Enodia Therapeutics : levée de fonds de 20,7 M€ pour traduire une découverte pasteurienne en thérapies innovantes

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Enodia Therapeutics, startup issue de l'Institut Pasteur et lancée en février 2025, vient d'annoncer une levée de fonds de 20,7 millions d'euros lors d’un tour de table d’amorçage. Ce tour de table a été mené conjointement par Elaia, Pfizer Ventures et Bpifrance, dans le cadre de la stratégie d'investissement InnoBio, avec la participation de Wallonie Entreprendre, Argobio Studio, MACSF, l'Institut Pasteur, InvestSud, Sambrinvest et Mission BioCapital. Ce financement d'envergure, qui réunit des investisseurs prestigieux et diversifiés, illustre parfaitement la capacité du modèle pasteurien à transformer la recherche fondamentale en innovation thérapeutique de rupture.

 

Enodia, la startup qui protège contre les protéines pathogènes

La plateforme thérapeutique proposée par Enodia est issue des recherches de l'Institut Pasteur. Elle utilise l'apprentissage automatique pour moduler sélectivement le translocon SEC61, un canal protéique enchâssé dans la paroi du réticulum endoplasmique, la « porte d'entrée » du système de sécrétion cellulaire.

Le nom de la startup fait référence à la déesse grecque gardienne des portes qui protège contre les maux. « Si nous identifions les inhibiteurs qui empêchent la protéine pathologique de passer par cette porte, nous protégeons ainsi l'hôte », explique Yves Ribeill, CEO d'Enodia.

Cette approche permet d'intervenir en amont de la maladie, sans compromettre les fonctions physiologiques vitales, et avant l'apparition de lésions. S'appuyant sur un vaste espace chimique couvrant plusieurs familles d'inhibiteurs bien caractérisés, ainsi que sur une bibliothèque personnalisée de lignées cellulaires exprimant des peptides signaux, Enodia intègre la sélectivité alimentée par l'apprentissage automatique, l'analyse du sécrétome par protéomique et la biologie structurale afin d'orienter la conception rationnelle de médicaments. Cette stratégie innovante permet à Enodia d'accéder à des cibles protéiques sécrétées et membranaires jusqu'alors inaccessibles aux médicaments, afin de traiter des pathologies pour lesquelles les besoins médicaux sont importants et non satisfaits.

La levée de fonds annoncée le 8 janvier 2026 permettra d'avancer deux candidats médicaments vers la phase préclinique dans les maladies auto-immunes et inflammatoires. Au-delà, la plateforme ouvre des opportunités en oncologie et en infectiologie virale, démontrant la profondeur du pipeline thérapeutique et le potentiel de partenariats futurs.

 

 

D'une maladie tropicale à une plateforme thérapeutique

L'histoire commence dans l'unité Immunobiologie et Thérapie de l’Institut Pasteur dirigée par Caroline Demangel, qui étudie l'Ulcère de Buruli, une maladie tropicale négligée causée par Mycobacterium ulcerans. Ses travaux révèlent que la toxine produite par cette bactérie, la mycolactone, bloque le translocon Sec61. Cette obstruction empêche les protéines d'être exportées, provoquant leur accumulation et la mort cellulaire.

L'intuition scientifique ? Exploiter ce mécanisme pour éliminer sélectivement des cellules indésirables, notamment dans le myélome multiple, un cancer incurable touchant plus de 5 000 patients par an en France. Les travaux de Caroline Demangel et son équipe démontrent que bloquer le translocon est particulièrement toxique pour ces cellules cancéreuses, y compris celles résistantes aux traitements actuels.

Mais comment transformer cette découverte scientifique en thérapie ? C’est là qu’intervient l’écosystème pasteurien : dans un premier temps la direction des Applications et des relations industrielles (DARRI) finance les premiers travaux, le projet est ensuite intégré à l’Accélérateur de l’Innovation de l’Institut Pasteur. La DARRI met en relation Caroline Demengel avec Argobio Studio dont l’Institut Pasteur est l’un des co-fondateurs et qui permet l’incubation de projets pasteuriens hautement innovants, en aval de leur accompagnement via l’Accélérateur de l’innovation.  Dans le cadre de ce partenariat, une chercheuse issue de l’industrie, Liliane Goetsch, est chargée d’accompagner Caroline pour optimiser l’application de cette découverte.  C’est ainsi que l’idée initiale de l’équipe scientifique (optimiser la toxine) est abandonnée au profit d'un programme de découverte de nouvelles molécules plus développables que la mycolactone. Un programme de co-maturation est ensuite lancé en collaboration étroite avec Argobio Studio incluant un partage de la propriété intellectuelle.

Pendant trois ans, l’équipe projet constituée de scientifiques de divers horizons (biologistes, chimistes médicinaux, spécialistes du criblage et de l'intelligence artificielle), de collaborateurs de la DARRI et d’experts d’Argobio studio, franchit des étapes nécessaires de maturation : identification d'inhibiteurs sélectifs du translocon et protection par des brevets, permettant la création de la startup en février 2025.

Cette démarche illustre parfaitement la capacité de l’Institut Pasteur à mobiliser ses ressources et ses partenariats pour transformer une avancée de recherche fondamentale en une innovation thérapeutique tangible.

En capitalisant sur le modèle d’accélération et de co-maturation de la DARRI avec une scientifique passionnée et convaincue de sa mission d’aider la santé publique, et en intégrant la dynamique de financement privé, ce projet est cohérent avec nos ambitions stratégiques pour 2030 : favoriser la recherche fondamentale et l’innovation ouverte, financer la traduction des découvertes, et assurer l’impact à long terme dans le domaine de la santé. Il doit servir de modèle pour encourager d’autres scientifiques à suivre cette voie, au bénéfice de la santé mondiale et de l’impact sociétal.

 

 

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