Accélérer la mise au point d’un vaccin contre le chikungunya en Afrique : Lancement du projet ACT CHIK

Communiqué de presse
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Un nouveau projet de 15,3 millions d’euros, financé par le partenariat Global Health EDCTP3 et coordonné par l’Institut Pasteur, rassemble sept partenaires sur quatre continents. L’objectif : faire avancer les essais cliniques et préparer la fabrication d’un vaccin contre le chikungunya en Afrique.

L’Institut Pasteur lance ACT‑CHIK (Accelerating Clinical Trials for CHIKungunya Vaccine in Africa), un vaste projet de recherche sur quatre ans, financé par le partenariat Global Health EDCTP3 dans le cadre du programme Horizon Europe de l’Union européenne. Les 15,3 millions d’euros de fonds européens pour ACT‑CHIK feront progresser le développement clinique du MV‑CHIK, un vaccin contre le chikungunya fondé sur le virus de la rougeole et initialement conçu à l’Institut Pasteur. Le programme permettra un essai clinique de phase Ib/III à grande échelle dans quatre pays africains, mais aussi la préparation du transfert de technologie à un fabricant de vaccins africain.

Une menace croissante pour la santé publique

Le chikungunya est une maladie virale transmise par les moustiques Aedes aegypti et Aedes albopictus. Il cause des symptômes invalidants : fièvre élevée, douleur intense aux articulations pendant des mois voire des années, maux de tête, éruptions cutanées, fatigue… Ces vingt dernières années, le nombre de cas de chikungunya signalés en Afrique a fortement augmenté. Pourtant, la maladie demeure grandement sous-diagnostiquée et sous-déclarée, en particulier dans les régions où plusieurs autres arbovirus et le paludisme circulent en parallèle. Le changement climatique étend encore l’habitat des moustiques, vecteurs de la maladie, ce qui accroît les risques d’épidémies à travers le monde, et plus particulièrement en Afrique.

Bien que des vaccins contre le chikungunya existent depuis peu, leur recours reste largement limité aux voyageurs. En effet, le coût et les contraintes d’accès entravent leur déploiement dans les zones d’endémie. C’est dans ce contexte que le candidat MV‑CHIK représente une approche différente, en phase avec les priorités de santé publique. Il vise à être accessible aux populations dans les zones d’endémie et à soutenir une production locale. Ce positionnement cherche à faire face à un grave problème d’équité dans l’accès à la vaccination et à offrir une meilleure préparation aux épidémies dans les régions où le besoin s’en fait sentir.

Une plateforme vaccinale innovante pour l’Afrique

Le MV‑CHIK est un vaccin vivant atténué et recombinant. Son vecteur est bien connu : il s’agit de la souche vaccinale Schwarz du virus de la rougeole. Cette technologie de plateforme a initialement été élaborée à l’Institut Pasteur à Paris. Six essais cliniques de phases I et II ont été menés en Europe, aux États-Unis et à Porto Rico. Environ 600 adultes au total y ont participé. Ces essais ont démontré des profils satisfaisants sur les plans de la sécurité, de la tolérance et de l’immunogénicité.

À partir de ces résultats encourageants, ACT‑CHIK verra la réalisation d’un essai clinique international de phase Ib/III. Il évaluera la sécurité et l’immunogénicité du MV‑CHIK chez le public adulte (18‑55 ans), adolescent (12‑17 ans) et infantile (5‑11 ans) au Rwanda, au Kenya, au Nigéria et au Sénégal. Avec 940 participant(e)s de zones endémiques ou non, l’essai générera des données essentielles pour faire progresser le plan de développement clinique pour les populations africaines, y compris les groupes d’âges plus jeunes.

Renforcer l’écosystème vaccinal africain

Outre l’évaluation clinique, le projet présente comporte une dimension stratégique en matière de fabrication. Le programme ACT‑CHIK mènera une analyse approfondie de la situation, procédera à une analyse des lacunes et préparera le transfert de technologie pour permettre la production du MV‑CHIK à l’Institut Pasteur de Dakar (IPD), seul fabricant de vaccins préqualifié par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) en Afrique. La Fundação Oswaldo Cruz (Fiocruz) brésilienne, également membre du Pasteur Network, préparera le matériel pour les essais cliniques et contribuera au transfert de technologie par sa vaste expérience en matière de fabrication de vaccins.

Le projet permettra aussi d’élaborer un processus réglementaire pour l’homologation du vaccin MV‑CHIK en Afrique. Cela inclura un dialogue avec les autorités réglementaires nationales et avec les équipes de préqualification de l’OMS en vue d’atteindre la préqualification.

