Peste

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Près de 50 000 cas humains de peste ont été déclarés à l’OMS par 26 pays entre 1990 et 2015

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Epidémiologie

Près de 50 000 cas humains de peste ont été déclarés à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) entre 1990 et 2015 par 26 pays d’Afrique, Asie et Amérique. L’Afrique subsaharienne est actuellement la partie du monde la plus touchée, avec la République Démocratique du Congo, l’Ouganda et surtout Madagascar qui est le pays qui recense le plus de cas humains de peste au monde (entre 250 et 500 cas par an). En Asie, les foyers les plus actifs sont en Chine. Sur le continent américain, le principal foyer se trouve au Pérou mais les Etats-Unis ne sont pas épargnés : des cas autochtones de peste humaine sont rapportés chaque année sur la côte ouest dans ce pays. Aucun cas de peste n’a été signalé récemment en Océanie ou en Europe. En France, les derniers cas survenus datent de 1945 en Corse.

Une des caractéristiques des épidémies de peste est leur capacité à "s’éteindre" pendant plusieurs années avant de réapparaître brutalement sous forme épidémique. En Inde, une épidémie de peste pulmonaire a éclaté en 1994, alors que l’on croyait la maladie éradiquée depuis presque 30 ans. Presque simultanément, des cas de peste bubonique (128 cas) ont été enregistrés au Mozambique après plus de 15 ans de silence, et se sont propagés au Zimbabwe et au Malawi tout proches. Presque au même moment, une épidémie est survenue au Pérou (1031 cas en 1993-1994). Malgré leur apparition rapprochée, il n’existe probablement pas de lien épidémiologique entre les épidémies asiatiques, américaines et africaines. En 1997, des cas humains de peste sont survenus en Jordanie après 80 années de silence. La peste est également réapparue en Algérie, dans la région d’Oran en 2003, après une période de silence inter-épidémique de 50 ans. Une épidémie de peste pulmonaire a de plus éclaté dans une mine de diamants en République Démocratique du Congo en Décembre 2004 et une épidémie de grande ampleur s’est à nouveau produite dans ce pays en 2006.

Des cas humains de peste sont survenus en Afghanistan en 2007 où aucun cas n’avait jamais été rapporté. Plus récemment, la peste est réapparue en Libye en 2009 après 25 ans de silence, au Kirghizistan et en Russie en 2013 après 30 et 34 ans d’absence, respectivement. De même, une flambée de peste s’est déclarée en 2016 à Madagascar au sud-est du pays, où aucun cas de peste n’avait été signalé depuis 1950 et en dehors de la zone d’endémie connue dans ce pays.

Répartition des foyers naturels de peste dans le monde en mars 2016 (OMS)

Aspects cliniques

Chez l’homme, la maladie revêt deux formes principales: bubonique (contractée par piqûre de puce) et pulmonaire (transmise par voie aérienne). La peste bubonique, forme clinique la plus fréquente, est caractérisée, après une incubation de quelques jours, par un syndrome infectieux très sévère (forte fièvre, atteinte profonde de l’état général), accompagné d’une hypertrophie du ganglion lymphatique (bubon) drainant le territoire de piqûre de la puce. Dans 20 à 40% des cas, le bubon suppure et le malade guérit après un temps de convalescence assez long. Sinon, la maladie évolue vers une septicémie, très rapidement mortelle. Dans certains cas, le bacille atteint les poumons et la transmission inter-humaine du bacille a ensuite lieu par l’intermédiaire des gouttelettes de salives émises par le malade lors de la toux. Les sujets contacts développent alors une peste pulmonaire. En l’absence d’un traitement précoce et approprié, la peste pulmonaire est systématiquement mortelle en 3 jours.

Diagnostic

Le diagnostic clinique de la peste se fait en présence des symptômes et d’une notion de voyage en zone d’endémie ou de contact avec un malade de la peste. Il est suivi par un diagnostic biologique en laboratoire qui confirme la présence de la bactérie Yersinia pestis dans les échantillons biologiques (sang, expectorations, prélèvements issus d’un bubon).

Traitements

La streptomycine, les tétracyclines et et les fluoroquinolones sont les antibiotiques de référence pour le traitement de la peste. Ce sont des antibiotiques parfaitement efficaces s’ils sont administrés à temps.

Les mesures prophylactiques

La chimioprophylaxie au moyen de tétracyclines ou de sulfamides ou fluoroquinolones, administrée précocement, est en général d’une très bonne efficacité pour l’entourage immédiat des sujets atteints de peste.

Les recommandations aux voyageurs se rendant dans les foyers d’endémie sont d’éviter les contacts avec les rongeurs et de se protéger des piqures de puces par des répulsifs cutanés actifs dans ces zones d’endémie. En cas de contact avec un patient pesteux qui tousse, il faut consulter au plus vite un médecin qui prescrira une prophylaxie par antibiotique.

La prévention par la vaccination a été abandonnée car les premiers vaccins entrainaient des effets indésirables, parfois sévères. Par la suite, d’autres vaccins ont été développés mais ils ne sont pas efficaces sur les formes pulmonaires. Actuellement, plusieurs vaccins sont à l’étude mais doivent encore être validés chez l’homme.

A l’Institut Pasteur

Les activités de l’unité de recherche Yersinia sont focalisées sur l’analyse :

  • Des mécanismes d’acquisition de facteurs de virulence chez les Yersinia ;
  • De la génomique et transcriptomique comparative entre Y. pestis et Y. pseudotuberculosis ;
  • Des bases moléculaires de l’exceptionnelle pathogénicité de Y. pestis ;
  • Des mécanismes de l’immunité innée et adaptative chez l’hôte ;
  • De la résistance aux antibiotiques des Yersinia pathogènes ;
  • De l’évolution des Yersinia pathogènes.

L’unité Yersinia développe aussi :

  • Un vaccin contre la peste bubonique et pulmonaire. Un candidat vaccin a été breveté en 2014, la prochaine étape consiste à la phase de tests précliniques.
  • Une technologie d’imagerie in vivo en temps réel pour suivre la cinétique de développement de Y. pestis chez son hôte.
  • Des outils de complémentation et d’expression de gènes in vitro et in vivo.
  • Des techniques pour la caractérisation moléculaire des différentes espèces de Yersinia.

L’unité participe activement à la surveillance et au contrôle des Yersinia entéropathogènes à travers ses activités au niveau national (Centre national de référence et réseau national de surveillance) et à la lutte contre la peste au niveau international (Centre collaborateur de l’OMS ou CC-OMS).

 

Recherche :

Unité de recherche Yersinia, dirigée par Javier Pizarro-Cerdá

Surveillance et santé publique :

 


Octobre 2017

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