Serial piqueurs, le risque invisible
Quand moustiques et tiques deviennent des armes biologiques
Dengue, chikungunya, Zika, maladie de Lyme, paludisme et leishmaniose : ces pathologies, dites à transmission vectorielle, se distinguent des infections comme la grippe ou la Covid-19 par leur mode de transmission. Elles nécessitent un vecteur vivant - moustique, moucheron ou tique - qui, en piquant, transfère à l'humain des pathogènes (virus, bactéries, parasites) qu'il héberge et amplifie. Véritables incubateurs mobiles, ces vecteurs rendent ces maladies particulièrement résistantes aux mesures sanitaires classiques. L'impact est colossal : les maladies vectorielles représentent plus de 17 % des maladies infectieuses et causent plus de 700 000 décès annuels au niveau mondial.

Une diversité de vecteurs, une multitude de menaces
Sur 3 500 espèces de moustiques recensées dans le monde, seulement 3 à 6% nuisent à l'être humain. En France, le moustique tigre (Aedes albopictus), arrivé dans les Alpes-Maritimes en 2004 et reconnaissable à ses rayures noires et blanches, transmet désormais la dengue, le chikungunya et le Zika en milieu urbain. Le moustique commun (Culex pipiens) véhicule silencieusement le virus du Nil occidental, responsable d'atteintes neurologiques sévères. Quant aux moucherons appelés phlébotomes, ils sont les vecteurs de la leishmaniose, maladie parasitaire à l'origine d'affections cutanées ou viscérales très invalidantes. Cette pathologie présente dans les Cévennes, la Côte d'Azur, la Corse, la Provence et les Pyrénées-Orientales est aujourd'hui considérée comme une maladie négligée émergente en Europe. Dans les zones tropicales défavorisées d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine, les moustiques du genre Anopheles transmettent les parasites du genre Plasmodium, responsables du paludisme (600 000 morts par an).
Les coulisses d'une nurserie pour vecteurs
Fondée en 2003 par Catherine Bourgoin dans l'unité de Biologie et Génétique du Paludisme (dirigée par Robert Menard), la plateforme CEPIA a pour mission l'élevage de masse d'anophèles et la production de parasites du genre Plasmodium, agent du paludisme pour la recherche fondamentale et translationnelle.
« L'objectif était de fournir du matériel biologique aux équipes de parasitologie du campus pasteurien sans qu'elles aient à gérer elles-mêmes l'élevage complexe des vecteurs», explique Sabine Thiberge, responsable du Centre de production et infection des anophèles. Cette « nurserie » pas comme les autres s'appuie sur sept membres, qui maintiennent des colonies d'Anopheles gambiae (principal moustique vecteur du paludisme sévissant en Afrique) et d'Anopheles stephensi (vecteur principal en milieu urbain en Inde) et cultivent le parasite Plasmodium falciparum en sang frais via un système semi-automatique. Un cycle de production millimétré qui exige une précision horlogère. «Nous cultivons les stades sexués du parasite pendant 15 jours avec changements de milieu quotidiens, week-ends compris, puis infectons les moustiques via des repas sanguins artificiels», détaille Sabine Thiberge. L'environnement des moustiques doit rester stable avec 27°C constant et 80 % d'humidité minimum, des conditions de travail tropicales pour l'équipe.

Début 2028, au cœur de la nouvelle infrastructure entièrement dédiée à l'étude des maladies à transmission vectorielle, le CEPIA deviendra le Centre de Production et d'infection des Vecteurs (CPIV), regroupant un centre d'élevage de la plupart des vecteurs responsables de la transmission de pathogènes majeurs (moustiques du genre Anopheles et Aedes, phlébotomes, glossines et tiques). Des installations uniques en microscopie permettant d'imager l'infection à tous les niveaux (moléculaire, cellulaire, tissulaire, organisme entier) dans des environnements hautement sécurisés seront également proposés aux unités de recherche. «L'objectif est de libérer les scientifiques des tâches de maintenance pour qu'ils se concentrent sur l'expérimentation scientifique», précise Sabine Thiberge. Ce centre, combinant mutualisation des compétences et standardisation des pratiques, contribuera à la compréhension intégrée des maladies à transmission vectorielle.
