L’épidémie de grippe s’installe officiellement sur l’ensemble du territoire français, un peu plus tôt que l’an dernier. Chaque année, l’Institut Pasteur surveille les virus respiratoires dont la grippe et, cette saison 2025-2026, il apporte une nouvelle expertise de prévision du pic épidémique par modélisation. Rappelons que, si la grippe saisonnière reste la plupart du temps bénigne, elle peut être à l’origine de décès, surtout chez les personnes fragiles.
Mise à jour le 31 décembre 2025.
La grippe est toujours là dans l’ensemble des régions françaises. Entre le 22 et le 28 décembre 2025 (semaine 52), les indicateurs grippaux ont continué d’augmenter dans toutes les classes d’âge dans l’Hexagone. Santé publique France indique une augmention "particulièrement prononcée à l'hôpital où l'activité atteignait un niveau d'intensité élevée tous âges confondus, chez les enfants de moins de 15 ans et chez les plus de 65 ans. En ville, la part d'activité pour grippe/syndrome grippal se situait à un niveau d'intensité modérée tous âges confondus, mais en diminution chez les moins de 15 ans, probablement en lien avec la période de congés scolaires. Toutefois, elle était au niveau d'intensité élevée chez les 65 ans et plus."
En semaine 52, la France enregistre ainsi, pour 100 000 Français, 269 consultations pour une infection respiratoire aiguë (vs 348 consultations en semaine 51 ; 281 en semaine 50 ; 190 en semaine 49 ; 118 en semaine 48).
Cf. Bulletin Infections respiratoires aiguës (grippe, bronchiolite, COVID-19). Bulletin du 31 décembre 2025, actualisé tous les mercredis.
Epidémie de grippe : précoce et sévère en 2024-25, plus précoce encore en 2025-26
L’épidémie de grippe 2024-2025 a été l’une des plus sévères depuis 2009, avec un démarrage précoce, une durée prolongée, une circulation inhabituelle de trois virus et un fort impact sur le système de santé, engendrant une surmortalité importante (environ 17 600 décès).
Pour la saison 2025-2026, la campagne de vaccination a débuté le 14 octobre 2025 et la circulation grippale a commencé à s’intensifier dès le 26 novembre. La surveillance est essentielle car les épidémies de grippe touchent chaque année des millions de personnes dans le monde. Si la grippe saisonnière reste la plupart du temps bénigne, elle est cependant à l’origine de centaines de milliers de décès annuels, principalement chez les personnes au système immunitaire affaibli. Il est important d’en surveiller la sévérité et l’ampleur.
L’Institut Pasteur surveille la grippe et confirme la circulation des virus de type A
En charge de la surveillance de la grippe, le Centre National de Référence Virus des Infections Respiratoires à l’Institut Pasteur -depuis plusieurs années- analyse, chaque semaine, en ce moment même, environ 200 prélèvements effectués en médecine générale, à l’hôpital et dans les laboratoires d’analyses de ville. Vincent Enouf, responsable adjoint du CNR explique : « Le virus grippal détecté majoritairement est un virus de type A, connu pour sa virulence. Nous retrouvons plusieurs sous-types parmi les prélèvements testés : A(H3N2) sous-clade K, et A(H1N1)pdm09. »
Le vaccin contre la grippe permet d’éviter les formes graves
Les analyses effectuées à ce jour indiquent que le virus circulant est légèrement différent de la souche vaccinale qui compose le vaccin antigrippal produit l’été dernier (hémisphère nord). Rappelons que l’efficacité du vaccin dépend du degré de similitude entre les souches vaccinales et les virus en circulation ; l’âge et l’état immunitaire du sujet vacciné entre également en ligne de compte (lire notre fiche maladie consacrée à la grippe).
« Il n’est pas surprenant que le virus grippal évolue chaque année, rassure Vincent Enouf. Le vaccin utilisé cette année pourrait être moins efficace contre le virus A(H3N2)*. Mais, un vaccin même peu efficace évite les formes graves. »
* Des données préliminaires sont toutefois rassurantes : les premières données anglaises suggèrent une efficacité qui n’est pas diminuée par rapport à ce qu’on observe d’habitude pour H3N2. Cela reste à confirmer. NDLR.
L'Institut Pasteur, expert en modélisation, suit l’épidémie pour les autorités
Cette année, pour mieux anticiper la dynamique de l’épidémie de grippe, l’Institut Pasteur et Santé publique France lancent un dispositif inédit de modélisation permettant de prévoir l’évolution de l’épidémie en France et d’anticiper son pic. « Le modèle fournit des prévisions de l’évolution de l’épidémie au cours des quatre prochaines semaines et de la période probable de survenue du pic », résume Simon Cauchemez, responsable du l’unité Modélisation mathématique des maladies infectieuses, Institut Pasteur.
Les modèles ont commencé à tourner dès le 10 décembre 2025, quand Santé publique France a déclaré le passage au stade épidémique à l’échelle nationale. Les premières prévisions démarrent le 17 décembre. « Nous allons les mettre à jour chaque semaine, à l’échelle régionale (hors Corse), comme nationale », complète Juliette Paireau, ingénieure de recherche dans l’unité de Modélisation mathématique des maladies infectieuses, Institut Pasteur, et également rattachée à la Direction des Maladies Infectieuses, Santé publique France. « Avant le déploiement en temps réel, le modèle a été rigoureusement évalué rétrospectivement sur plusieurs saisons de grippe. » La précision des prévisions est limitée et dépend de la dynamique épidémiologique et virologique du virus de la grippe (nouvelle souche par exemple).
Ces travaux de modélisation viennent compléter le dispositif existant de surveillance et de gestion de l’épidémie en apportant un outil stratégique d’anticipation pour mieux prévoir la dynamique de la grippe (adaptation du fonctionnement des hôpitaux, renforcement des messages de prévention).





