Projet SEAe : mieux comprendre et combattre l’encéphalite infectieuse de l’enfant

L'encéphalite est une inflammation aiguë du cerveau, souvent causée par une infection, qui entraîne des problèmes neurologiques graves et nécessite une hospitalisation immédiate. Cette maladie est un enjeu majeur de santé publique à l'échelle mondiale, avec un taux de mortalité élevé et des séquelles neurologiques qui touchent 30 % des survivants. En Asie, elle est une cause fréquente et grave d'hospitalisation pédiatriques. Malgré les progrès en recherche et en diagnostics, l'origine de l'infection reste inconnue chez plus de 60 % des patients. Le projet SEAe (South East Asia encephalitis) a pour ambition de réduire la morbidité associée à l’encéphalite en améliorant la prévention, le diagnostic et le traitement des patients, principalement des enfants.

|

Coordinateur

Partenaires
 

Sources de financement

Durée du projet

Localisation

Institut Pasteur

Cirad, Inserm, Institut Pasteur du Cambodge, IRD, National Institute of Hygiene and Epidemiology (NIHE) et université d'Oxford

SEAe est une initiative interinstitutionnelle d’AVIESAN cofinancée par la Fondation Total

2013-2018

Cambodge, Laos, Myanmar et Vietnam

Vers une Meilleure Compréhension et Gestion de l'Encéphalite Aiguë en Asie du Sud-Est

Initié en 2013, le projet SEAe a été conçu pour relever des défis scientifiques et médicaux majeurs dans la lutte contre l’encéphalite aiguë. L’un des objectifs principaux est de combler les lacunes sur cette maladie, en approfondissant la compréhension de sa pathophysiologie, de son étiologie, ainsi que des séquelles neurologiques à long terme qu’elle peut entraîner. Parallèlement, le projet vise à renforcer les capacités des laboratoires cliniques afin d’améliorer le diagnostic et la prise en charge des patients.

Encéphalites - Réseau international des instituts Pasteur
Hôpital Pédiatrique de Yangon, Birmanie - Les médecins analysent les résultats du scanner cérébral d'un jeune patient souffrant d'encéphalite. © Institut Pasteur/Pyay Kyaw Myint

Un autre axe important est la découverte de nouveaux pathogènes et l’identification de pathogènes inhabituels associés à l’encéphalite. Pour ce faire, le projet adopte une approche « One Health », qui intègre la santé humaine, animale et environnementale pour caractériser et analyser les facteurs liés aux groupes de cas d’encéphalite. Enfin, le projet s’engage à fournir des informations actualisées et fiables, et à établir un réseau de surveillance national et sous-régional durable. Ce réseau permettra aux cliniciens et aux acteurs de la santé publique de mieux définir les politiques de prévention, de développer des stratégies de vaccination efficaces, et de renforcer les capacités de préparation face aux risques biomédicaux émergents.

Étude Multicentrique sur l'Encéphalite Infantile en Asie du Sud-Est

Le Consortium « South East Asia encephalitis » (SEAe) qui regroupe médecins et chercheurs d’Europe et des pays impliqués, a conduit la plus grande étude prospective multicentrique sur l'encéphalite infantile en Asie du Sud-Est dans la région du Grand Mékong. Cette étude a consisté en une procédure de diagnostic harmonisée pour 694 enfants de quatre hôpitaux référents chacun présent au Cambodge, au Laos, au Vietnam et au Myanmar. La procédure suivie comportait trois étapes successives : d'abord, identifier rapidement les agents pathogènes les plus courants et traitables, puis détecter d'autres agents pathogènes connus, et enfin explorer d'autres pistes pour découvrir d'éventuels agents pathogènes inconnus. Les échantillons biologiques des patients ont été testés pour plus de 60 agents pathogènes connus. En parallèle, des activités de découverte de pathogènes, utilisant des techniques de microbiologie et de séquençage à haut débit, ont été menées sur les échantillons négatifs pour les pathogènes identifiés. Des études de terrain ont également été réalisées sur la faune sauvage et les animaux domestiques, avec les données obtenues utilisées pour créer des modèles mathématiques, afin de mieux comprendre l'épidémiologie et la transmission de la maladie dans une approche « Une seule santé ».