Les principaux vecteurs et les pathogènes transmis
| Le vecteur | Pathologies | Quand s’en méfier ? |
|
La tique commune |
Maladie de Lyme |
Mars à novembre |
|
La tique géante |
Fièvre hémorragique |
Mars à août |
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Le moustique tigre |
Dengue • Chikungunya • |
Mars à octobre |
| Le moustique commun (Culex pipiens) |
Fièvre du Nil Occidental | Avril à octobre (nuit) |
| Le moucheron (Genre Phlebotomus) |
Leishmaniose viscérale |
Avril à octobre (fin de journée et début de nuit) |
À l'opposé des insectes qui évoluent dans les airs, les tiques se tapissent dans la végétation basse. Minuscules, elles s'ancrent dans la peau plusieurs jours, injectant discrètement leurs agents pathogènes. La tique commune (Ixodes ricinus), vivant au cœur de nos forêts, transmet la bactérie responsable de la maladie de Lyme et le virus de l'encéphalite à tiques. Plus inquiétant, la tique Hyalomma marginatum, reconnaissable à sa grande taille et à ses pattes rayées, gagne le sud de la France : déjà présente en Corse, elle colonise le littoral méditerranéen continental depuis une décennie. Vecteur du virus de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo, infection grave dont la létalité atteint 40 %, elle représente une menace émergente majeure.

L'estomac du moustique, boîte noire de la transmission virale
Sarah Merkling (responsable du groupe Immunité et infection des insectes) explore les mécanismes moléculaires qui déterminent l’infection et la transmission de la dengue par Aedes aegypti, en se focalisant sur les premières heures après le repas sanguin infecté, une phase décisive où le virus tente de coloniser l'estomac du moustique, un organe encore méconnu contrairement aux glandes salivaires. «Nous ne comprenons pas pourquoi, dans certaines populations, le virus infecte les cellules gastriques et se réplique, alors que dans d’autres cas, il échoue», explique la chercheuse.

Ses travaux ont révélé une dichotomie naturelle chez une population gabonaise : 50 % des moustiques résistent à l'infection, tandis que l'autre moitié y est sensible, avec une divergence observable dès 24 à 48heures. Pour décrypter ces mécanismes, elle utilise le single-cell sequencing et l'imagerie 3D haute résolution sur des coupes ultrafines de moustiques. Ses futures recherches au CMTV s'articuleront autour de trois axes majeurs. Elle compte d'abord identifier les signatures moléculaires de résistance et de sensibilité en combinant analyse génomique et individualisation cellulaire, ouvrant la voie à des moustiques dotés d'une« super-immunité» incapable de transmettre le virus. Elle évaluera également l'impact des stress climatiques extrêmes (vagues de chaleur, inondations) sur la compétence vectorielle. Enfin, elle générera des populations virales synthétiques pour suivre en temps réel l'adaptation évolutive du virus à son hôte.
Cette recherche fondamentale est cruciale face aux limites des stratégies actuelles : résistance aux insecticides et vaccins inefficaces ou difficiles à déployer sans sérologie préalable. « A l'ère du changement climatique, multiplier les approches devient une urgence», souligne-t-elle.
Des vecteurs en expansion et en mutation
Ces dernières années, les maladies vectorielles ont conquis de nouveaux territoires, exposant 80 % de la population mondiale. En France métropolitaine, l'année 2025 a marqué un tournant historique : après des cas sporadiques de dengue et chikungunya (moins de 5 par an avant 2022), les transmissions locales ont été multipliées par 15 à 20, le moustique-tigre occupant désormais 81 départements hexagonaux. Le virus du Nil occidental transmis par le moustique commun a quant à lui touché pour la première fois l'Île-de-France, l'Auvergne-Rhône-Alpes et la Normandie.
Parallèlement, 50 000 cas de maladie de Lyme sont recensés annuellement, principalement dans le Grand-Est, le Centre-Val de Loire et le nord du pays. D'ici 2030, l'extension de la tique commune Ixodes ricinus vers les montagnes (Vosges, Jura, Alpes) pourrait encore accroître cette menace. Cette recrudescence s'explique par un déséquilibre écologique conjuguant changement climatique et urbanisation : hivers doux et canicules allongent la saison de transmission, tandis que les gites larvaires et la végétalisation favorisent respectivement les moustiques et les tiques.
"Les tiques, dangereuses pour l'être humain ?" - Sarah Bonnet, directrice de recherche INRAE à l'Institut Pasteur
endif; ?>Les tiques ne tombent pas des arbres mais chassent à l'affût en haut de la végétation.
