Tout commence par une question posée au chevet d'une patiente ou d'un patient. Comment distinguer deux maladies qui se ressemblent, dont les traitements sont pourtant radicalement différents ?
C'est cette interrogation, née de la pratique clinique, qui a conduit Marie Robert des couloirs de l'hôpital Bichat aux laboratoires de l'Institut Pasteur. Un parcours que la médecin-chercheuse a raconté à Baptiste Arnaud, doctorant et cofondateur du média scientifique Ordres de grandeur, dans le cadre de la série de vidéos « My PhD at the Institut Pasteur »
→ Découvrez le parcours de Marie Robert en vidéo, dans la série « My PhD at the Institut Pasteur. »
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Une question clinique, une réponse scientifique
Interne en médecine interne à l'AP-HP, Marie Robert a très tôt choisi de ne pas choisir entre la médecine et la recherche. Dès sa deuxième année d'études, elle intègre un laboratoire en parallèle de ses stages cliniques, mentorée par un rhumatologue pionnier de la recherche translationnelle, et elle est soutenue par l’École de l’Inserm Liliane Bettencourt. C'est dans ce cadre translationnel, entre hôpital et laboratoire, qu'émerge la question centrale de ses travaux : si la sarcoïdose et la tuberculose sont si difficiles à différencier cliniquement, peut-être que les cellules immunitaires des patient·es en gardent une trace distincte, mesurable.
Elle l'explique simplement dans la vidéo : « Les maladies laissent des traces cachées dans les cellules, et ces traces ne sont pas les mêmes entre la tuberculose et la sarcoïdose. » Une intuition clinique transformée en hypothèse scientifique, puis en résultat concret : des signatures biologiques mesurables dans le sang permettent de distinguer les deux pathologies.
C'est précisément ce qu'elle démontre dans sa thèse, intitulée « Immune dysregulation in sarcoidosis », soutenue le 1er décembre 2025 à l'Institut Pasteur, au sein de l'unité d'Immunologie translationnelle dirigée par le Dr Darragh Duffy, sous la co-direction du Pr Karim Sacré, interniste à l’Hôpital Bichat (Centre de recherche sur l’inflammation).
Ses travaux mettent en évidence des signatures biologiques, reflets d'une mémoire immunitaire propre à chaque pathologie, et ouvrent la voie à des outils diagnostiques peu invasifs ainsi qu'à de nouvelles pistes thérapeutiques. Ils s'appuient notamment sur le concept d'immunité entraînée inadaptée (maladaptive trained immunity), qu'elle a contribué à formaliser dans une publication parue dans Trends in Immunology en mai 2024. Elle résume ainsi l'ambition de ses recherches : « À long terme, l'objectif est de comprendre comment des facteurs environnementaux, comme les infections, participent au développement de maladies à travers des modifications de l'expression de nos gènes. »
La thèse est accessible en ligne
Une reconnaissance nationale
Ce parcours d'exception n'est pas passé inaperçu. Le 8 octobre 2025, Marie Robert a reçu le Prix Jeunes Talents France 2025 L'Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science, remis par la Fondation L'Oréal en partenariat avec l'Académie des sciences et la Commission nationale française de l'UNESCO.
Elle figure parmi les six chercheuses de l'Institut Pasteur distinguées cette année, et parmi les 34 lauréates nationales. Une distinction qui récompense non seulement la qualité de ses travaux, mais aussi l'engagement d'une scientifique lucide sur les obstacles que rencontrent encore les femmes dans les carrières de recherche : « Régulièrement, je constate une différence de considération entre hommes et femmes. Même en étant en première ligne sur un projet, si un collègue masculin moins impliqué est à mes côtés, les interactions tendent à se focaliser sur lui. » Consciente de ces freins, elle reste déterminée à tendre la main aux jeunes chercheur·es qui s'engagent dans cette voie.
Un modèle pour les futures générations.
Le parcours de Marie Robert illustre pleinement l'ambition du programme MD-PhD de l'Institut Pasteur : former une nouvelle génération de médecins-chercheur·ses capables de faire dialoguer le laboratoire et le chevet des patient·es afin d'accélérer les avancées médicales et l'innovation en santé. À travers ce programme et la série « My PhD at the Institut Pasteur », l'Institut Pasteur souhaite mettre en lumière ces parcours interdisciplinaires où la pratique clinique nourrit les questions de recherche, et où les découvertes scientifiques reviennent transformer la prise en charge des patient·es.
Marie bénéficie maintenant d’un contrat de collaboration hospitalière signé entre l’Institut Pasteur et l’AP-HP, lui permettant de poursuivre ses travaux de recherche en parallèle de son internat.
Après le tournage de la vidéo, elle confiait : « J'espère que quelques jeunes pourront se reconnaître dans ce parcours. » Son message, adressé aux futur·es scientifiques et aux futur·es médecins, est sans ambiguïté : « Si tu aimes la science et la médecine, tu n'as pas à choisir. Les deux sont possibles. »
La rigueur du laboratoire et l'humanité du soin ne sont pas des voies opposées. Elles peuvent, et doivent, se nourrir l'une de l'autre.






