particules virales sont produites. La multiplication virale est localisée. La réplication virale provoque une nécrose de l’épithélium respiratoire cilié qui s’accompagne d’hypersécrétion de mucus bronchique.

Les températures froides favorisent la survie des virus grippaux ce qui explique, en partie, pourquoi les épidémies surviennent en hiver dans les climats tempérés.

Réponse immunitaire

Lors de l’infection, la réponse immunitaire innée aboutit à la production de cytokines inflammatoires qui sont responsables de la plupart des symptômes de la grippe. La réponse immunitaire adaptative ou spécifique consiste notamment en une induction de lymphocytes T cytotoxiques qui éliminent les cellules infectées et de lymphocytes B qui produisent des anticorps parmi lesquels des anticorps qui vont neutraliser le virus.

Traitement

Le traitement de la grippe est symptomatique, avec application de mesures d’hygiène pour limiter la transmission et peut également faire appel à un traitement antiviral spécifique. Les antiviraux disponibles en France sont des inhibiteurs de la neuraminidase*, l’oseltamivir (Tamiflu®), actif sur les virus de types A et B, est disponible sous forme orale. Il réduit la durée de la maladie et la sévérité des symptômes s’il est pris précocement c’est-à-dire dans les 48 heures suivant le début des symptômes. Il permet également de réduire le risque de complications et la mortalité. Un autre inhibiteur de la neuraminidase, le zanamivir (Relenza®) peut-être prescrit à l’hôpital en cas de résistance à l’oseltamivir, sous forme intraveineuse.

Ces antiviraux sont prescrits à titre curatif et l’oseltamivir peut également être donné en prévention dans certaines situations, épidémie en EHPAD par exemple.

*Neuraminidase : glycoprotéine de surface du virus qui possède une activité enzymatique qui permet la libération des particules virales nouvellement formées et leur diffusion au sein du mucus

Prévention et vaccination

  • La prévention

En cas d’épidémie déclarée, des mesures de protection individuelle s’imposent pour éviter d’être infecté, ou quand on est malade d’infecter soi-même les personnes de son entourage proche : port du masque, utilisation de mouchoirs jetables, tousser et éternuer dans son coude, se laver régulièrement les mains, aérer son logement régulièrement. Si vous êtes malades évitez le contact avec des personnes fragiles.

  • La vaccination

En dehors des mesures d’hygiène la vaccination annuelle contre la grippe reste le moyen le plus efficace de se protéger. Il permet de réduire les formes graves de grippe.

Elle est fortement recommandée pour les personnes les plus fragiles (cf ci-dessus), mais également pour le personnel soignant, pour les personnes résidant en établissement de soins de suite et pour toutes personnes en contact direct avec des personnes fragiles. La protection conférée par le vaccin est de 6 à 9 mois.

Les modifications génétiques constantes des virus grippaux imposent d’ajuster chaque année la composition du vaccin pour y introduire les souches les plus récentes en circulation. Si l’efficacité du vaccin dépend avant tout de l’âge et de l’état immunitaire du sujet vacciné, le degré de similitude entre les souches vaccinales et les virus en circulation entre également en ligne de compte.

La mise au point des vaccins

Le réseau mondial de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour la surveillance de la grippe rassemble les Centres collaborateurs et Centres de référence pour la grippe de l’OMS du monde entier. Il est chargé de suivre l’évolution des virus en circulation chez l’homme et d’identifier rapidement les nouvelles souches. Sur la base des informations recueillies par le réseau, l’OMS recommande la composition du vaccin pour qu’il soit efficace contre les souches les plus récentes en circulation. Deux réunions ont lieu chaque année, une en février pour la détermination du vaccin antigrippal pour l’hémisphère nord et une en septembre pour la détermination de la composition vaccinale du vaccin pour l’hémisphère sud. Les vaccins contre la grippe sont quadrivalents. Ils contiennent les souches représentatives des deux sous-types de virus A, A(H1N1)pdm09 et A(H3N2), et des deux lignages de virus B, B-Yamagata et B-Victoria, responsables des épidémies saisonnières.

Epidémiologie

Les virus grippaux de type A et B sont à l’origine des épidémies saisonnières chez l’homme. La grippe sévit généralement en hiver dans les pays tempérés mais les virus grippaux circulent toute l’année dans les pays tropicaux et sub-tropicaux. Seuls les virus de type A sont responsables des pandémies, dues à des nouveaux virus, inconnus de la population et vis-à-vis desquels la majorité de la population n’est pas protégée.

  • La grippe saisonnière

Les épidémies de grippe évoluent selon une saisonnalité, elles surviennent dans les régions tempérées entre novembre et avril dans l’hémisphère nord, entre avril et octobre dans l’hémisphère sud. Bien que les épidémies de grippe soient annuelles, elles restent imprévisibles, on ne sait pas quand elles vont démarrer, quels virus vont circuler, combien de temps elles vont durer. On ne peut pas non plus prédire l’intensité ou la sévérité d’une épidémie. En France, la grippe saisonnière touche 2 à 8 millions de personnes et est responsable de 10 000 à 15 000 décès chaque année.