ACT‑CHIK soutient directement l’ambition africaine (formulée par l’Union africaine) de couvrir 60 % des besoins vaccinaux du continent à l’échelle locale d’ici à 2040. Il correspond de même à l’initiative Équipe Europe pour la production de vaccins et l’accès à ceux-ci (TEI MAV+) de l’Union européenne.

Un consortium international sur quatre continents

Le consortium ACT‑CHIK rassemble sept institutions partenaires aux expertises complémentaires :

  • Institut Pasteur (Paris, France) : coordinateur du projet ; concepteur de la plateforme vaccinale MV‑CHIK
  • University of Rwanda (Kigali, Rwanda) : direction du projet scientifique ; site d’essai clinique
  • Institut Pasteur de Dakar (Dakar, Sénégal) : destinataire du transfert de technologie vaccinale ; essais cliniques en laboratoire ; site d’essai clinique
  • Fundação Oswaldo Cruz – Fiocruz (Rio de Janeiro, Brésil) : fabrication de matériel pour les essais cliniques (remplissage et conditionnement) ; appui au transfert de technologie
  • Irrua Specialist Teaching Hospital (Hôpital d’enseignement spécialisé d’Irrua, Nigéria) : site d’essai clinique ; chercheur principal coordinateur
  • Kenya Medical Research Institute – KEMRI (Institut de recherche médicale du Kenya – Nairobi, Kenya) : site d’essai clinique ; responsable de la diffusion des données et de la communication
  • International Vaccine Institute – IVI (Séoul, Corée du Sud) : promoteur des essais cliniques, stratégie réglementaire et renforcement des capacités

« Le chikungunya demeure une maladie négligée en Afrique, malgré le fardeau croissant qu’il inflige. ACT‑CHIK représente une occasion unique de générer des données cliniques cruciales pour les populations ayant le plus besoin de ce vaccin, tout en posant les fondations d’une production de vaccins par et pour le continent. Ce projet incarne l’engagement de l’Institut Pasteur à traduire ses recherches en solutions concrètes de santé publique au bénéfice des populations les plus vulnérables. »
Dr Sotiris Missailidis, coordinateur du projet ACT‑CHIK à l’Institut Pasteur.

« L’Université du Rwanda, responsable du projet scientifique au sein du consortium pour les quatre prochaines années, en assumera la gouvernance scientifique et le leadership stratégique. Notre but est de faire progresser la production de vaccins et leur accès équitable, ce qui renforcera les écosystèmes de fabrication et de réglementation de l’Afrique. Je me réjouis de contribuer à la génération de données scientifiques solides et fondées sur les preuves, ainsi que de conduire l’introduction d’une plateforme vaccinale innovatrice adaptée aux réalités épidémiologiques africaines. Cette rigueur scientifique et cette innovation contextuelle amélioreront la préparation face au chikungunya et le contrôle des épidémies en Afrique. Elles feront d’ACT‑CHIK l’un des piliers de la stratégie africaine globale de production et d’accès vaccinaux, dans le cadre de la vision 2040 du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies. »
Prof. Léon Mutesa, co-chef de file scientifique du projet ACT‑CHIK à l’Université du Rwanda.

« ACT-CHIK mobilisera l'ensemble des compétences de l'Institut Pasteur de Dakar : des essais cliniques aux laboratoires de pointe en virologie et en immunologie, de la recherche sur les vaccins à l'expertise en matière de fabrication. Ce projet incarne notre vision : une Afrique qui développe, évalue et produit ses propres vaccins — pour les populations qui en ont le plus besoin. »
Dr Ibrahima Socé FALL, directeur général de l'Institut Pasteur de Dakar.

« Dès lors qu’un seul vaccin contre le chikungunya est actuellement disponible à l’échelle mondiale, il est plus important que jamais de faire avancer d’autres candidats vaccins par une évaluation clinique rigoureuse. ACT‑CHIK bénéficiera de l’expérience de l’IVI comme promoteur d’essais cliniques et de nos réseaux africains. Cela permettra à la fois de garantir des normes maximales dans la conduite des essais et d’établir un processus réglementaire clair en vue de l’homologation pour tout le continent et, in fine, de la préqualification par l’OMS. Notre but n’est pas seulement d’évaluer ce vaccin prometteur, mais aussi de doter l’Afrique de capacités durables pour que ses institutions puissent conduire des recherches et des développements vaccinaux pour les maladies qui frappent le plus durement les populations. »
Dr Anh Wartel, co-cheffe de file scientifique du projet ACT‑CHIK à l’International Vaccine Institute.

