Portraits Prix Nobel

Depuis la création de l’Institut Pasteur, dix chercheurs ont vu leurs travaux récompensés par le prix Nobel de physiologie ou de médecine. Si la prestigieuse distinction souligne l’excellence des recherches pasteuriennes, elle salue également la volonté de respecter un vœu cher à Louis Pasteur : les découvertes scientifiques à l’Institut Pasteur se font pour le bénéfice du plus grand nombre.

 

 

  • Alphonse Laveran 1907
  • Elie Metchnikoff 1908
  • Jules Bordet 1919
  • Charles Nicolle 1928
  • Daniel Bovet 1957
  • André Lwoff 1965
  • Jacques Monod 1965
  • François Jacob 1965
  • Françoise Barré-Sinoussi 2008
  • Luc Montagnier 2008

Alphonse Laveran

(1845-1922)

Premier prix Nobel français de médecine an 1907 « pour ses travaux sur le rôle des protozoaires comme agents de maladies », Alphonse Laveran découvre notamment le parasite responsable du paludisme.

 

PALUDISME

Avec Félix Mesnil, Alphonse Laveran fut l’un des pionniers de la parasitologie à l’Institut Pasteur.

 

Avant de rejoindre l’Institut Pasteur, il avait découvert à l’hôpital de Constantine, en 1880, ce qu’il pensait être l’agent du paludisme, un protozoaire infectant les globules rouges des malades. Il le décrit dans diverses publications de 1880 à 1882. Alphonse Laveran avait suivi le cours de microbiologie de l’Institut Pasteur en 1889. Cinq ans plus tard, il le rejoint en tant que chercheur bénévole.

 

De 1900 à 1903, Laveran s’intéresse au rapport éventuel entre les moustiques anophèles et le paludisme. Il se rend en Corse et en Camargue pour y étudier ces moustiques et examine ceux qui lui sont adressés du monde entier. Il a l’idée qu’il pourrait exister un lien entre ces moustiques et la propagation du paludisme. D’autres scientifiques le démontreront et montreront également que le parasite suit un cycle chez cet insecte.

 

LEISHMANIOSES

En 1900, Laveran et Mesnil étudient les trypanosomes, agents de diverses épizooties et de maladies humaines comme la maladie du sommeil. Quatre ans plus tard, ils publient un traité sur ce sujet, qu’ils compléteront en 1912.

 

En 1903, les deux pasteuriens démontrent que le parasite responsable d’une fièvre sévissant en Inde, le Kala-azar, déjà observé par Sir William Boog Leisham, est un protozoaire nouveau, indépendant des trypanosomes et de l’hématozoaire du paludisme. Ils le nomment provisoirement Piroplasma donovani, en référence à Charles Donovan qui travaillait lui aussi sur la leishmaniose.

 

Pour ce parasite, Ronald Ross a créé le genre Leishmania ; il sera baptisé ensuite Leishmania donovani. Laveran dut surmonter le scepticisme de nombreux collègues.

 

Le bien fondé de ses travaux sera reconnu et couronné par le prix Nobel en 1907, décerné : « pour ses travaux sur le rôle des protozoaires comme agents de maladies ». Il affectera la quasi-totalité du montant de son prix au développement de locaux consacrés à la parasitologie à l’Institut Pasteur.

 

Découvrez la biographie complète d'Alphonse Laveran.

Elie Metchnikoff

(1845-1916)

Elie Metchnikoff  a découvert les phagocytes et la phagocytose en 1883. Il est considéré depuis comme le père de l’immunité cellulaire, par opposition à l’immunité humorale, mise en évidence par Paul Ehrlich. Il partagera avec ce dernier le prix Nobel en 1908. 

 

« Pour ses travaux sur l’immunité. »

Après avoir découvert les phagocytes et la phagocytose, en 1883, Elie Metchnikoff devra se battre pour imposer sa théorie. D’expériences en démonstrations, les découvertes du chercheur seront finalement reconnues par ses pairs et sa ténacité sera récompensée par le prix Nobel de médecine ou physiologie en 1908.

 

Les opposants de Metchnikoff, surtout l’école allemande, parlent du « roman de la phagocytose ». Au congrès de Berlin en 1890, il est appuyé par les Français et les Anglais dont Joseph Lister, un des pionniers de l’antisepsie. Robert Koch, quant à lui, défend le pouvoir bactéricide du sérum et lui attribue tout le rôle dans l’immunité (théorie humorale).

