La diversité des maladies pouvant être provoquées par des microbes transmis par les tiques dépasse largement la seule maladie de Lyme. Combien d'espèces existent, que transmettent-elles et quels sont les risques sanitaires actuels et à venir ? Le point en trois questions.
#1- Combien existe-t-il d’espèces de tiques dans le monde et en France ?
Les tiques sont des arachnides (comme les araignées ou les scorpions) appartenant à la sous-classe des acariens. On en dénombre environ 900 espèces dans le monde et une quarantaine en France.
Les tiques sont des animaux de quelques millimètres et possèdent huit pattes. En fonction de leur genre, elles présentent différents aspects. Les tiques du genre Ixodes -dont Ixodes ricinus, l’espèce la plus répandue en Europe- ont une taille de 2 à 4 millimètres à jeun et des pattes courtes et uniformes. Les tiques du genre Hyalomma ont une taille de 4 à 7 millimètres et de longues pattes « rayées » ou annelées, alternant bandes claires et sombres.
Les tiques sont des animaux hématophages stricts, c’est-à-dire qu’elles se nourrissent uniquement de sang. Leur repas sanguin est particulièrement imposant. Celui-ci peut durer jusqu’à 12 jours pour les espèces les plus communes et certaines tiques peuvent à cette occasion voir leur poids être multiplié par 200 !
C’est à l’occasion de ce repas sanguin que certaines tiques sont susceptibles d’acquérir et, par la suite, de transmettre des microorganismes pathogènes à l’être humain ou à l’animal sur lequel elles sont en train de se nourrir.

#2-Quels sont les agents pathogènes qui peuvent être transmis par les tiques ?
Si la bactérie Borrelia à l’origine de la maladie de Lyme a été retrouvée sur un corps momifié datant de plusieurs milliers d’années, la preuve formelle que les tiques sont impliquées dans sa transmission date seulement de la fin des années 1970.
Aujourd’hui, les liens entre tiques et pathologies humaines sont de mieux en mieux documentés. Comme le précise Sarah Bonnet, directrice de recherche Inrae dans l’unité Écologie et Émergence des Pathogènes Transmis par les Arthropodes à l’Institut Pasteur, « dans l’hémisphère Nord, les tiques sont aujourd’hui le principal vecteur d’agents pathogènes. »
Les principaux microorganismes pathogènes pouvant être transmis aux êtres humains par les tiques sont :
- la bactérie Borrelia burgdorferi à l’origine de la maladie de Lyme
Cette bactérie est transmise par des tiques du genre Ixodes dans l’hémisphère nord, et principalement par la tique Ixodes ricinus en Europe.

- le virus de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo
Ce sont les tiques du genre Hyalomma, dont l’espèce Hyalomma marginatum, qui sont vectrices du virus. On retrouve cette espèce notamment dans tout le pourtour méditerranéen, dans globalement toutes les régions comprises entre la mer Noire et la mer Caspienne, et dans le sud de la France continentale depuis 2015.
- le virus de l’encéphalite à tiques (TBE)
Ce virus, présent en Europe et en Asie, est transmis par les tiques du genre Ixodes dont Ixodes ricinus en Europe. Après de premiers symptômes relativement modérés et une phase apparente de guérison, la maladie peut ensuite évoluer vers des formes méningées pouvant être graves et entraîner des séquelles à long terme.
D’autres pathogènes peuvent également être cités, notamment :
- les bactéries du genre Rickettsia
Ces bactéries, présentes sur presque tous les continents, sont à l’origine de rickettsioses, des maladies pouvant générer une forte fièvre, des maux de têtes intenses, une éruption cutanée et une escarre d’inoculation (tâche noire caractéristique au point de piqûre). Ces bactéries sont principalement transmises par des tiques du genre Dermacentor et Rhipicephalus sous nos latitudes. La fièvre boutonneuse méditerranéenne, la fièvre pourprée des Montagnes Rocheuses ou le TIBOLA font partie des rickettsioses.
- la bactérie Anaplasma phagocytophilum
Cette bactérie présente dans l’hémisphère nord suit, elle aussi, la répartition géographique des tiques vectrices appartenant au genre Ixodes. Elle provoque l’anaplasmose, une maladie considérée comme émergente. Elle provoque des symptômes proches de ceux de la grippe, à savoir une fièvre élevée, de forts maux de tête ainsi que des douleurs musculaires.
