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François Jacob (1920-2013)

En collaboration étroite avec Jacques Monod, François Jacob aboutira au concept révolutionnaire de régulation génétique. Les deux hommes partageront avec André Lwoff le prix Nobel de médecine 1965
« pour la découverte de la régulation génétique de la synthèse des enzymes et des virus ».

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François Jacob
François Jacob n’est pas seulement un chercheur dans l’âme. La foi qu’il a toujours eue dans les progrès de la science est celle d’un esprit engagé, passionné, et profondément humaniste.

Aspirant à une carrière de chirurgien, François Jacob débute ses études de médecine à Paris, que la guerre vient rapidement interrompre. Il quitte alors la France en juin 1940, et rejoint les Forces Françaises Libres, à Londres. Affecté au service de santé des armées, il participe aux opérations militaires, au plus près des combats, et est grièvement blessé en Normandie, en 1944.

Après la guerre, il achève ses études de médecine, mais sa blessure l’oblige à renoncer à la chirurgie. Il se dirige alors vers la biologie, et entre en 1950 à l’Institut Pasteur, dans le laboratoire d’André Lwoff. Il y sera nommé chef du service de génétique cellulaire en 1960. Il collabore d’abord avec Elie Wollmann sur les mécanismes de transfert de matériel génétique entre bactéries et les mécanismes maintenant silencieux les prophages à l’intérieur des bactéries. François Jacob saisit alors le parallèle entre ces travaux et le système lactose, sur lequel travaille Jacques Monod…

Outre la découverte du système de régulation des gènes chez les bactéries, il établira par la suite, avec Jacques Monod d’autres notions fondatrices de la biologie moléculaire contemporaine, notamment celle de l’existence des ARN messagers et la régulation allostérique des protéines. François Jacob était membre de l’Académie française, Grand Croix de la Légion d’honneur et Chancelier de l’ordre de la Libération (2007-2013).

« …Chacun de nous, à vingt ans, a rêvé de transformer le monde. Chacun de nous, à quarante ans, sait qu’il ne le fera pas. Au mieux peut-il espérer, avec de la chance, apporter quelque contribution au capital de vérités, de recettes et d’idées que l’homme amasse lentement. C’est là, je pense, la signification qu’Alfred Nobel a voulu donner aux prix qu’il a créés. Pourtant, l’homme de science se nourrit des contradictions qui sont à la source même de toute recherche.

C’est dire que la lumière quelque peu éblouissante dans laquelle votre décision l’a placé, lui et son oeuvre, ne peut tout à la fois que l’embarrasser, le ravir, et même l’effrayer. L’embarrasser parce qu’il mesure à quel point une telle distinction dépasse ses mérites personnels pour s’étendre à l’ensemble d’une science et de ceux qui la font progresser. Le ravir, parce que, si modeste qu’il se veuille, il éprouve le besoin d’être reconnu et qu’il voit son travail recevoir ici la plus solennelle des consécrations. L’effrayer aussi, parce que l’aspect officiel même de cette reconnaissance s’accorde mal au doute et à l’inquiétude nécessaires à un travail qu’il entend poursuivre. "Nous ne cherchons jamais les choses, disait Pascal, mais la recherche des choses…"

Par leur objectivité et leur indépendance, les comités Nobel sont parvenus à donner aux prix qu’ils décernent un prestige unique. Et si la science fondamentale se voit, un jour par an, émerger de sa nécessaire obscurité, si son rôle dans notre évolution et notre culture est aujourd’hui admis par tous, si les pouvoirs politiques mêmes accordent à la recherche un soutien chaque jour croissant, c’est pour une large part grâce à la façon dont vous avez interprété et réalisé la volonté d’Alfred Nobel… »

Extrait du discours de François Jacob lors de la remise du prix Nobel

10 décembre 1965

© The Nobel Foundation 1965

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