 

Au Congrès de Londres en 1891, les débats en faveur et contre la théorie phagocytaire tournent principalement autour des rapports du Dr Roux (théorie phagocytaire) et de Buchner (théorie humorale). La découverte des antitoxines par Behring apporte un soutien puissant aux partisans de la théorie humorale.

 

Lors du Congrès de Budapest en 1894, les débats reprennent autour d’une expérience de Pfeiffer montrant la destruction extra-cellulaire du vibrion cholérique. En réponse, de nouvelles expériences sont présentées par Metchnikoff. Le Dr Roux envoie une lettre à Pasteur : « Je vous écris ce mot au sortir de la séance. Metchnikoff dans une réplique pleine de passion et d’accent de vérité a fait triompher la théorie des phagocytes. Je crois qu’il a mis la conviction dans la plupart des esprits. »

 

On sait aujourd’hui que les deux théories sont liées. L’immunité humorale a, en outre, un point de départ cellulaire. On doit aussi à Metchnikoff la distinction entre macrophages et microphages.

 

La reconnaissance de l’ensemble de ses travaux sur l’immunité lui vaut le prix Nobel de physiologie et de médecine en 1908. Père de l’immunité cellulaire, il partagera son prix avec Paul Ehrlich. Tous deux sont considérés comme les fondateurs de l’immunologie.

 

Découvrez la biographie complète d’Elie Metchnikoff.

Jules Bordet

1870-1961

En 1919, ses travaux sur le rôle des anticorps et du complément sont récompensés par le prix Nobel. Ses découvertes vont améliorer de façon considérable les connaissances de l’époque en immunologie. 

 

" Pour ses découvertes concernant l’immunité. "

En 1894, Jules Bordet entre au laboratoire d’Elie Metchnikoff grâce à une bourse du gouvernement belge. Il y restera jusqu’en 1901.

 

De 1895 à 1896, il explore les mécanismes d’agglutination et de destruction bactérienne (bactériolyse) par les immunsérums, soulignant la part de l’immunité humorale dans les processus de défense antimicrobienne. Il démontre que la bactériolyse résulte de l’action conjointe de deux substances présentes dans le sérum sanguin : le complément (découvert sous le nom “d’ alexine ”, un facteur thermolabile dépourvu de spécificité), et une substance thermostable spécifique, qu’il nomme sensibilisatrice (il s’agit des “ anticorps ”) parce qu’elle sensibilise le microbe à l’action bactériolytique de l’alexine. Il montre aussi que l’agglutination précédant la lyse est due à l’anticorps, sans intervention du complément. Dès 1895, il a ainsi élucidé le mode de destruction des microbes chez les sujets vaccinés.

 

Cette découverte le conduit, la même année, à établir le principe des méthodes de sérodiagnostic in vitro - c’est-à-dire le diagnostic de la maladie par l’examen du sérum du malade - méthodes dont le principe a été appliqué par la suite à la plupart des maladies infectieuses.

 

En 1898, il élargit considérablement le domaine de l’immunologie en montrant qu’un organisme peut s’immuniser non seulement contre les microbes, mais aussi, selon le même mécanisme, contre des cellules d’espèces animales étrangères. Comme l’immunité anti-infectieuse, l’immunité ainsi acquise est spécifique, c’est-à-dire qu’elle permet de distinguer les cellules des diverses espèces animales. Il était ainsi établi que la diversité des espèces animales se reflète dans la diversité de leurs constituants cellulaires. Cette notion fondamentale peut être considérée comme à l’origine de la découverte ultérieure des groupes sanguins et du phénomène de rejet des greffes. En 1900, il décrit la réaction de fixation de l’alexine. L’application la plus connue est celle que Wassermann en fit, en 1906, au diagnostic de la syphilis, d’où le nom de réaction Bordet - Wassermann. Jules Bordet a obtenu le prix Nobel de Physiologie ou médecine en 1919.

 

Découvrez la biographie complète de Jules Bordet.

Charles Nicolle

1866-1936

En 1928, Charles Nicolle reçoit le prix Nobel de médecine pour ses travaux sur le typhus. Il a notamment découvert le rôle du pou dans la transmission de l’infection chez l’homme.

