Améliorer la Couverture Vaccinale contre l’Hépatite B en Afrique Subsaharienne

Une Approche Multidisciplinaire pour Optimiser la Vaccination des Nouveau-Nés contre l’Hépatite B
Le projet NeoVac adopte une méthodologie en deux phases pour développer et évaluer une stratégie de vaccination pérenne contre l'hépatite B pour les nouveau-nés au Burkina Faso, à Madagascar et au Sénégal.
Une première phase d’étude de faisabilité reposait sur une approche multidisciplinaire alliant épidémiologie, anthropologie et économie de la santé afin de développer une stratégie localement adaptée et pérenne pour les nourrissons nés dans des établissements de santé ou à domicile. Le volet épidémiologique a mis l'accent sur la collecte de données concernant les taux de vaccination et les obstacles à la vaccination à la naissance. Parallèlement, le volet anthropologique a permis d'examiner les perceptions culturelles et les comportements en matière de vaccination. Enfin, le volet économie de la santé a évalué les coûts et la rentabilité de l'ajout du vaccin contre l'hépatite B dans les calendriers de vaccination de routine de ces trois pays. Les analyses de ces données ont permis d'identifier les défis propres à chaque pays et de développer des stratégies locales adaptées pour surmonter ces obstacles.
La seconde phase du projet NeoVac dont les résultats sont en cours d’analyse, s’est basée sur les résultats de la première phase pour déterminer les interventions à mener et s’est restreinte à deux pays : le Burkina Faso et Madagascar. A Madagascar, une étude anthropologique a été menée afin de comprendre et déterminer les causes de l’absences de vaccination BCG (Tuberculose) et VPO0 (Polio Oral) à la naissance selon les recommandations de l’OMS.
Au Burkina Faso, il était crucial d'établir dans quelle mesure l'ajout du vaccin contre l’hépatite B HepB-BD peut réduire davantage la transmission du VHB dans les zones où la vaccination infantile en trois doses a été mise en œuvre. Une étude a donc été conçue et mise en place pour évaluer l'impact, l'acceptabilité et la rentabilité de l'incorporation du HepB-BD dans le programme de vaccination de routine. Un essai aléatoire contrôlé en grappes en cascade a permis d’inclure plus de 9000 femmes enceintes dans 24 centres de santé de la région des Hauts Bassin. Après une période initiale pendant laquelle aucun centre de santé n'a administré le HepB-BD, un centre était tiré au sort pour incorporer le HepB-BD. Ensuite, à intervalles réguliers, un autre centre était sélectionné pour passer de la période de contrôle à la période d'intervention, jusqu'à ce que les 24 centres intègrent le HepB-BD. Les femmes enceintes fréquentant les soins prénataux ont systématiquement été invitées à participer. Les nourrissons nés pendant la période de contrôle ont suivi le calendrier de vaccination classique (8-12-16 semaines), tandis que ceux nés pendant la période d'intervention ont reçu le HepB-BD en plus des vaccins de routine (0-8-12-16 semaines).
Impact de la Phase 1 : Comprendre les Défis Locaux et les Réponses Efficaces pour la Vaccination contre l’Hépatite B
Au Burkina Faso, environ 90 % des accouchements ont lieu en structures de santé, avec une prévalence élevée de l'hépatite B à 11%. Vacciner tous les nouveau-nés dans ces établissements permettrait d’atteindre la couverture de 90 % visée par l'OMS. Cela nécessite que les mères acceptent la vaccination et que les structures de santé soient adéquatement équipées, avec des vaccins stockés correctement et du personnel disponible en permanence. L’étude anthropologique a montré que la vaccination à la naissance est bien acceptée par les mères, à condition qu'elle soit effectuée dans les centres de santé. Les professionnels de santé et les agents communautaires estiment que le système est prêt pour cette intégration. De plus, l'étude économique a démontré que l'introduction du vaccin est rentable et économiquement avantageuse, grâce à la majorité des accouchements ayant lieu en milieu hospitalier.
