Emergence mondiale d’une salmonelle hautement résistante aux antibiotiques avec risque d’implantation dans les élevages de volailles européens

Dans une étude publiée le 28 mai sur le site du journal The Lancet Infectious Diseases, des chercheurs de l’Institut Pasteur à Paris et de l’Institut Pasteur du Maroc attirent une nouvelle fois l’attention sur la propagation rapide à l’échelon mondial de Salmonella Kentucky (S. Kentucky), une bactérie résistante à plusieurs classes d’antibiotiques. Responsable d’infections alimentaires, S. Kentucky a connu une expansion spectaculaire sur le continent africain et au Moyen Orient en l’espace de quelques années seulement. Dans l’étude, les auteurs remarquent que la bactérie s’est récemment implantée en Inde et en Asie du sud est et a acquis de nouvelles résistances notamment aux antibiotiques de dernière intention. Les chercheurs pointent également un risque important d’implantation de cette souche multirésistante dans les élevages de volailles des pays industrialisés. La bactérie ayant déjà été détectée dans des élevages de dindes de plusieurs pays européens.

 

 

Communiqué de presse
Paris, le 29 mai 2013

 

 


Les bactéries du genre Salmonella figurent parmi les plus importantes causes d’infections alimentaires chez l’homme. Transmises par le biais d’une large variété d’aliments contaminés (produits carnés, œufs et produits laitiers), elles sont responsables de gastro-entérites pouvant être très sévères chez les enfants, les personnes âgées et les personnes immunodéprimées.

La première souche de Salmonella Kentucky (S. Kentucky) multirésistante aux antibiotiques avait été isolée en décembre 2002 chez un touriste français tombé malade lors d’une croisière sur le Nil. Depuis lors, une surveillance étroite de cette souche bactérienne a été menée par le centre national de référence (CNR) des Escherichia coli, Shigella et Salmonella situé au sein de l’Unité des bactéries pathogènes entériques à l’Institut Pasteur à Paris. Le CNR a ainsi identifié un nombre croissant de ces souches, se chiffrant en centaines chaque année, isolées chez des voyageurs ou migrants au cours d’un voyage en Egypte ou en Afrique de l’Est (2000-2005) puis en Afrique du Nord (Maroc principalement), au Moyen-Orient et en Afrique de l’Ouest (2006-2009).

L’équipe du Dr François-Xavier Weill, responsable du CNR et de l’Unité des bactéries pathogènes entériques à l’Institut Pasteur à Paris, en collaboration avec l’Institut Pasteur du Maroc, publie une étude qui fait le point sur l’expansion récente des zones de contamination de S. Kentucky et sur sa capacité à acquérir de nouvelles résistances. Les chercheurs constatent chiffres à l’appui que la bactérie continue avec une dynamique rapide et impressionnante son implantation, en particulier sur le pourtour méditerranéen mais peut aussi désormais s’acquérir en Inde et en Asie du sud-est. Ensuite, les auteurs observent une tendance inquiétante : un certain nombre de souches récemment acquises sur le bassin méditerranéen présentent un spectre de résistance dirigé contre l’ensemble de classes d’antibiotiques utilisées pour traiter les salmonelloses sévères (fluoroquinolones, céphalosporines de troisième génération et carbapénèmes).

Le Dr Simon Le Hello, coresponsable du CNR et premier auteur de cette étude, s’inquiète d’un risque d’implantation à court terme de cette souche bactérienne dans les élevages de volailles européens. Grâce aux méthodes développées par l’Institut Pasteur pour identifier cette souche de S. Kentucky, plusieurs études l’ont récemment identifiée dans des élevages de dindes de différents pays d’Europe. Si cette implantation devait s’étendre, la conséquence directe serait une menace d’épidémies au sein même de l’Europe et avec des risques d’impasse thérapeutique en raison des nombreuses résistances de S. Kentucky.

En 2011, une collaboration internationale, menée par la même équipe pasteurienne, avait déjà sonné l’alarme en révélant l’émergence de S. Kentucky dans les pays africains et au Moyen-Orient et en identifiant comme réservoir principal en Afrique, la volaille (poulets et dindes), et comme véhicules secondaires, les fruits de mer et les épices (voir notre communiqué du 3 août 2011). Les chercheurs avaient également estimé que la bactérie a pu acquérir une série de résistances en raison du recours massif aux antibiotiques dans les élevages africains.

En raison du caractère préoccupant des résultats de l’étude, les auteurs émettent deux principaux rappels : l’utilisation non réglementée et à outrance des antibiotiques dans les élevages de pays en développement présentent un risque pour la santé humaine, car elle favorise la dissémination des gènes de résistances chez des bactéries pouvant contaminer l’homme via des aliments. Ils soulignent aussi l’importance d’une surveillance sur le plan national et international de S. Kentucky, et lancent donc un appel pour inclure cette bactérie dans les programmes nationaux de contrôle des salmonelles dans les filières aviaires.

 

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Illustration - Copyright Institut Pasteur
Légende - Visualisation en microscopie électronique à balayage de Salmonella (bacille en rouge), bactérie responsable de toxi-infections alimentaires.

 

Source

Highly drug-resistant Salmonella enterica serotype Kentucky ST198-X1: a microbiological study, The Lancet infectious Diseases, en ligne le 28 mai 2013 .
Simon Le Hello (1), Dorothée Harrois (1), Brahim Bouchrif (2), Lucile Sontag (1), Dalèle Elhani (1), Véronique Guibert (1), Khalid Zerouali (3), François-Xavier Weill (1)

(1) Institut Pasteur, unité des Bactéries pathogènes entériques, Centre national de référence des Escherichia coli, Shigella et Salmonella, Centre collaborateur de l'OMS pour les Salmonella, Paris, France
(2) Sécurité alimentaire et environnement, Institut Pasteur du Maroc, Casablanca, Morocco, (3) Laboratoire de Microbiologie, CHU Ibn Rochd, Casablanca, Maroc.

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