Comment vos recherches en laboratoire et sur le terrain éclairent-elles le rôle des tiques dans la transmission de microorganismes responsables de maladies?
En laboratoire, j’étudie les interactions entre les tiques, leurs hôtes et les agents pathogènes qu'elles transmettent, notamment grâce à la mise en place d'un élevage de tiques. Sur le terrain, j'évalue les risques liés aux tiques
dans divers écosystèmes. Ce qui me tient particulièrement à cœur, c'est la dimension One Health: les tiques ne ciblent pas spécifiquement l'humain, mais sont intimement inféodées à la faune sauvage (rongeurs, oiseaux, cervidés...) ou domestique (animaux de rente et de compagnie).
Comment se développent les tiques, et pourquoi le stade de nymphe est-il si dangereux pour l'humain?
Vieilles comme le monde (270 millions d'années), les tiques sont présentes sur l'ensemble du globe. Leur cycle de vie comprend trois stades - larve, nymphe et adulte - et chaque stade nécessite un ou plusieurs repas sanguins pour se développer. Les tiques sont les principaux vecteurs d'agents pathogènes en Europe. La nymphe, de la taille d'une tête d'épingle, est particulièrement redoutable car abondante dans les zones infestées et difficile à détecter, tout en étant impliquée dans la transmission d'agents pathogènes comme la bactérie Borrelia burgdorferi, responsable de la maladie de Lyme.
Quelles sont les découvertes les plus surprenantes de votre étude sur les tiques en milieu urbain en Île-de-France ?
Depuis 2022, un projet innovant explore les liens entre la végétalisation urbaine et l'émergence des tiques en milieu citadin sur 166 sites répartis en Île-de-France selon un gradient d'urbanisation. Les résultats obtenus ont mené à un prolongement du projet sur 5 à 10 ans et concentré sur quatre zones prioritaires qui sont suivies mensuellement : la forêt de Saint-Germain-en-Laye (site témoin), les bois de Vincennes et de Boulogne, ainsi que le parc Montsouris, où la présence de tiques a été détectée pour la première fois dans Paris intra-muros. Les résultats préliminaires, en cours de publication, révèlent une réalité préoccupante : non seulement les tiques sont désormais installées dans Paris, mais certaines sont porteuses d'agents pathogènes dont la bactérie responsable de la maladie de Lyme. Au sein des sept espèces de tiques identifiées en Île-de-France (sur les 40 recensées en France métropolitaine et 900 au niveau mondial), d'autres agents pathogènes ont été détectés, comme des parasites du genre Babesia ou d'autres bactéries des genres Rickettsia ou Anaplasma, tandis que des analyses métagénomiques explorent actuellement la présence de virus. Nos résultats montrent que, s’il y a moins de tiques en zone urbaine, celles-ci sont néanmoins plus infectées qu'en zone forestière.
Plusieurs facteurs expliquent cette expansion urbaine : les corridors verts, qui facilitent la migration de la faune sauvage (et des tiques qu'elle transporte) depuis les zones périurbaines et rurales vers le cœur de la ville et les îlots de chaleur urbains, qui prolongent la saison d'activité des tiques, les rendant actives même en hiver.
Ce projet souligne l'urgence d'adapter les politiques de santé publique et d'aménagement urbain pour limiter les risques, tout en sensibilisant les Parisiens à ces nouveaux dangers invisibles.
Quels sont vos autres axes de recherche ?
Nous réalisons d'autres projets de recherche d'évaluation des risques liés aux tiques dans d'autres environnements comme en Allemagne ou au Japon (nous sommes une unité internationale Institut Pasteur-Université de Kyoto). Nous travaillons à la mise au point de marqueurs d'exposition aux piqûres de tiques qui permettraient de suivre l'évolution des différentes populations de tiques et au développement d'un logiciel permettant leur identification à l'espèce. Enfin, un autre projet qui me tient à cœur est la relance de travaux sur un vaccin anti-tique, ciblant le vecteur plutôt que les agents pathogènes, pour empêcher la piqûre et donc la transmission de ces derniers.
Quels enjeux sociétaux et de santé publique soulevez-vous?