 

Récit de Charles Nicolles

« Comme tous ceux qui, depuis de longues années, fréquentaient l’hôpital musulman de Tunis, je voyais, chaque jour, dans ses salles, des typhiques couchés auprès de malades atteints des affections les plus diverses. Comme mes devanciers, j’étais le témoin quotidien et insoucieux de cette circonstance étrange qu’une promiscuité, aussi condamnable dans le cas d’une maladie éminemment contagieuse, n’était cependant point suivie de contaminations. Les voisins de lit d’un typhique ne contractaient pas son mal. Et, presque journellement, d’autre part, au moment des poussées épidémiques, je constatais la contagion dans les douanes, dans les quartiers de la ville et jusque chez les employés de l’hôpital, préposés à la réception des malades entrants.

 

Les médecins, les infirmiers se contaminaient dans les campagnes, dans Tunis et point dans les salles de médecine. Un jour, un jour comme les autres, un matin, pénétré sans doute de l’énigme du mode de contagion du typhus, n’y pensant pas consciemment toutefois (de cela, je suis bien sûr), j’allais franchir la porte de l’hôpital lorsqu’un corps humain, couché au ras des marches, m’arrêta. C’était un spectacle coutumier de voir de pauvres indigènes, atteints de typhus, délirants et fébriles, gagner, d’une marche démente, les abords du refuge et tomber, exténués, aux derniers pas. Comme d’ordinaire, j’enjambais le corps étendu. C’est à ce moment précis que je fus touché par la lumière.

Lorsque, l’instant d’après, je pénétrais dans l’hôpital, je tenais la solution du problème. Je savais, sans qu’il me fût possible d’en douter, qu’il n’y en avait pas d’autre, que c’était celle-là. Ce corps étendu, la porte devant laquelle il gisait, m’avaient brusquement montré la barrière à laquelle le typhus s’arrêtait. Pour qu’il s’y arrêtât, pour que, contagieux dans toute l’étendue du pays, à Tunis même, le typhique devînt inoffensif, le bureau des entrées passé, il fallait que l’agent de contagion ne franchît pas ce point. Or, que se passait-il en ce point ? Le malade y était dépouillé de ses vêtements, de son linge, rasé, lavé.

 

C’était donc quelque chose d’étranger à lui, qu’il portait sur lui, dans son linge, sur sa peau, qui causait la contagion. Ce ne pouvait être que le pou. Ce que j’ignorais la veille, ce que nul de ceux qui avaient observé le typhus depuis le début de l’histoire - car il remonte aux âges anciens de l’humanité - n’avait remarqué, la solution indiscutable, immédiatement féconde, du mode de transmission, venait de m’être révélée. »

 

Découvrez la biographie complète de Charles Nicolle.

Daniel Bovet

(1907-1992)

En 1957, les découvertes de Daniel Bovet (d’origine suisse) sur les produits de synthèse et plus spécialement leur action sur le système vasculaire et les muscles du squelette sont récompensées par le prix Nobel de physiologie ou médecine. Daniel Bovet a découvert le premier antihistaminique et les premiers curarisants de synthèse. Il fut un précurseur en chimie thérapeutique.

 

« Pour ses découvertes sur les produits de synthèse qui inhibent l’action de certaines substances de l’organisme et plus spécialement leur action sur le système vasculaire et les muscles du squelette. »

 

Daniel Bovet, co-découvreur de l’action anti-infectieuse des sulfamides, sera également l’un des pionniers des neurosciences à l’Institut Pasteur, en collaboration étroite avec son épouse, Filomena Nitti, la sœur d’un autre pasteurien, Federico Nitti. Entre autres contributions majeures, il a découvert les antihistaminiques et les curares de synthèse. Il collabore avec Ernest Fourneau à partir des années trente jusqu’après guerre, dans le service de chimie thérapeutique.

 

Extrait d’une interview avec le Pr Changeux, ancien directeur du laboratoire de Neurobiologie moléculaire à l’Institut Pasteur.

 

« Daniel Bovet était un précurseur pour l’identification de substances chimiques capables d’agir sur des récepteurs et d’entrer en compétition avec les substances endogènes que sont les neurotransmetteurs. Mais évidemment à l’époque, il n’avait pas idée ni de ce qu’était un récepteur, ni de la possibilité d’avoir des agents pharmacologiques qui se fixent sur des sites autres que le site actif ou le site d’activité biologique qui seraient des sites allostériques. Ce qui est devenu maintenant un domaine extrêmement actif de la pharmacologie moléculaire. »

 

Daniel Bovet découvre le premier adrénolytique de synthèse en 1933, le premier antihistaminique de synthèse en 1937 et le premier curarisant de synthèse en 1946.

