Projet SARA : surveillance de l’antibiorésistance en Afrique

Selon l’OMS, la résistance aux antibiotiques constitue aujourd’hui l’une des plus graves menaces pesant sur la santé mondiale, la sécurité alimentaire et le développement. De nouveaux mécanismes de résistance se propagent, compromettant notre capacité à traiter les maladies infectieuses courantes. Durant 3 ans, le projet SARA, co-coordonné par l’Institut Pasteur de Madagascar et l’Institut Pasteur (Paris), a contribué au développement d’un réseau régional de surveillance et de recherche dédié à l’antibiorésistance. Regroupant 6 pays africains ; le Bénin, Cameroun, Madagascar, Maroc, République centrafricaine et le Sénégal, il s’est appuyé sur les collaborations déjà établies avec cinq membres du Pasteur Network et un partenaire privilégié au Bénin. 

|

Coordinateurs

Partenaires


Source de financement

Durée

Localisation

Institut Pasteur (Paris), Institut Pasteur de Madagascar

Centre National Hospitalier Universitaire Hubert Koutoukou Maga, Centre Pasteur du Cameroun, Institut Pasteur de Bangui, Institut Pasteur de Dakar, Institut Pasteur du Maroc

Ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères

2021-2024

Bénin, Cameroun, Madagascar, Maroc, République centrafricaine et Sénégal

Vers une Meilleure Gestion de la Résistance aux Antibiotiques en Afrique

Les antibiotiques sont utilisés pour traiter et prévenir les infections bactériennes. La résistance survient lorsque les bactéries évoluent en réponse à la surutilisation de ces médicaments. En cas d’infection bactérienne, chez les humains ou les animaux, il est plus difficile de les traiter. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la résistance aux antibiotiques atteint des niveaux dangereusement élevés à l’échelle mondiale. En Afrique en particulier, la consommation peu contrôlée d’antibiotiques par les populations et dans l'élevage peut conduire à des impasses thérapeutiques potentiellement responsables de surmortalité. Dans ce contexte, le projet SARA (Surveillance de l'Antibiorésistance en Afrique) vise à contribuer à la définition de stratégies de lutte contre l’antibiorésistance les plus adaptées pour ces pays. A cette fin, l’objectif principal est de renforcer les capacités de surveillance de l'antibiorésistance et d’uniformiser les approches à l’échelle régionale, en déterminant les niveaux de résistance des principales bactéries impactant la santé publique, telles que les salmonelles, les shigelles, Escherichia coli (E.coli), les klebsielles et le gonocoque. 

Une Approche Régionale Intégrée contre la Résistance aux Antibiotiques

Le projet SARA se démarque comme une initiative régionale ayant abordé le problème de la résistance aux antibiotiques en utilisant plusieurs méthodes. L’une des premières étapes a été de recueillir et analyser des données provenant de 2 sources : des collections d’échantillons issues des laboratoires d’analyses médicales du réseau et issues de prélèvements réalisées dans le cadre du projet. Pendant plusieurs décennies, les laboratoires d'analyses médicales des instituts collaborateurs ont collecté et stocké des échantillons d’analyses microbiologiques, notamment des antibiogrammes relatifs aux infections des patients, sans les exploiter pleinement. Le projet visait à standardiser l’analyse de ces données à l’échelle régionale, afin de suivre les tendances spatio-temporelles de l'antibiorésistance en Afrique.

En parallèle, le projet a adopté une approche « One Health » pour surveiller la résistance bactérienne chez les humains, les animaux et dans l’environnement. Ainsi, des volailles dans des marchés locaux ont été étudiées, permettant d'obtenir des données du milieu animal. Les eaux de surface, incluant les eaux usées humaines et animales ainsi que les rivières recevant ces effluents, ont été examinées pour évaluer l'impact environnemental de l’antibiorésistance. Pour enrichir les données des laboratoires sur le volet humain, des prélèvements ont été réalisés sur des selles de femmes enceintes et des échantillons sanguins à l'hôpital.

Pour comprendre les mécanismes moléculaires de la résistance, le projet a également réalisé des séquençages génomiques de bactéries. En utilisant des technologies de pointe, comme le séquençage à haut débit, les chercheurs ont pu analyser les souches bactériennes pour détecter les mutations responsables de la résistance aux antibiotiques. Cette recherche a été complétée par des formations pour les équipes locales afin de renforcer leurs compétences en analyse génomique.

Enfin, le projet a permis la gestion et le partage les données collectées. Les souches bactériennes ont été conservées dans des biobanques et les données ont été stockées sur des plateformes sécurisées, accessibles pour les chercheurs tout en respectant les normes internationales. Une charte de partage des données a été établie pour garantir une gestion transparente et accessible des informations.

Un Impact Durable sur la Recherche et la Gestion de l'Antibiorésistance

Le projet SARA a produit des résultats importants qui ont marqué une avancée significative dans la lutte contre la résistance aux antibiotiques en Afrique. Grâce à la collecte de données selon l’approche One Health et l’analyse des données stockées depuis 10 ans dans les laboratoires d’analyses médicales partenaires, les résultats ont montré une prévalence préoccupante de certaines bactéries résistantes. Une première analyse des tendances de résistance a été effectuée au Bénin, avec des résultats préliminaires indiquant des variations dans la résistance aux antibiotiques. Une fois toutes les données analysées, il sera possible d’obtenir une vue d'ensemble sur la manière dont les bactéries résistent aux traitements dans la région, révélant potentiellement une résistance accrue à certains antibiotiques. Cette information est cruciale pour adapter les stratégies de traitement et de prévention.

Le renforcement des capacités locales a été un autre succès majeur. Les formations en séquençage génomique ont permis aux chercheurs des instituts partenaires d’acquérir des compétences avancées pour analyser génomiquement les bactéries résistantes. Ces connaissances sont désormais utilisées pour surveiller et comprendre la résistance aux antibiotiques dans leurs propres pays, ce qui améliore la capacité locale à répondre aux défis de la résistance bactérienne.

Le projet a également amélioré la gestion des données scientifiques. En centralisant et en sécurisant les informations sur des plateformes dédiées, il a facilité l’accès aux données pour les chercheurs tout en garantissant leur protection. Cette approche a permis une meilleure coordination entre les partenaires de la région et une diffusion plus impactante des résultats notamment auprès d'organismes nationaux et internationaux pour plaider en faveur d'actions contre l'antibiorésistance.

En conclusion, le projet SARA a non seulement renforcé les capacités locales en matière de recherche et de gestion des données, mais il a également contribué à une meilleure compréhension de la résistance aux antibiotiques en Afrique. Les connaissances et les outils développés grâce à ce projet continueront à soutenir les efforts pour lutter contre l’antibiorésistance, avec des résultats prometteurs pour la recherche future.


Pour en savoir plus sur l'équipe du projet

Retour en haut