La surveillance et la prévention sont cruciales. Avec une anthropologue de l'Institut (Tamara Giles-Vernick),nous analysons la perception des risques liés aux tiques. Nous souhaitons continuer notre collaboration avec la mairie de Paris pour sensibiliser le public, en rendant visibles nos équipes sur le terrain et en mettant en place des outils de communication vers le grand public. J’ai ainsi participé à l'élaboration du Plan National Santé-Environnement 4 « Un environnement, une santé» (2021-2025) pour intégrer le risque vectoriel tique dans les politiques publiques.
Ecoutez Sarah Bonnet dans l’émission « La Terre au carré » diffusée sur France Inter le 3 mars 2026
Anticiper plutôt que subir : la prévention intégrée
Faute de vaccins et de traitements disponibles pour la plupart de ces maladies, la stratégie défensive cède la place à une vigilance prédictive. L'approche One Health prônée par l'OMS abolit les frontières entre médecine humaine, vétérinaire et écologie et aborde ces maladies comme des systèmes complexes où s'entremêlent agents pathogènes, vecteurs, climat et comportements humains. Cette vision s'est concrétisée dès 2017 par l'adoption de l'Action mondiale pour lutter contre les vecteurs 2017-2030, invitant les États à faire de la lutte antivectorielle un pilier de la prévention.
Un tournant dans la lutte ?
Le paludisme, fléau mondial, est causé le parasite Plasmodium falciparum, transmis par les moustiques. Une avancée scientifique majeure pourrait tout changer : des anticorps capables de forcer le parasite à s'autodétruire avant même qu'il n'atteigne le foie. Grâce à des techniques d'imagerie de pointe et à l'utilisation de molécules fluorescentes, Rogerio Amino, responsable de l'unité Infection et immunité paludéennes, a pu observer le comportement du parasite dans les minutes qui suivent la piqûre du moustique. Contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, le parasite n'est pas injecté directement dans le sang. « Il reste d'abord piégé dans la peau, où il doit localiser un vaisseau sanguin, l'envahir ; puis migrer vers le foie pour infecter les cellules hépatiques», explique le chercheur. Cette phase représente une fenêtre d'opportunité thérapeutique inédite. Rogerio Amino a découvert que certains anticorps, en se liant à une protéine de surface du parasite, déclenchent une réaction en chaîne qui le fragilise. « En se déplaçant pour atteindre les vaisseaux sanguins, le parasite tente de se débarrasser de cette "enveloppe" d'anticorps, abandonnant derrière lui des fragments de sa propre membrane », explique le chercheur. Dépouillé et affaibli, le parasite devient alors vulnérable à une molécule cytotoxique endogène et s'autodétruit. L'équipe collabore internationalement pour cribler des centaines d'anticorps et révéler les plus efficaces. L'identification d'un anticorps plus puissant permettra d'obtenir une plus grande efficacité à moindre coût, notamment pour couvrir la population qui ne répond pas aux vaccins ou qui est exposée de façon saisonnière à l'infection. L'équipe développe également, en collaboration avec des entreprises en biotechnologie, un vaccin multi-antigénique visant une protection à 100 %. Les vaccins commercialisés offrent une protection temporaire de quelques mois. « les titres d'anticorps chutent rapidement. Notre objectif est d'identifier des combinaisons capables d'induire une réponse immunitaire plus durable ». précise Rogerio Amino. Le développement d'un puissant anticorps monoclonal ou d'un vaccin multi-antigénique capable de bloquer complètement l'infection palustre peut changer la donne dans la lutte contre cette maladie insidieuse.

En France, une veille institutionnelle (agences régionales de santé-ARS, Santé Publique France-SPF) se double désormais d'un maillage citoyen via des applications de signalement, créant une surveillance en temps réel. Dès détection d'un cas autochtone, un protocole strict s'enclenche : investigations épidémiologiques et entomologiques suivies de démoustications ciblées.
Dans son plan stratégique 2030, l'Institut Pasteur priorise la lutte contre ces pathologies. Il mise sur des outils prédictifs comme le projet EMa-Tigre, qui cartographie les risques de diffusion des virus transmis par le moustique tigre, et renforce ses capacités avec la création d'un centre de recherche entièrement dédié à ces menaces.
Cette expertise scientifique s'accompagne d'une mobilisation collective : élimination des gîtes larvaires et protection individuelle, chaque citoyen devenant acteur de sa propre santé.
