Molly Ingersoll dirige depuis 2012 une équipe de recherche à l'Institut Pasteur de Paris. Microbiologiste et immunologiste résolument optimiste et engagée, elle milite pour une approche révolutionnaire de la santé. Ses travaux actuels explorent les différences de réponses immunitaires entre femmes et hommes face aux pathologies. Son terrain d'investigation : les infections urinaires, dont elle compare symptômes et conséquences selon le sexe. Son combat : démontrer l'urgence d'adapter les traitements médicaux à chaque genre.
De la science-fiction à l'Institut Pasteur de Paris
À douze ans, Molly découvre un roman de science-fiction, dans lequel une chercheuse se fait cloner par ses collègues scientifiques dans le but que ses copies puissent mener à bien des découvertes scientifiques. A la lecture de cette histoire délirante, Molly est subjuguée. La révélation est immédiate : « C'est clair, plus tard, je serai chercheuse ! » Du haut de ses 17 ans, l'adolescente audacieuse entreprend durant ses vacances d’été, un stage de recherche à l’université de Cornell. A la suite de cette expérience, elle y poursuit sa formation et y obtient un diplôme en microbiologie. Vient l'heure des choix : elle entame une thèse à New York, poursuit son parcours à Berlin, ville qu'elle affectionne depuis. De retour aux États-Unis, elle enchaîne deux post-doctorats – à Saint-Louis puis à New York – pour se spécialiser en immunologie, c’est-à-dire l'étude des mécanismes de défense de l'organisme. En 2012, elle part pour Paris, où elle a l'opportunité d’intégrer une équipe puis de construire progressivement son propre groupe à l'Institut Pasteur.
Femmes et hommes : des systèmes immunitaires inégaux face à la maladie
Molly concentre ses recherches sur diverses pathologies, dont les infections urinaires qui lui servent de modèle. Cette affection touche la quasi-totalité des femmes au cours de leur vie ; pour certaines, cela devient chronique. Pourtant, ces travaux demeurent largement sous-financés. « C'est malheureusement historique et encore le cas lorsqu'il s'agit de pathologies féminines », déplore-t-elle.
Ses expériences révèlent des écarts saisissants : si les femmes contractent fréquemment cette infection, elles éliminent généralement la bactérie avec efficacité et développent même une mémoire immunitaire protectrice. Néanmoins, certaines femmes souffrent de récidives incessantes. Les hommes, sont beaucoup moins affectés, et présentent des réactions radicalement différentes : ils souffrent d'infections persistantes pendant plusieurs semaines, parfois accompagnées de complications graves telles que : la propagation de l'infection à d'autres organes, ou certains peuvent juste être des porteurs asymptomatiques.
Les études de Molly Ingersoll et son équipe démontrent surtout le rôle déterminant des hormones (testostérone, œstrogènes…) dans nos réponses immunitaires.

Pendant des décennies, les médicaments ont été testés principalement sur des hommes
Sous prétexte de « protéger » les femmes en âge de procréer. Conséquence qui s’est révélée parfois dramatique : des traitements jamais évalués sur des sujets féminins les exposent à des effets secondaires imprévus et parfois mortels. Molly plaide sans relâche pour des protocoles thérapeutiques et des dosages adaptés à chaque genre.
Être chercheuse : des obstacles invisibles mais tenaces
Installée en France depuis quatorze ans, Molly observe des avancées, mais aussi des inégalités tenaces. Elle a découvert qu'à expérience équivalente, les chercheurs femmes et hommes ne sont pas toujours évalués de la même manière ou ne reçoivent pas toujours le même salaire. De surcroit, le cap le plus périlleux ? La décennie entre 30 et 40 ans : « Il faut être super productif, publier abondamment, décrocher des financements, tout en essayant peut-être de fonder une famille en même temps ».
Molly appelle de ses vœux le financement de postes permettant aux chercheuses de poursuivre leurs travaux pendant leur congé maternité. Elle salue par ailleurs la politique de « tolérance zéro » contre le harcèlement, mise en place par la direction de l'Institut Pasteur : « Ça change vraiment les choses de de savoir que l'institut soutient chaque individu et veille à son bien-être ! »
Son constat est sans appel :

Il existe mille strates de différences entre femmes et hommes. Nous ne pouvons plus faire comme si nous étions de petits hommes ou, comme on l'a répété trop longtemps, “le sexe faible” ! Ces stéréotypes ont trop longtemps empêché l'amélioration des soins de santé pour les femmes et les ont exclues de la vie publique, politique et intellectuelle.
Une étude clinique inédite pour la santé de tous |
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Une étude d'envergure menée par l'Institut Pasteur sur dix ans auprès de 1 000 personnes dévoile des variations inédites des hormones stéroïdiennes (cortisone, œstrogènes, androgènes, progestagènes). Ces molécules régulent métabolisme, système immunitaire, reproduction et résistance au stress. Basée sur l'analyse de 17 stéroïdes, l'étude révèle que génétique, sexe et âge influencent fortement l'équilibre hormonal, tandis que le mode de vie (tabagisme, alimentation) joue également un rôle déterminant, impactant la santé à long terme. Ces données constituent une référence majeure pour comprendre les hormones et leurs implications médicales chez les femmes comme chez les hommes. |
*Étude menée par Molly Ingersoll, directrice de l'unité mixte (avec l'Institut Cochin) Inflammation et immunité des muqueuses, et Darragh Duffy, responsable de l'unité Immunologie translationnelle.
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Molly INGERSOLL en quelques dates
POSTES ET FONCTIONS
- 09/2021 - présent : Directeur de recherche - Institut Cochin, Paris
- 01/18 - 04/21 : Responsable de l'équipe Inflammation et immunité muqueuses, Institut Pasteur, Paris
- 04/2022 - présent : Directeur : Axe Immunologie - Institut Cochin, Paris
- 04/2021 - présent : Directeur de recherche - Institut Pasteur, Paris
- Membre : Département d'immunologie
- 01/18 - 04/21 : Responsable de l'équipe Inflammation et immunité muqueuses, Institut Pasteur, Paris, France
- 01/2018 - 04/2021 : Chef de groupe - Institut Pasteur, Paris
- 01/2017 - 04/2021 : Chercheur titulaire, Chercheur de Recherche Expert - Institut Pasteur, Paris
- 09/2007 - 12/2011 : Post-doctorant - École de médecine Mount Sinai, New York
- 09/2005 - 08/2007 : Post-doctorant - École de médecine de l'Université de Washington, Saint-Louis
DIPLÔMES
- 07/2016 : Habilitation à diriger des recherches (HDR) - Université Paris Diderot, Paris
- 07/1999 - 07/2005 : Doctorat en microbiologie - École de médecine de l'université de New York et Institut Max Planck pour la biologie infectieuse, Berlin
- 09/1994 - 05/1998 : Licence en biologie, spécialisation en microbiologie - Université Cornell, Ithaca, NY
PRIX ET DISTINCTIONS
- 2025 : Prix Pasteur Vallery-Radot
SUPERVISION D'ÉTUDIANTS
- Total supervisés : 53 étudiants et chercheurs


