Le paludisme a la capacité de réapparaître silencieusement dans les mêmes communautés, encore et encore. Le projet PvSTATEM, coordonné à l’Institut Pasteur (Paris), œuvre pour changer cette réalité en testant une stratégie ciblée visant à rompre le cycle des rechutes de Plasmodium vivax dans 48 villages isolés d’Éthiopie et de Madagascar. Nous avons échangé avec trois membres de l’équipe pour comprendre comment cela se traduit concrètement sur le terrain.
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Points clés
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Combien de fois par an attrapez-vous un rhume ? Deux fois, peut-être ? Vous vous sentez fatigué et mal en point, mais avec un système immunitaire sain, vous êtes rétabli en quelques jours. Vous pouvez involontairement transmettre le virus à quelques proches, collègues ou passagers des transports en commun, mais la propagation reste limitée par vos déplacements.
Le paludisme, en revanche, est différent. Comme les parasites responsables de la maladie sont transmis par les moustiques – omniprésents –, la transmission peut se faire d’une personne à l’autre sans que le malade ne quitte jamais son domicile. Ce mécanisme rend le cycle de transmission extrêmement difficile à briser. Dans les communautés où le paludisme sévit, une seule personne peut contracter une infection active dix fois par an, voire plus.
Plasmodium vivax : le parasite caché derrière les rechutes
Cinq espèces de parasites du genre Plasmodium peuvent provoquer le paludisme chez l’humain. Si Plasmodium falciparum est le plus répandu dans le monde, Plasmodium vivax – deuxième en fréquence – est largement présent en Asie, en Amérique centrale, dans la Corne de l’Afrique et à Madagascar.
Le problème avec P. vivax ? Après une infection et une guérison apparente, le parasite peut réactiver des semaines, voire des mois plus tard. En réalité, il se cache profondément dans le foie sous une forme dormante, attendant les conditions idéales pour se réveiller, se multiplier et envahir à nouveau la circulation sanguine. Résultat : une seule rechute dans une communauté suffit à réintroduire le parasite chez les moustiques, déclenchant une nouvelle épidémie.
Un test sanguin ciblé pour rompre la chaîne de transmission
La situation est aggravée par l’isolement de certaines communautés, où l’accès aux médicaments et aux soins peut prendre plusieurs heures. Sans traitement, les rechutes sont plus fréquentes.
Pour y remédier, une équipe dirigée par le Dr Michael White (Institut Pasteur, Paris) et le Pr Ivo Mueller (Walter and Eliza Hall Institute, Australie) a mis au point un test sanguin simple. Celui-ci permet d’identifier les personnes porteuses de parasites P. vivax dormants, susceptibles de provoquer une rechute. L’avantage ? Cibler les traitements pour éviter les effets secondaires des médicaments (comme la primaquine, efficace mais risquée pour certains patients). Si cette stratégie fonctionne, elle pourrait enfin briser le cycle infernal du paludisme qui frappe sans relâche les mêmes populations.


De Paris au terrain : une équipe mondiale au service des communautés locales
Pour élaborer la stratégie nécessaire à une intervention à grande échelle et vérifier son efficacité et sa sécurité dans des communautés réelles où le paludisme à P. vivax est endémique, une équipe pluridisciplinaire internationale a été constituée, coordonnée par l’Institut Pasteur à Paris. Deux zones d’étude ont été sélectionnées : l’une en milieu rural éthiopien, l’autre à Madagascar, en collaboration avec des scientifiques locaux connaissant parfaitement les réalités environnementales et les besoins des populations. L’implication et l’adhésion des communautés locales revêt une importance capitale, car le succès de l’intervention dépend d’une coordination étroite entre les patients, les agents de santé locaux et les chefs des communautés locales, aux côtés des scientifiques porteurs du projet.

Un projet de 5 ans impliquant 9 instituts pour une approche à 360°
Au total, 9 instituts participent à ce projet ambitieux, couvrant :
- L’épidémiologie
- Les diagnostics
- La santé numérique
- La modélisation prédictive des maladies
- Les sciences sociales.