Impact de la Prévention et de la Prise en Charge de l'Encéphalite Infantile en Asie du Sud-Est

Les chercheurs et médecins impliqués dans le projet « South East Asia encephalitis » (SEAe) ont montré l’importance de la prévention et de la prise en charge rapide et adaptée des patients atteints d’encéphalite. Ils montrent notamment que la vaccination contre l’encéphalite japonaise pourrait, à elle seule, diminuer d’un tiers sa prévalence. Parmi les 694 enfants pris en charge, 664 présentaient une encéphalite. Une cause a été identifiée dans 64% des cas. La cause la plus fréquente était l’infection au virus de l’encéphalite japonaise (33 % des cas). Les scientifiques ont également identifié des cas associés à une infection au virus de la dengue, de la grippe, au virus herpès simplex 1, au bacille tuberculeux, au pneumocoque, à l’entérovirus 71, à d’autres agents infectieux (avec plus de 30 pathogènes identifiés), et à une origine auto immune. Parmi toutes les causes identifiées, 18% sont traitables et 42% peuvent être prévenues par vaccination.

Au terme de leur séjour à l‘hôpital, 13% des enfants étaient décédés, 23% présentaient des séquelles neurologiques sévères, 30% avaient des séquelles neurologiques légères ou modérées, et 34% aucune séquelle. Les facteurs de risque de décès ou de séquelles neurologiques sévères étaient liés à la tuberculose méningée, la présence d’une atteinte respiratoire avec besoin en oxygène, la présence d’un coma prolongé, et à un retard de prise en charge.

Les données générées par cette étude permettront d’aider les autorités de santé locales à élaborer des recommandations de prise en charge de l’encéphalite pour la région du Grand Mékong sur les plans diagnostic et préventif. Elles soulignent l’importance des campagnes nationales de vaccination massives ciblant notamment le virus de l’encéphalite japonaise.


Publications du projet : 

  1. Childhood encephalitis in the Greater Mekong region (the SouthEast Asia Encephalitis Project): a multicentre prospective study
    Pommier JD, Gorman C, Crabol Y, Bleakley K, Sothy H, Santy K, Tran HTT, Nguyen LV, Bunnakea E, Hlaing CS, Aye AMM, Cappelle J, Herrant M, Piola P, Rosset B, Chevalier V, Tarantola A, Channa M, Honnorat J, Pinto AL, Rattanavong S, Vongsouvath M, Mayxay M, Phangmanixay S, Phongsavath K, Tin OS, Kyaw LL, Tin HH, Linn K, Tran TMH, Pérot P, Thuy NTT, Hien N, Phan PH, Buchy P, Dussart P, Laurent D, Eloit M, Dubot-Pérès A, Lortholary O, de Lamballerie X, Newton PN, Lecuit M; SEAe Consortium. . Lancet Glob Health. 2022 Jul;10(7):e989-e1002. doi: 10.1016/S2214-109X(22)00174-7. PMID: 35714649; PMCID: PMC9210261.
     
  2. Aetiology of acute meningoencephalitis in Cambodian children, 2010-2013.
    Horwood PF, Duong V, Laurent D, Mey C, Sothy H, Santy K, Richner B, Heng S, Hem S, Cheval J, Gorman C, Dussart P, de Jong MD, Kerleguer A, Guillard B, Murgue B, Lecuit M, de Lamballerie X, Farrar JJ, Tarantola A, Eloit M, Buchy P. Emerg Microbes Infect. 2017 May 24;6(5):e35. doi: 10.1038/emi.2017.15. PMID: 28536430; PMCID: PMC5520480.
     
  3. Intensive Circulation of Japanese Encephalitis Virus in Peri-urban Sentinel Pigs near Phnom Penh, Cambodia.
    Cappelle J, Duong V, Pring L, Kong L, Yakovleff M, Prasetyo DB, Peng B, Choeung R, Duboz R, Ong S, Sorn S, Dussart P, Tarantola A, Buchy P, Chevalier V. PLoS Negl Trop Dis. 2016 Dec 7;10(12):e0005149. doi: 10.1371/journal.pntd.0005149. PMID: 27926937; PMCID: PMC5142769.
Retour en haut