« L’Irrua Specialist Teaching Hospital (qui abrite l’Institut de contrôle et de recherche sur les pathogènes viraux et émergents – IVEPCR) se réjouit de participer au projet Accelerating Clinical Trials for Chikungunya Vaccine in Africa (ACT‑CHIK). Celui-ci constitue une initiative multinationale emblématique visant à faire progresser l’élaboration d’un vaccin contre le chikungunya et à renforcer les capacités pour les essais cliniques et la production de vaccins en Afrique.
À l’heure actuelle, aucune phase active d’essai clinique n’est en cours pour un vaccin contre le chikungunya au Nigéria ; les efforts scientifiques récents se sont surtout concentrés sur la surveillance et la séroprévalence. ACT‑CHIK vient heureusement combler ce manque et nous nous félicitons de notre rôle de responsable pour la partie « conduite des essais cliniques ». Notre implication reflète l’engagement historique de notre structure en faveur de la qualité de la recherche, de l’innovation et de partenariats mondiaux pour la santé visant à combattre les maladies infectieuses émergentes.
La participation à ce projet est en tous points conforme à la mission de notre établissement. Nous sommes donc enchantés de travailler au sein de ce remarquable consortium de professionnels et de spécialistes pour renforcer la préparation et les capacités de réaction de l’Afrique face aux maladies infectieuses émergentes et réémergentes. »

Prof. Reuben Agbons Eifediyi, médecin-chef et directeur général, Irrua Specialist Teaching Hospital, Irrua, Nigéria

« En ma qualité de chercheur principal coordinateur, je suis ravi de pouvoir faire progresser un essai vaccinal qui représente une étape clé pour prévenir une maladie invalidante, mais aussi un investissement à long terme dans le leadership scientifique africain.
Au-delà de l’évaluation d’un vaccin candidat prometteur, ce travail renforce les capacités de recherche clinique dans les pays participants. Il met en place des infrastructures durables pour pouvoir réagir aux épidémies futures. Il s’agit d’une plateforme d’innovation, de coopération et d’autonomie face aux maladies qui affectent nos populations. Notre travail international conjoint contribue à un avenir dans lequel l’Afrique sera à la pointe du développement et de la mise en œuvre de solutions à ses propres difficultés sanitaires.
En faisant avancer cette tâche essentielle, nous maintenons notre engagement en faveur de normes maximales de sécurité, d’éthique et de participation communautaire. »

Prof. Sylvanus Okogbenin, chercheur principal coordinateur, Irrua Specialist Teaching Hospital, Irrua, Nigéria

Notes aux éditeurs :

  • Sigle du projet : ACT‑CHIK
  • Titre complet du projet : Accelerating Clinical Trials for CHIKungunya Vaccine in Africa
  • Financement UE : 15 299 931,75 €
  • Durée : 48 mois (mai 2026-avril 2030)
  • Nombre de partenaires : 7 bénéficiaires dans 7 pays (France, Rwanda, Sénégal, Brésil, Nigéria, Kenya, et Corée du Sud)

À propos de l’Institut Pasteur
Fondation à but non lucratif reconnue d’utilité publique créée par Louis Pasteur en 1887, l’Institut Pasteur est aujourd’hui un centre de recherche biomédicale de renommée internationale. Dans sa mission visant à prévenir et combattre les maladies en France et dans le monde, l’Institut se mobilise dans quatre champs principaux : la recherche, la santé publique, l’enseignement et la formation, et le développement d’applications de la recherche. L’Institut Pasteur fait partie du Pasteur Network, un réseau international comptant 33 membres sur cinq continents, unis par les valeurs pasteuriennes et qui œuvrent au service de la santé mondiale.
www.pasteur.fr

À propos de l’International Vaccine Institute
L’International Vaccine Institute est une organisation internationale qui cherche à faire progresser la découverte, le développement et l’inoculation de vaccins, notamment chez les populations vulnérables. Par la recherche, les partenariats et l’innovation, l’IVI améliore la santé mondiale, renforce la préparation aux pandémies et assure un accès équitable à des vaccins vitaux dans le monde entier. Pour plus d’informations, visitez le site : https://www.ivi.int

À propos du programme EDCTP3
Le partenariat Global Health EDCTP3 est un partenariat entre l’Union européenne et l’association EDCTP. Il finance la recherche et l’innovation collaboratives afin d’accélérer le développement de technologies sanitaires nouvelles ou améliorées contre les maladies infectieuses qui frappent de manière disproportionnée l’Afrique subsaharienne. Il couvre à la fois les besoins de santé quotidiens et la préparation aux pandémies. ACT‑CHIK est lauréat de l’appel à projets thématique HORIZON-JU-GH-EDCTP3-2025-01-NTD-03-two-stage.

Financé par l’Union européenne dans le cadre du partenariat Global Health EDCTP3. Cependant, les opinions exprimées sont uniquement celles du ou des auteur(s) et ne reflètent pas nécessairement celles de Global Health EDCTP3 ou de ses membres. Aucune des parties ne saurait en être tenue responsable.

 
Ce projet bénéficie du soutien de Global Health EDCTP3 et de ses membres.

 

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