Parasite du paludisme : la stratégie du cheval de Troie démasquée

Une équipe de l'Institut Pasteur vient de mettre en évidence un subtil mécanisme utilisé par le parasite responsable du paludisme pour échapper au système immunitaire lors d'une étape cruciale de son cycle chez l'hôte mammifère. Permise grâce à des techniques d'imagerie in vivo qui permettent de suivre le parasite en temps réel dans l'organisme, cette découverte - publiée dans la revue Science - pointe des cibles thérapeutiques nouvelles pour la recherche contre la maladie, à l'origine d'au moins 500 millions de cas et d'un million de décès par an.

 

 

Communiqué de presse
Paris, le 1er septembre 2006

 

 

La première étape du cycle de vie du parasite du paludisme prend place dans le foie. Après la piqûre du moustique, le parasite sous forme de sporozoïte gagne cet organe par la circulation sanguine, et se différencie dans les cellules du foie pour donner la forme invasive, appelée mérozoïte. C’est cette forme qui envahira les globules rouges, suite à quoi apparaîtront les symptômes de la maladie.

Jusqu’ici, on supposait que les mérozoïtes sortaient seuls du foie pour gagner la circulation sanguine, et la façon dont ils échappaient alors au système immunitaire, notamment aux nombreux macrophages qui patrouillent dans le foie, demeurait énigmatique.

L’équipe de Robert Ménard, chef de l’unité de Biologie et génétique du paludisme de l’Institut Pasteur, en collaboration avec des chercheurs de l’Institut de médecine tropicale Bernhard Nocht à Hambourg, vient de lever le mystère.

Employant notamment des techniques d’imagerie in vivo qu’ils ont élaborées ces dernières années, permettant de visualiser en temps réel des parasites rendus fluorescents dans un modèle rongeur, les chercheurs ont découvert que les mérozoïtes utilisaient une véritable stratégie du cheval de Troie pour quitter le foie et gagner "incognito" la circulation sanguine.

Ils ont observés que les cellules du foie infectées - chacune contenant quelque 10 000 mérozoïtes - et mortes sous l’effet de l’infection, se mettaient à bourgeonner, formant des structures que les chercheurs ont nommées mérosomes. Ces mérosomes/chevaux de Troie bourrés de parasites gagnent les vaisseaux sinusoïdes du foie puis débouchent dans la circulation sanguine où les mérozoïtes sont libérés.

Les parasites semblent capables à la fois de guider leur véhicule et de le masquer. Puisqu’elle est issue de cellules mortes, la membrane des mérosomes devrait en effet lancer un signal de dégradation permettant aux macrophages/éboueurs d’engloutir et de détruire l’indésirable structure. Ce signal bien classique de toute cellule à dégrader n’est plus émis, grâce à des modifications biochimiques induites par le parasite.

La mise à jour de ces mécanismes, outre une meilleure compréhension de l’infection palustre, offre de nouvelles cibles thérapeutiques, d’autant plus intéressantes qu’elles se situent avant le stade pathogène de l’action parasitaire (l’invasion des globules rouges).

"L’imagerie in vivo nous révèle des mécanismes nouveaux et s’avère un formidable outil pour améliorer notre compréhension du phénomène infectieux", souligne Robert Ménard. "Elle devrait permettre à l’avenir, pour le paludisme comme pour les maladies infectieuses en général, de mettre le doigt plus rapidement sur des cibles thérapeutiques nouvelles".

Sources

- "Malaria parasites manipulate host hepatocytes for their safe delivery into liver sinusoids" : Science, 1er septembre 2006.
Angelika Sturm (1), Rogerio Amino (2,3), Claudia van de Sand (1), Tommy Regen (1), Silke Retzlaff (1), Andreas Krueger (1), Jörg-Matthias Pollok (4), Robert Ménard (2), Volker T. Heussler (1)

1. Bernhard Nocht Institute for Tropical Medicine, Hambourg, Allemagne
2. Département de parasitologie, Institut Pasteur, Paris
3. Department of Biochemistry, Federal University of Sao Paulo, Brésil
4. Department of Hepatobiliary Surgery, University Hospital Hamburg-Eppendorf, Hambourg, Allemagne

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Service de presse, Institut Pasteur
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