Des scientifiques révèlent qu'une bactérie normalement inoffensive, Porphyromonas uenonis, joue un rôle actif dans le déclenchement de l’inflammation et de l’auto-immunité chez les patients atteints de la maladie de Verneuil. Une découverte qui permet une meilleure compréhension de cette affection cutanée douloureuse et qui ouvre la voie à des traitements plus efficaces.
La maladie de Verneuil, aussi appelée hidradénite suppurée, est une affection chronique de la peau, extrêmement douloureuse, qui touche jusqu'à 4 % de la population mondiale, en majorité des femmes. Elle est caractérisée par des abcès récurrents, nodules inflammatoires, cicatrices profondes. Et elle reste à ce jour largement incurable.
Une bactérie inoffensive qui ne l’est plus
Longtemps, la présence inhabituelle de certaines bactéries dans le derme des patients Verneuil a été perçue comme une simple conséquence de la maladie, sans rôle actif dans son développement et, bien que la maladie soit connue depuis 1864, toutes les bactéries présentes n’avaient pas été identifiées jusqu'aux travaux du Pr Join-Lambert et des docteurs Delage et Nassif. On sait aujourd’hui que ce microbiome cutané devient invasif chez les personnes atteintes de la maladie de Verneuil, probablement à cause d’un déficit immunitaire (cf. travaux du Pr Hovnanian1,2 sur la cohorte hidradénite suppurée des docteurs Delage et Nassif).
Publiés dans EMBO Molecular Medicine, de nouveaux travaux ont été menés par l’équipe de Caroline Demangel, responsable de l’unité Immunobiologie et Thérapie de l’Institut Pasteur, en collaboration avec Olivier Join-Lambert de l'université de Caen et un large consortium de chercheurs en immunologie cutanée et les 2 cliniciennes dermatologues du Centre Médical de Pasteur. Ensemble, ils montrent qu’une bactérie normalement rare et inoffensive, Porphyromonas uenonis, est capable de pénétrer la peau des patients dans les formes sévères de la maladie. Une fois dans les tissus, elle déclenche une inflammation intense. Pire encore : « les anticorps produits par le système immunitaire contre cette bactérie réagissent aussi contre la peau elle-même, un mécanisme dit auto-immun, qui aggrave les lésions », souligne Caroline Demangel.
Ainsi, Porphyromonas uenonis favoriserait l’inflammation chronique et l’auto-immunité dans la maladie de Verneuil. « Cette découverte éclaire la compréhension de cette affection cutanée douloureuse et ce n'est qu’un début », renchérit Olivier Join-Lambert, co-auteur de l’étude. « La maladie de Verneuil implique un déséquilibre de l’ensemble du microbiote cutané et Porphyromonas uenonis n’est qu’un premier levier scientifique à explorer, parmi de nombreuses autres espèces bactériennes impliquées dans les lésions. »
Vers de nouveaux traitements combinés innovants
Un essai clinique est actuellement en cours au Centre médical de l’Institut Pasteur porté par les docteurs Delage et Nassif testant une combinaison d’antibiotiques, utilisée au Centre médical, qui permet d’obtenir une rémission chez les patients de stade modéré. Les stratégies utilisées au Centre médical de l’Institut Pasteur depuis 2008, associées à une chirurgie (du fait de la persistance de biofilms -germes dormants- dans les cicatrices) permettent d’obtenir une rémission prolongée et améliorent notoirement la qualité de vie des patients. Le recrutement de personnes atteintes de la maladie de Verneuil de stade 2 de sévérité est toujours ouvert. (voir ci-dessous).
Avec cette nouvelle étude, les scientifiques suggèrent que des traitements combinant la lutte ciblée contre les bactéries et le contrôle de l’inflammation pourraient transformer la prise en charge à long terme de cette maladie invalidante.
Les travaux sur la maladie de Verneuil sont de la priorité scientifique « Origine des maladies » du plan stratégique Pasteur 2030.
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Rejoignez notre essai clinique pour améliorer votre qualité de vie Un essai clinique est en cours pour les patients de stade 2 de la maladie de Verneuil. Il évalue l’efficacité d’un traitement antibiotique original, dans plusieurs centres en France. L’efficacité est scrutée à plusieurs niveaux : la régression et l’assèchement des lésions, l'amélioration de la qualité des patients, le suivi et le traitement des éventuelles rechutes... L’objectif : mieux vous prendre en charge. Contactez le centre médical de l’Institut Pasteur, Paris : abcess2@pasteur.fr Lire l'article sur le lancement de la première phase de l'essai clinique en mai 2025 |
Source : A skin colonizer disrupts inflammatory and humoral immune defenses in hidradenitis suppurativa, EMBO Molecular Medicine, 24 mars 2026.
1 Miskinyte S, Delage M, Join-Lambert O, Nassif A, Hovnanian A. J Clin Immunol. Décembre 2023. Inborn Errors of Immunity in Hidradenitis Suppurativa: a New Lead for HS Genetics?
2 Miskinyte S, Duchatelet S, Delage M, Ungeheuer MN, Auffret N, Binois R, Guillem P, Join-Lambert O, Nassif A, Hovnanian A. J Am Acad Dermatol. Février 2025. Clinical characteristics and genetic analysis of 14 patients affected with acne (A) fulminans and hidradenitis suppurativa (SH): ASH syndrome, a new phenotypic entity