Une même tique, par exemple Ixodes ricinus, pouvant être porteuse de plusieurs microorganismes, une seule piqûre de tique peut entraîner des co-infections. Néanmoins, si les tiques ont la capacité de transmettre à l’être humain divers agents pathogènes, « une piqûre de tique n’entraîne pas obligatoirement le développement d’une maladie » tient à rappeler Sarah Bonnet. À cela plusieurs raisons :
- les tiques, dans leur grande majorité, ne sont pas porteuses d’agents pathogènes pour l’être humain
- les tiques, même infectées par un microorganisme potentiellement néfaste, ne le transmettent pas obligatoirement lorsqu’elles piquent (à cause d’un temps de fixation trop court par exemple)
- en cas d’infection à la suite d’une piqûre de tique, notre système immunitaire peut empêcher le développement de pathologies
#3- Quels sont les risques sanitaires aujourd’hui, et dans le futur ?
Les tiques représentent un risque de santé publique grandissant. En cause, les changements globaux. Citons notamment :
- le réchauffement climatique
La hausse globale des températures rend plus favorable l’installation de certaines tiques dans des territoires qui leur étaient jusqu’alors défavorables. Par exemple, l’aire de répartition des tiques du genre Hyalomma augmente. Initialement présentes autour des déserts tropicaux du Sahara, des zones désertiques du Proche-Orient, et des déserts tempérés d'Asie centrale, elles ont gagné les zones tropicales ouvertes d'Asie et d'Afrique ainsi que les zones méditerranéennes.
Autre exemple, les tiques du genre Dermacentor, notamment Dermacentor reticulatus, sont en pleine expansion en Europe, notamment du fait d’hivers plus doux. Cette expansion s’accompagne d’un risque sanitaire grandissant. Un travail coordonné par l’équipe de Sarah Bonnet a par exemple pour la première fois mis en évidence en région parisienne la présence chez ces tiques de la bactérie Rickettsia raoultii, à l’origine du TIBOLA.
- la végétalisation des espaces urbains
La végétalisation des villes présente de multiples avantages pour la santé humaine et pour atténuer les effets du réchauffement climatique : amélioration de la qualité de l’air, diminution locale de la température, réduction du ruissellement et du risque d’inondation en cas d’événement pluvieux extrême, …
Toutefois, ces bénéfices s’accompagnent de conditions plus favorables à la propagation des tiques en milieu urbain. Les espaces végétalisés favorisent les déplacements et l’installation en ville d’animaux sauvages ou liminaires (rongeurs, oiseaux, …) potentiellement porteurs de tiques.
- l’intensification des échanges internationaux
Le transport des animaux, notamment des animaux d’élevage, favorise également la dissémination des tiques. L’exemple emblématique est la tique des bovins ou Rhipicephalus microplus. Initialement présente en Asie, elle a été introduite successivement en Afrique du Sud, en Amérique du Sud et en Afrique de l’Ouest par l’importation de bétail. Plus généralement, le commerce international d’animaux d’élevage constitue une voie majeure de dissémination de tiques capables de transmettre des agents pathogènes à l’être humain.
Pour faire face à ce risque sanitaire croissant, il est important de se remémorer quelques gestes préventifs simples. Lors d’une balade en pleine nature, il est préférable de porter des vêtements longs et clairs, avec le pantalon rentré dans les chaussettes. Au retour de promenade, s’inspecter minutieusement et, en cas de présence de tique, l’enlever le plus rapidement possible. Si la tique est fixée, il est aussi essentiel de la retirer le plus vite possible pour limiter le risque de transmission d’agents pathogènes (qui peut prendre plusieurs heures voire quelques jours). L’extraction de la tique peut se faire à l’aide d’une pince ou d’un tire-tique afin de retirer correctement les pièces buccales de la tique qui peuvent provoquer une infection locale à l’endroit de la piqûre si elles restent plantées dans la peau.
Enfin, en ce qui concerne l’encéphalite à tiques, deux vaccins sont disponibles.
Pour en savoir plus sur les tiques, vous pouvez :
-écouter l’interview de Sarah Bonnet dans l’émission de France Inter « La Terre au carré »