 

« En 1946, Bovet, Depierre et Courvoisier introduisent en clinique l’utilisation de la gallamine, ou flaxedil, utilisé depuis par des générations d’anesthésistes et de chirurgiens comme myorelaxant. (…) En 1950, Bovet s’engage aux côtés de Feldberg, puis de Nachmanson (en 1953) dans le combat, alors mené contre certains électrophysiologistes, en faveur de l’intervention de la neurotransmission chimique dans le système nerveux central. Dans ces travaux expérimentaux, il mentionne alors des “récepteurs spéciaux pour l’adrénaline, l’acétylcholine et l’histamine dans l’organisme qui pourraient être des protéines spécifiques dont la configuration est complémentaire de celles du transmetteur lui-même”. Avec 50 ans d’avance, Bovet anticipe l’intervention des récepteurs pharmacologiques - du récepteur nicotinique en particulier - dans le contrôle des états de conscience. »

 

Découvrez la biographie complète de Daniel Bovet.

André Lwoff

1902-1994

L’œuvre scientifique d’André Lwoff est dominée par deux découvertes aux conséquences majeures : celle des facteurs de croissance bactériens et celle des formes dormantes des virus de bactéries, les prophages. Il partagera, avec François Jacob et Jacques Monod, le prix Nobel de médecine 1965 « pour la découverte de la régulation génétique de la synthèse des enzymes et des virus. ».

 

L’UNICITÉ DU VIVANT

Pendant les années trente, André Lwoff a séjourné dans des laboratoires étrangers de premier ordre, en particulier à Heidelberg, en Allemagne. Avec son épouse Marguerite, qui fut toujours une proche collaboratrice, il avait bénéficié d’une bourse de la Fondation Rockefeller pour ce séjour auprès de Otto Meyerhof, prix Nobel de physiologie ou médecine de 1922. André Lwoff y a démontré que différents facteurs de croissance servaient au métabolisme bactérien. 

 

Il a été le premier à découvrir que de petites molécules, des co-enzymes peuvent fonctionner comme des vitamines indispensables à la croissance des cellules. Certains micro-organismes, comme le colibacille, les synthétisent, d’autres en sont incapables et doivent bénéficier d’un apport extérieur. André Lwoff a défini ainsi le statut et le rôle des facteurs de croissance, d’où est sortie, avec l’analyse des biochimistes, la notion d’unicité de structure et de fonctionnement du monde vivant. Un travail reconnu comme fondamental par la communauté scientifique internationale.

 

BACTÉRIOPHAGES VIRULENTS OU SILENCIEUX

Poursuivant les travaux d’Eugène et Elisabeth Wollman, André Lwoff entreprend l’étude des bactéries lysogènes. Celles-ci se multiplient indéfiniment en perpétuant le génome d’un bactériophage (virus spécifique des bactéries) intégré à leur propre génome.

 

Sous l’effet de facteurs divers, cet équilibre est rompu et le bactériophage se développe aboutissant à la mort de la bactérie (lyse) et à la libération de bactériophages infectieux.

 

Ce processus peut être induit à volonté dans la totalité de la population de bactéries lysogènes sous l’action de certains facteurs tels que le rayonnement ultraviolet. André Lwoff a dénommé “ prophage ”, la forme sous laquelle est perpétué le génome du bactériophage chez les bactéries lysogènes. Les bactériophages produits par ces bactéries, dits “ bactériophages tempérés ”, peuvent donc, lorsqu’ils infectent des bactéries sensibles, suivre l’une ou l’autre des deux voies distinctes.

 

  • Soit, comme les bactériophages dits “virulents”, ils se multiplient à l’intérieur des bactéries qui se lysent en libérant des bactériophages infectieux.
  • Soit leur génome s’intègre à celui de bactéries qui les perpétuent sous une forme non infectieuse, le prophage.

 

Extrait du discours d’André Lwoff lors de la remise du prix Nobel

10 décembre 1965

 

« C’est la recherche qui m’a conduit ici et la recherche, on le sait, est un jeu… La recherche étant un jeu, il importe peu en théorie tout au moins, que l’on gagne ou que l’on perde. Mais les savants possèdent certains traits des enfants. Comme eux, ils aiment gagner et comme eux ils aiment être récompensés…

 

Quand on baptise un nouveau-né, on ne lui demande pas son avis. À quoi bon ? Lorsque la Fondation confère son prix, elle le fait sans l’accord préalable du récipiendaire. On pose en principe qu’il acceptera. Il arrive cependant qu’il refuse, contraint parfois par les autres, parfois par lui-même.