EMa-TIGRE, un système de surveillance pionnier
Depuis mai 2025, la France déploie un outil révolutionnaire : EMa-TIGRE (Émergence de Maladies vectorielles liées au moustique Tigre), un programme de surveillance systémique couvrant l'ensemble du territoire métropolitain. Son objectif ? Cartographier les risques de diffusion des virus transmis par le moustique tigre (Aedes albopictus) et anticiper les épidémies de demain. «Nous établissons un état des lieux de référence pour 2025-2026, qui servira de base pour évaluer l'évolution du risque dans 10, 20 ou 30 ans», explique Rachel Bellone, chercheuse au sein de l’unité Arbovirus et insectes vecteurs de l’Institut Pasteur et coordinatrice du projet. Mais EMa-TIGRE ne se limite pas au moustique tigre : Culex, Anopheles et d'autres espèces de moustiques sont capturées deux fois par mois, de mai à octobre, sur 105 sites répartis dans treize régions. Chaque prélèvement est associé à des métadonnées précises (localisation, température, humidité, pluviométrie), constituant une bio-banque unique pour des analyses génétiques rétrospectives et le suivi de la résistance aux insecticides.
L'efficacité du dispositif s'est rapidement confirmée. En 2025, les équipes ont détecté le virus du Nil Occidental dans des moustiques du Val-de-Marne et de Paris, permettant d'écarter des produits sanguins potentiellement contaminés et d'éviter des transmissions par transfusion. Autre signal alarmant : des cas de chikungunya apparaissent dès fin mai, contre août-septembre habituellement. « Cela révèle une densité de moustiques élevée très tôt dans la saison, favorisée par des hivers doux et l'adaptation rapide du moustique tigre à son environnement», souligne Rachel Bellone. Les hivers tempérés modifient le cycle des moustiques : «Ils entrent en diapause plus tard et se réveillent plus tôt», précise la chercheuse. Pour affiner les projections, des tests de compétence vectorielle sont en cours sur douze populations de moustiques tigres en France, exposées à dix virus différents. L'enjeu ? Identifier quels virus chaque population régionale peut transmettre, et avec quelle efficacité. À terme, EMa-TIGRE combinera données climatiques, entomologiques et virologiques pour produire des cartes/de risque prédictives à l'horizon 2065. Une avancée majeure pour anticiper les épidémies et adapter les stratégies de santé publique.
La reprogrammation des vecteurs
En complément de la surveillance prédictive, une nouvelle approche émerge : la reprogrammation des moustiques. Deux stratégies prometteuses se dégagent. La première exploite la bactérie Wolbachia, qui, une fois introduite chez l'insecte, bloque la réplication virale et se transmet à la descendance, formant progressivement une population localement immunisée. La seconde repose sur l'ingénierie génétique : en relâchant massivement des mâles stérilisés dans les zones infestées, leur accouplement avec les femelles sauvages génère des descendants non viables, réduisant ainsi la population de vecteurs sans recourir aux pesticides.
Les bons gestes, protection et vigilance
Contre les moustiques
• Éliminer les eaux stagnantes (soucoupes de fleurs, pneus, bouteilles plastiques) où pondent les femelles.
• Porter des vêtements longs en forêt ou au jardin, surtout au crépuscule.
• Utiliser des répulsifs sur la peau et les moustiquaires pour dormir.
• Signaler leur présence avec l'application gratuite iMoustique®.
Contre les tiques
• En forêt ou dans les espaces verts (même urbains), rester sur les sentiers, porter des pantalons rentrés dans les chaussettes et des manches longues.
• S'inspecter soigneusement le soir en rentrant chez soi : la tique est souvent de la taille d'une tête d'épingle (nymphe) jusqu'à 4 mm (adulte). Elle aime se cacher dans le cuir chevelu, l'aine ou les plis du corps.
• Enlever la tique dès que possible avec un tire-tique.
• Signaler leur présence avec l'application gratuite www.citique.fr
Vers une lutte réinventée
Depuis quelques années, les maladies vectorielles ne relèvent plus en France d'une abstraction théorique. Elles représentent des enjeux croissants en épidémiologie et santé publique en raison des modifications climatiques et des voyages internationaux. Nous ne sommes plus dans la gestion de crise ponctuelle, mais dans une « nouvelle normalité ». De la surveillance prédictive à la modification des vecteurs, la recherche ouvre aujourd'hui des perspectives inédites pour lutter contre ces pathologies.