  • Les pandémies

Une pandémie est une épidémie non limitée dans l’espace, qui se répand rapidement à toute la surface du globe. Elle est la conséquence de l’apparition d’un nouveau sous-type de virus grippal de type A (suite à une modification génétique majeure), pour lequel la majorité de la population est immunologiquement naïve. Une pandémie est particulièrement dévastatrice en termes de morbidité, de mortalité et d’impact socio-économique. Ces pandémies sont rares, le XXe siècle en a connu trois :

  • la pandémie de 1918 dite « grippe espagnole », la plus sévère, due au sous-type H1N1, a touché le monde entier et a été responsable de 20 à 50 millions de morts entre 1918 et 1919 ;
  • la « grippe asiatique » en 1957, due au sous-type H2N2 ;
  • et la « grippe de Hong Kong » en 1968 due au sous-type H3N2.

En 1977, lors de l’épidémie de « grippe Russe » les virus de sous-type H1N1 ont été réintroduits chez l’homme et ont circulé parallèlement avec les virus de sous-type H3N2.

En 2009, date de la dernière pandémie grippale, le virus responsable était un nouveau variant de sous-type H1N1, résultant d’échanges génétiques appelés réassortiments entre un virus humain, un virus aviaire et deux virus porcins. Depuis 2009 ce virus A(H1N1)pdm09 a remplacé les précédents virus A(H1N1) et est responsable, avec les virus A(H3N2) et les virus de type B, des épidémies saisonnières.

  • La grippe aviaire/zoonotique

On parle de grippe zoonotique quand il y a transmission d’un virus grippal entre l’animal et l’homme. Pour les virus influenza A, des infections par des virus issus du réservoir animal sont possibles exceptionnellement. Ces infections zoonotiques ont un niveau de gravité varié, infection généralement bénigne (ex. virus porcin H3N2v, virus aviaire H9N2), ou forme sévère avec létalité importante (ex. virus aviaires H5N1, H7N9). Ces infections ne donnent généralement pas lieu à une transmission interhumaine.  On parle de grippe aviaire pour les cas d’infection par des virus influenza aviaires qui se sont montrés capables de franchir la barrière d’espèces et d’infecter l’homme.

Chez les volailles le virus influenza se multiplie principalement au niveau du tractus digestif ainsi qu’au niveau du tractus respiratoire. Ainsi, de grandes quantités de virus sont excrétées dans les fientes et contaminent l’environnement. Les virus aviaires de sous-type H5 et H7 sont classés en faiblement pathogènes (FP) ou hautement pathogènes (HP) pour les volailles. La transmission à l’homme nécessite une exposition prolongée à des volailles infectées ou des environnements contaminés et la transmission d’homme à homme n’est pas efficace. Parmi ces virus aviaires, les virus A(H5N1) HP, A(H7N9) HP et FP sont à l’origine du plus grand nombre de cas.  D’autres virus aviaires comme les virus A(H5N6) sont responsables de cas humains sporadiques sévères alors que les virus A(H5N8) n’ont jamais été détectés chez l’homme.

Pour prendre en compte le risque de survenue de cas importés sur le territoire national, Santé publique France (SpF) met à jour la liste des pays avec une circulation endémique de virus influenza à potentiel zoonotique et les cas suspects d’infection font l’objet d’une évaluation selon les recommandations du Haut conseil de santé publique.

A l’Institut Pasteur

  • La surveillance

La surveillance de la grippe en France, coordonnée par Santé publique France (SpF), a différents objectifs : détecter le début de l’épidémie, identifier et caractériser les virus circulants, évaluer sa gravité et identifier les populations à risque, et évaluer les mesures de contrôle (vaccination). Elle associe une surveillance épidémiologique et virologique aussi bien sur le plan national, qu’international.

La surveillance virologique de la grippe en France, est coordonnée le Centre national de référence (CNR) virus des infections respiratoires (dont la grippe) hébergé au sein de l’unité de Génétique moléculaire des virus à ARN (GMVR) dirigé par le Pr Sylvie van der Werf à l’Institut Pasteur Paris. Deux laboratoires associés participent à cette surveillance : le laboratoire de virologie aux Hospices civils de Lyon, et le laboratoire de virologie à l’Institut Pasteur de Guyane.

Cette surveillance s’effectue dans la population générale à partir des prélèvements réalisés par les médecins préleveurs du réseau Sentinelles* et chez les sujets hospitalisés par le réseau RENAL (Réseau national des laboratoires hospitaliers).

*Réseau Sentinelles : réseau de recherche et de veille en soins de premier recours en France métropolitaine, composé de médecins généralistes et de pédiatres volontaires et bénévoles, qui recueillent des données sur 10 indicateurs de santé (coqueluche, diarrhées, maladie de Lyme, etc.), parmi lesquels les syndromes grippaux.

En période de surveillance active (semaine 40 à semaine 15 de l’année suivante), le CNR est ainsi amené à traiter quelque 2000 à 3000 prélèvements respiratoires chaque saison. Il doit notamment caractériser les virus grippaux pour suivre l’adéquation entre virus grippaux circulants et composition vaccinale et mettre en évidence l’émergence éventuelle de nouveaux variants à potentiel épidémique voire pandémique. Il suit également la sensibilité aux antiviraux des virus grippaux circulants.

  • La recherche

En dehors de cette surveillance, au sein de l’unité GMVR, différentes activités de recherche sont menées :

  1. évolution génétique des virus grippaux ;
  2. identification de nouvelles molécules antivirales et étude des problèmes de résistance ;
  3. détermination de la spécificité d’hôte.

 


 

Octobre 2019

Retour en haut