 

Mais pourquoi refuser le sacrement puisqu’on refusera le refus. Si j’ai prononcé le mot de sacrement, c’est que la recherche scientifique est une religion qui demande la foi, une foi rationnelle. Comme toute religion, elle exige des prophètes, un collège d’apôtres, l’âme et le cœur de tout un peuple.

 

Elle exige également des martyrs… La victime prend à la cérémonie un plaisir évident et il y a beaucoup de candidats au martyre. Car tout savant, au fond de lui-même, désire être reconnu. Cependant, la célébrité conférée au lauréat par une distinction si rare, si enviée, et si éclatante, le sépare quelque peu arbitrairement de ses pairs, l’oblige à se considérer, à se juger. Elle l’oblige aussi à méditer sur les prix en général, sur la générosité du sort, sur les charmes et les contraintes de la notoriété…

 

Et voilà qu’un événement qui ne dépend pas de moi prend soudain dans ma vie une place dont il serait vain de nier l’importance et qui, de plus, est un événement heureux. Heureux pour mon pays, pour l’institution à laquelle j’appartiens, pour la discipline que je cultive. Heureux aussi pour les miens et sans doute enfin pour moi-même… »

 

© The Nobel Foundation 1965

 

Découvrez la biographie complète d’André Lwoff.

 

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Jacques Monod

(1910-1976)

Pour Jacques Monod, la biologie moléculaire devait servir à mettre en place les éléments d’un puzzle, expliquant les mécanismes communs à tout le règne du vivant, de la bactérie aux animaux complexes. Inspirés par André Lwoff, Jacques Monod, en collaboration étroite avec François Jacob, découvre le premier système de régulation génétique, appelé opéron. Quatre ans après la publication de cette découverte, les trois chercheurs seront récompensés par le prix Nobel de médecine 1965.

 

À 16 ans, Jacques Monod quitte Cannes pour s’inscrire à la faculté de sciences de Paris. Sa licence en poche, il rejoint le laboratoire du zoologiste Edouard Chatton. Il interrompt alors sa thèse à deux reprises, pour une expédition au Groenland en 1934, aux côtés de Paul-Emile Victor, puis pour suivre deux ans plus tard un stage au sein de l’Institut de Technologie de Californie. Quand la guerre éclate, il s’engage dans la résistance, Puis, en 1945, il intègre le laboratoire d’André Lwoff à l’Institut Pasteur, pour prendre ensuite la tête du service de biochimie cellulaire en 1954, et dont il deviendra le directeur général, en 1971.

 

Très tôt, Jacques Monod s’intéresse à la croissance des bactéries, sujet sur lequel il collabore très étroitement avec François Jacob. Entre les deux chercheurs, la complémentarité est unique. Ses travaux l’amèneront plus tard à se pencher en collaboration avec François Gros sur les ARN messagers, molécules intermédiaires entre l’ADN et les protéines, et sur les mécanismes de régulation des enzymes.

 

Extrait du discours de Jacques Monod lors de la remise du prix Nobel

10 décembre 1965

 

«…La Fondation Nobel a rendu d’inestimables services en rappelant, parfois en révélant, aux hommes de notre temps les sources les plus riches et les notions les plus profondes de leur civilisation.

 

C’est à cela que tient le prestige incomparable de votre récompense dont la signification et l’importance dépassent de beaucoup la personne même du lauréat qui s’en trouve être l’objet.

 

Mais si je vois dans ma présence aujourd’hui parmi vous, bien moins le signe d’une distinction personnelle qu’un hommage aux idées, à l’éthique et à l’esthétique de la discipline que j’ai cherché à servir, ma reconnaissance envers ceux qui ont pu me croire digne d’assister à cette fête n’en est pas moins émue et profonde. Permettez-moi de vous remercier de m’avoir donné, ainsi qu’aux miens, la joie d’être témoins de ces magnifiques fêtes, bien dignes, par leur éclat, des hautes valeurs qu’elles célèbrent… »

 

© The Nobel Foundation 1965

 

Découvrez la biographie complète de Jacques Monod.