Mais à quoi ressemble le quotidien de ceux qui travaillent sur un projet d’une telle envergure ?
Trois membres de l’équipe, basés dans deux instituts du Pasteur Network (Paris et Madagascar), nous ouvrent les portes de leur métier…
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![]() Dr Michael White (leader scientifique, Institut Pasteur, Paris)
Lors de son postdoctorat en Australie, Michael a travaillé sur la mise au point d’un test sanguin permettant de détecter si une personne est susceptible d’être porteuse de parasites P. vivax dormants dans son foie. Depuis son arrivée à l’Institut Pasteur (Paris), il dirige une équipe de chercheurs et définit les grandes orientations stratégiques de projets comme PvSTATEM. Ses missions incluent l’encadrement d’étudiants en thèse et de postdoctorants, l’analyse des données en provenance du terrain, la recherche de financements pour les projets futurs, la coordination avec les partenaires internationaux. « L’un des aspects les plus gratifiants de mon travail, c’est d’accompagner les jeunes chercheurs dans leur développement professionnel et de découvrir leurs résultats de recherche », confie-t-il. Avec un projet aussi multiforme que PvSTATEM, aucune journée ne se ressemble : un jour, il interprète les données collectées sur le terrain, un autre, il rédige des demandes de subvention ou échange avec des collaborateurs internationaux. Son objectif ? Créer un environnement idéal où chaque membre de l’équipe peut donner le meilleur de lui-même. Si les premiers résultats sont encourageants, l’équipe ne connaîtra l’ampleur réelle du succès de l’intervention qu’une fois l’analyse complète terminée, lorsque toutes les pièces du puzzle seront assemblées. Pour Michael, en tant que scientifique responsable, cette attente est à la fois « stimulante et angoissante ». Toute l’équipe a hâte que l’image globale se précise dans les mois à venir. |
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![]() Eliharintsoa (Mirana) Rajaonarimirana (PhD student, Institut Pasteur de Madagascar)
Originaire de Madagascar et formée en mathématiques, Mirana a naturellement rejoint le projet PvSTATEM pour son doctorat. Les scientifiques et agents de santé du projet parcourent souvent de longues heures pour atteindre les 48 villages isolés participants (24 en Éthiopie et 24 à Madagascar), où ils prélèvent des échantillons sanguins. Avec plus de 12 000 participants déjà inclus dans l’étude, les volumes de données à analyser sont considérables. Une fois ces données parvenues à son bureau à l’Institut Pasteur de Madagascar, Mirana réalise des analyses statistiques qui permettent d’éclairer l’épidémiologie du paludisme à Plasmodium vivax, et d’évaluer l’efficacité du programme d’intervention. Ces analyses sont essentielles pour dresser un bilan global du succès du projet. Ses travaux ont notamment révélé que : « Dans les échantillons prélevés chez des individus asymptomatiques, P. vivax est l’espèce de Plasmodium dominante dans la zone d’étude, alors que P. falciparum prédomine parmi les cas détectés dans les centres de santé. » Pour Mirana, le plus enrichissant dans son travail, c’est de collaborer avec des scientifiques de renom du monde entier, ce qui lui permet d’apprendre à leurs côtés tout en préparant sa soutenance de thèse, prévue en décembre 2026. |
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![]() Kelly Prifti (Cheffe de projet, Institut Pasteur, Paris)
Le fil conducteur du rôle de Kelly en tant que cheffe de projet consiste à faciliter le bon déroulement du projet en coulisses, afin que les scientifiques puissent se concentrer sur la recherche. Son travail est extrêmement varié : il va de la gestion des autorisations, des approbations et des démarches administratives dans plusieurs pays à l’organisation logistique du transport de matériel scientifique vers des zones reculées. En tant qu’interlocutrice principale pour toutes les questions que remonte l’équipe, elle doit soit connaître la réponse, soit la trouver, soit identifier la personne compétente. Son contact régulier avec des membres de l’équipe disposant d’une connaissance approfondie des contextes locaux en Éthiopie et à Madagascar s’est révélée précieuse : elle a permis au projet de s’adapter ou de s’interrompre en fonction d’événements locaux majeurs, comme les saisons des récoltes ou de la mousson. Parallèlement à la résolution des problèmes quotidiens, le rôle de cheffe de projet implique de communiquer les livrables à l’organisme financeur, de rédiger des rapports d’avancement réguliers et de veiller au respect des réglementations en vigueur. Elle joue un rôle clé, en partenariat avec le Grants Office [service en charge de la recherche de subventions, NDLR], pour apporter le soutien nécessaire à ce projet complexe et lui permettre de fonctionner comme une machine bien huilée. |








