L’administration Trump a établi, sans fondement scientifique, un lien entre l’autisme et la vaccination contre la rougeole ou le paracétamol. Au-delà de ces annonces très critiquées, quels sont les faits scientifiquement établis concernant les troubles du spectre autistique ?
#1- Les personnes autistes présentent-elles toutes les mêmes troubles ?
Non. Les troubles du spectre autistique sont très variables.
L’autisme fait partie des troubles du neurodéveloppement (TND). Il se manifeste dès la petite enfance -avant l’âge de 36 mois- et a des conséquences à différents niveaux et degrés sur les sphères développementales de l'enfant. La communauté scientifique et médicale s’accorde pour définir une dyade autistique regroupant l'ensemble de ces symptômes dans les domaines de la communication sociale et des interactions sociales, d'une part ; et des comportements, activités ou intérêts restreints ou répétitifs, d'autre part.
L'expression des symptômes de l’autisme est cependant très variable d’un individu à l’autre. Pour reprendre les mots de la psychiatre britannique Lorna Wing : « Quand vous avez vu une personne autiste, vous n’avez vu qu’une forme singulière d’autisme ».
Il n’y a donc pas un profil unique de personnes autistes mais des personnes aux profils très différents, présentant une grande variabilité de troubles.
Cette grande diversité de symptômes, ainsi que les différents profils d’autisme en fonction de l’âge du diagnostic sont mis en lumière dans une récente étude internationale, coordonnée par l’Université de Cambridge, et faisant partie du consortium R2D2-MH que l’Institut Pasteur coordonne. Ces travaux montrent que la génétique des personnes autistes avec un diagnostic tardif (après 10 ans) est différente des personnes autistes diagnostiquées plus tôt. Il existe une très grande hétérogénéité clinique mais aussi une hétérogénéité de la génétique de l’autisme.
#2- Quelles sont les causes des troubles du spectre autistique ?
Les causes des troubles du spectre autistique (TSA) sont plurielles, avec une forte composante génétique. Ni la vaccination contre la rougeole, ni le paracétamol ne sont à l’origine de TSA.
Récemment, les autorités américaines ont fait le lien entre le vaccin contre la rougeole, le paracétamol et l’autisme. Le président américain Donald Trump a par exemple déconseillé aux femmes enceintes de prendre du paracétamol tandis que le ministre américain de la santé, Robert Francis Kennedy Jr., a plusieurs fois remis en cause l’innocuité du vaccin rougeole-oreillons-rubéole (ROR).
Pourtant, aucune étude scientifique rigoureuse ne permet de faire de lien entre autisme et le paracétamol, ou autisme et le vaccin ROR.
Les causes des TSA sont majoritairement génétiques.
Les caractéristiques génétiques associées à l’autisme sont par ailleurs extrêmement complexes. Depuis la découverte des premiers gènes associés à l’autisme en 2003 par l’équipe de Thomas Bourgeron, à l’Institut Pasteur, plus de 200 gènes ont été identifiés. Dans certains cas, une seule variation génétique peut déclencher l’autisme. On parle de forme monogénique d’autisme. Dans d’autres, ce sont des milliers de variations génétiques qui, par un effet cumulatif, augmentent la probabilité d’apparition de l’autisme. On parle alors de forme polygénique d’autisme. Les gènes associés sont très souvent impliqués dans le neurodéveloppement et dans la manière dont les neurones se connectent. Beaucoup de gènes associés à l’autisme codent des protéines des synapses, c’est-à-dire les points de contact entre les neurones.
Il existe également d’autres facteurs. Il a par exemple été prouvé que la prise de médicaments antiépileptiques comme le valproate de sodium (Dépakine®, Dépakote®, Dépamide®,Micropakine® et ses génériques) par les femmes enceintes augmentait le risque de développement d’autisme chez le futur enfant. En outre, les complications périnatales ou une naissance prématurée peuvent jouer un rôle dans l’apparition des troubles.
#3- Peut-on parler « d’épidémie d’autisme » ?
Non. Il y a une hausse du nombre de personnes diagnostiquées mais il n’y a pas d’épidémie d’autisme.
Au printemps 2025, Robert Francis Kennedy Jr. a annoncé le lancement d’une enquête censée faire la lumière sur la supposée « épidémie d’autisme » en cours. La principale justification de cette enquête est la hausse du nombre de personnes diagnostiquées avec des troubles du spectre autistique (TSA) depuis 2000 aux Etats-Unis.
Cependant, cela ne veut pas dire pour autant qu’il y a une « épidémie d’autisme ». Il convient en effet de distinguer le nombre de cas réels et le nombre de cas diagnostiqués.
La hausse du nombre de personnes présentant des TSA s’explique par un dépistage amélioré et une redéfinition plus large des critères diagnostiques des troubles de l’autisme.
Jusqu'à récemment par exemple, les personnes présentant ce que l’on appelait autrefois un « syndrome d’Asperger », caractérisées par des difficultés relationnelles avec peu ou pas de difficultés cognitives, étaient très rarement diagnostiquées autistes. De plus, depuis la publication en 2013 de la cinquième édition du Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (DSM-5), document de référence pour la classification des troubles mentaux, les personnes autistes peuvent aussi recevoir un diagnostic de troubles de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), ce qui n’était pas le cas auparavant. Aujourd’hui, les personnes peuvent avoir le double diagnostic et cela a permis d’être plus précis et de mieux inclure les autistes avec TDAH. C’est le cas aussi pour les personnes avec déficience intellectuelle (DI). De nombreuses personnes qui avaient auparavant un diagnostic de DI isolée ont maintenant un diagnostic d’autisme avec DI.
On regarde dorénavant mieux leurs difficultés sociales, les intérêts restreints et les stéréotypies caractéristiques de l’autisme. Plus globalement, l’autisme est considéré comme un trouble varié, avec des signes plus ou moins marqués. La prise en compte de l’ensemble de cette variabilité entraîne de fait une augmentation du nombre de personnes diagnostiquées autistes.
Comme l’indique Thomas Bourgeron dans son livre Des gènes, des synapses, des autismes, « […] avant les années 2000, deux tiers des personnes diagnostiquées autistes avaient une déficience intellectuelle. En 2022, c’est l’inverse. »
Aujourd’hui, en s’appuyant sur les critères diagnostiques les plus récents, on estime qu’entre 1 et 2,3% de la population pourrait présenter des TSA.
Sources: Polygenic and developmental profiles of autism differ by age at diagnosis, Nature, 1er octobre 2025
Des gènes, des synapses, des autismes. Thomas Bourgeron.
Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (DSM-5-TR), publié par l'Association américaine de psychiatrie (American Psychiatric Association). Ce document décrit et classifie les troubles mentaux, dont l’autisme. Bien que critiqué, ce manuel reste largement utilisé. Depuis 2013, il inclut les personnes autrefois dites Asperger dans les TSA.