 

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François Jacob

(1920-2013)

En collaboration étroite avec Jacques Monod, François Jacob aboutira au concept révolutionnaire de régulation génétique. Les deux hommes partageront avec André Lwoff le prix Nobel de médecine 1965 « pour la découverte de la régulation génétique de la synthèse des enzymes et des virus ».

 

François Jacob n’est pas seulement un chercheur dans l’âme. La foi qu’il a toujours eue dans les progrès de la science est celle d’un esprit engagé, passionné, et profondément humaniste.

 

Aspirant à une carrière de chirurgien, François Jacob débute ses études de médecine à Paris, que la guerre vient rapidement interrompre. Il quitte alors la France en juin 1940, et rejoint les Forces Françaises Libres, à Londres. Affecté au service de santé des armées, il participe aux opérations militaires, au plus près des combats, et est grièvement blessé en Normandie, en 1944.

 

Après la guerre, il achève ses études de médecine, mais sa blessure l’oblige à renoncer à la chirurgie. Il se dirige alors vers la biologie, et entre en 1950 à l’Institut Pasteur, dans le laboratoire d’André Lwoff. Il y sera nommé chef du service de génétique cellulaire en 1960. Il collabore d’abord avec Elie Wollmann sur les mécanismes de transfert de matériel génétique entre bactéries et les mécanismes maintenant silencieux les prophages à l’intérieur des bactéries. François Jacob saisit alors le parallèle entre ces travaux et le système lactose, sur lequel travaille Jacques Monod…

 

Outre la découverte du système de régulation des gènes chez les bactéries, il établira par la suite, avec Jacques Monod d’autres notions fondatrices de la biologie moléculaire contemporaine, notamment celle de l’existence des ARN messagers et la régulation allostérique des protéines. François Jacob était membre de l’Académie française, Grand Croix de la Légion d’Honneur et Chancelier de l’ordre de la Libération (2007-2013).

 

« …Chacun de nous, à vingt ans, a rêvé de transformer le monde. Chacun de nous, à quarante ans, sait qu’il ne le fera pas. Au mieux peut-il espérer, avec de la chance, apporter quelque contribution au capital de vérités, de recettes et d’idées que l’homme amasse lentement. C’est là, je pense, la signification qu’Alfred Nobel a voulu donner aux prix qu’il a créés. Pourtant, l’homme de science se nourrit des contradictions qui sont à la source même de toute recherche.

 

C’est dire que la lumière quelque peu éblouissante dans laquelle votre décision l’a placé, lui et son oeuvre, ne peut tout à la fois que l’embarrasser, le ravir, et même l’effrayer. L’embarrasser parce qu’il mesure à quel point une telle distinction dépasse ses mérites personnels pour s’étendre à l’ensemble d’une science et de ceux qui la font progresser. Le ravir, parce que, si modeste qu’il se veuille, il éprouve le besoin d’être reconnu et qu’il voit son travail recevoir ici la plus solennelle des consécrations. L’effrayer aussi, parce que l’aspect officiel même de cette reconnaissance s’accorde mal au doute et à l’inquiétude nécessaires à un travail qu’il entend poursuivre. "Nous ne cherchons jamais les choses, disait Pascal, mais la recherche des choses…

 

Par leur objectivité et leur indépendance, les Comités Nobel sont parvenus à donner aux prix qu’ils décernent un prestige unique. Et si la science fondamentale se voit, un jour par an, émerger de sa nécessaire obscurité, si son rôle dans notre évolution et notre culture est aujourd’hui admis par tous, si les pouvoirs politiques mêmes accordent à la recherche un soutien chaque jour croissant, c’est pour une large part grâce à la façon dont vous avez interprété et réalisé la volonté d’Alfred Nobel… »

 

Extrait du discours de François Jacob lors de la remise du prix Nobel

10 décembre 1965

 

© The Nobel Foundation 1965

 

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Françoise Barré-Sinoussi

Née en 1947

Françoise Barré-Sinoussi, prix Nobel 2008 de physiologie ou médecine

 

Vingt-cinq ans après l’isolement du virus du sida, ce prix, reçu conjointement avec Luc Montagnier « pour la découverte du virus de l’immunodéficience humaine » en 1983 à l’Institut Pasteur est venu reconnaître au-delà du travail des scientifiques, l’engagement de toute une communauté dans la lutte contre le sida.

 

Françoise Barré-Sinoussi est professeur de classe exceptionnelle à l’Institut Pasteur et directrice de recherche Inserm de classe exceptionnelle. Elle dirige l’unité Régulation des infections rétrovirales à l’Institut Pasteur à Paris.