À Madagascar, l'étude épidémiologique a montré que seulement 41 % des accouchements se déroulent en structures de santé, avec une prévalence modérée de l'hépatite B à 6,9 %. De nombreux bébés nés à domicile ne reçoivent pas leur vaccination dans les 24 heures suivant la naissance, et ceux nés en établissements de santé ne sont pas toujours vaccinés dans les 24 à 48 heures même pour la tuberculose et la poliomyélite. Pour améliorer la couverture vaccinale contre l'hépatite B, il serait nécessaire d'introduire des dépistages prénataux, de conseiller les mères infectées, et de permettre aux agents communautaires de vacciner les bébés nés à domicile. L'étude anthropologique a révélé une méconnaissance importante de la maladie, des difficultés d'accès aux soins, et des barrières financières élevées, ce qui limite l'accès aux traitements. La situation est des plus complexe notamment par l'absence de politique nationale de prévention et de prise en charge de l'hépatite B, et les agents communautaires ne sont pas autorisés à vacciner, ce qui complique davantage la mise en œuvre d'interventions communautaires.
Au Sénégal, la vaccination à la naissance contre l'hépatite B, introduite en 2016, rencontre deux défis majeurs : la non-vaccination des enfants nés à domicile et l'absence de vaccination systématique dans les postes de santé. L'étude épidémiologique et anthropologique a révélé que ces défis sont interconnectés : des obstacles culturels et une méconnaissance de la maladie entravent la vaccination, tant dans les structures de santé que pour les naissances à domicile. Pour y remédier, le projet NeoVac préconise de renforcer la vaccination dans les 24 heures pour les enfants nés en structure de santé grâce à des directives claires, une formation accrue du personnel et un approvisionnement adéquat en vaccins. Pour les naissances à domicile, il est recommandé de sensibiliser les parents, de déployer des équipes mobiles de vaccination, et de collaborer avec les agents de santé communautaires et les chefs de village. Enfin, l'étude économique a évalué les coûts et bénéfices de cette stratégie en place, fournissant des données précieuses pour d’autres pays d'Afrique subsaharienne qui n'ont pas encore intégré cette vaccination.
Le projet NeoVac a fourni des données importantes sur les défis et les opportunités associés à la vaccination contre l'hépatite B à la naissance en Afrique subsaharienne. Les résultats montrent que des stratégies adaptées localement peuvent améliorer la couverture vaccinale et réduire la mortalité néonatale liée à l’hépatite B. Les interventions développées doivent être basées sur une compréhension approfondie des contextes locaux.
Publications du projet NeoVac:
1. The Costs of Introducing the Hepatitis B Birth Dose Vaccine into the National Immunization Programme in Senegal (NéoVac Study).
Gosset A, Nishimwe ML, Diallo MY, Deroo L, Diallo A, Ba EH, Carrieri PM, Sokhna C, Vray M, Shimakawa Y, Boyer S.
Vaccines (Basel). 2021 May 18;9(5):521. doi: 10.3390/vaccines9050521.
PMID: 34070184 Free PMC article.
2. Impact of Introducing Hepatitis B Birth Dose Vaccines into the Infant Immunization Program in Burkina Faso: Study Protocol for a Stepped Wedge Cluster Randomized Trial (NéoVac Study).
Tall H, Adam P, Tiendrebeogo ASE, Vincent JP, Schaeffer L, von Platen C, Fernandes-Pellerin S, Sawadogo F, Bokoum A, Bouda G, Ouattara S, Ouédraogo I, Herrant M, Boucheron P, Sawadogo A, Betsem E, Essoh A, Kabore L, Ouattara A, Méda N, Hien H, Gosset A, Giles-Vernick T, Boyer S, Kania D, Vray M, Shimakawa Y.
Vaccines (Basel). 2021 Jun 1;9(6):583. doi: 10.3390/vaccines9060583.
PMID: 34206058 Free PMC article.
3. Cost-effectiveness of adding a birth dose of hepatitis B vaccine in the Dafra district of the Hauts-Bassins Region in Burkina Faso (NéoVac Study).
Gosset A, Diallo MY, Betsem E, Schaeffer L, Meda N, Vray M, Sombie R, Shimakawa Y, Boyer S.
Vaccine. 2021 Jul 30;39(33):4659-4670. doi: 10.1016/j.vaccine.2021.06.059. Epub 2021 Jul 5.
PMID: 34238606