 

Françoise Barré-Sinoussi s’est impliquée dans la recherche sur les rétrovirus dès le début des années 1970. Reconnue pour ses contributions majeures à la recherche sur le VIH/sida, notamment en tant que premier auteur de la publication annonçant en 1983 l’identification d’un nouveau rétrovirus humain responsable du sida ,nommé plus tard VIH.

 

En 1988, elle prend la tête de son propre laboratoire et initie de nombreux travaux sur les déterminants de l’hôte et du virus dans la pathogénèse du VIH et s’implique dans des programmes de recherche d’un vaccin. Aujourd’hui, les programmes de recherche dans son laboratoire portent sur les mécanismes de protection contre l’infection VIH/SIV (virus simiens à l’origine du VIH) ou de contrôle du sida, en particulier au niveau de l’immunité innée.

 

Françoise Barré-Sinoussi est fortement dans les pays aux ressources limitées dans la promotion de programmes alliant recherches, formations et actions sur le terrain, en particulier à travers le Réseau International des Instituts Pasteur et la coordination des programmes de recherche de l’ANRS au Cambodge et au Vietnam.

 

En 2009, elle est élue membre de l’Académie des Sciences. En 2012, elle devient présidente de la Société internationale du sida (IAS). En 2013, elle est élevée au rang de Grand Officier de la Légion d’Honneur.

 

Françoise Barré-Sinoussi a reçu plus de 10 distinctions internationales tout au long de sa carrière, dont le prix Nobel de physiologie ou médecine, conjointement avec le Pr Luc Montagnier. Elle est également titulaire du titre de Docteur Honoris Causa de nombreuses universités. Ses travaux ont donné lieu à près de 270 publications originales dans des journaux scientifiques internationaux, à plus de 120 revues dans des livres et à plus de 250 communications lors de congrès internationaux.

 

Consultez le dossier La recherche sur le VIH/Sida à l’Institut Pasteur.

Luc Montagnier

Né en 1932

Luc Montagnier est Professeur Emérite à l’Institut Pasteur, où il a dirigé, de 1972 à 2000, l’unité d’Oncologie virale, directeur de recherches honoraire au CNRS et membre des Académies des Sciences et de Médecine.

 

Il est président de la Fondation Mondiale Recherche et Prévention Sida, créé en 1993 avec Federico Mayor, ancien directeur général de l’UNESCO.

 

Luc Montagnier a participé à la création de plusieurs compagnies de biotechnologies aux Etats-Unis et en France.

 

Luc Montagnier a reçu de nombreux prix, dont la médaille d’argent du CNRS, les Prix Rosen (1971), Gallien (1985), Korber (1986), Jeantet (1986), le Prix Lasker en Médicine (1986), le Gairdner Prize (1987), Santé Prize (1987), Japan Prize (1988), le Prix Roi Faisal (1993), Amsterdam Foundation Prize (1994), Warren Alpert Prize (1998), Prix Prince of Asturias (2000), l’introduction au National Invention Hall of Fame (2004). Il est Commandeur de l’Ordre National du Mérite (1986) et Grand Officier de la Légion d’Honneur (2009).

 

En 2008, ses travaux sur la découverte du virus du sida en 1983, ont été récompensés par le prix Nobel de physiologie ou médecine, qu’il partage avec le Pr. Françoise Barré-Sinoussi. Vingt-cinq ans après l’isolement du virus du sida, ce prix est venu reconnaître le travail des scientifiques, et à travers eux celui de leurs collaborateurs cliniciens et chercheurs. Cette distinction vient encourager les jeunes à répondre aux nombreuses questions non résolues, comme le vaccin, le contrôle du virus et les nouveaux outils de prévention.Luc Montagnier est Professeur Emérite à l’Institut Pasteur, où il a dirigé, de 1972 à 2000, l’unité d’Oncologie virale, directeur de recherches honoraire au CNRS et membre des Académies des Sciences et de Médecine.

 

Luc Montagnier est l’auteur ou le co-auteur de 350 publications scientifiques et de plus de 750 brevets.

 

Consultez le dossier La recherche sur le VIH/Sida à l’Institut Pasteur.

Mis à jour le 16/12/2013

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Le musée Pasteur est situé à l'Institut Pasteur, au 25 rue du Docteur Roux, 75015 Paris
 

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