Plusieurs vaccins codéveloppés par l’Institut Pasteur franchissent en 2026 des étapes décisives. Ces projets vaccinaux visent des maladies potentiellement mortelles, émergentes ou négligées : le chikungunya, le paludisme et les fièvres hémorragiques.
En 2026, l’Institut Pasteur franchit une étape majeure dans sa mission historique de lutte contre les maladies infectieuses. Tout au long de cette année, trois projets vaccinaux innovants entrent dans des phases décisives de leur développement :
- Un vaccin contre le chikungunya conçu pour être produit localement en Afrique et en Amérique du Sud, a passé les étapes des essais cliniques de phase I et II ; la future étape phase III est en cours de préparation.
- Deux vaccins contre des fièvres hémorragiques virales sont en cours de développement, issus de la plateforme technologique (MOPEVAC) de préparation aux pandémies.
- Un vaccin pentavalent unique contre cinq fièvres hémorragiques d'Amérique du Sud.
- Un vaccin contre la fièvre de Lassa (endémique en Afrique de l’Ouest) et autres arénavirus.
- Des vaccins nouvelle génération à ARN messager contre le paludisme, ciblant plusieurs stades du parasite pour une protection renforcée, vont pouvoir être étudiés grâce à l’obtention de plusieurs financements récents.
Ces avancées illustrent la capacité de l’Institut Pasteur à concevoir, en partenariat, des vaccins de nouvelle génération, de la recherche fondamentale jusqu’aux essais cliniques. Grâce à des plateformes technologiques développées dans ses laboratoires, l’Institut répond aux enjeux mondiaux de santé publique, en ciblant notamment les populations les plus exposées dans les pays à ressources limitées. Cette dynamique réaffirme le rôle central de la vaccination comme outil majeur de prévention, et la place de l’Institut comme acteur de référence dans l’innovation vaccinale.
1. Un vaccin contre le chikungunya accessible pour les populations exposées
Transmis par les moustiques du genre Aedes telles que Aedes albopictus (moustiques tigres) et Aedes aegypti, le virus du chikungunya provoque de violentes fièvres et des douleurs articulaires qui peuvent durer des mois, affectant lourdement la qualité de vie. Si les flambées épidémiques ont historiquement été limitées aux régions tropicales, le changement climatique et l'intensification des échanges internationaux ont permis au virus de s'étendre vers des zones tempérées, où le moustique tigre est désormais implanté.
Bien que deux vaccins soient récemment arrivés sur le marché, ils demeurent largement inaccessibles aux populations vivant en zones endémiques. Fabriqués en Europe, coûteux et principalement destinés aux voyageurs, ces produits ont un impact limité sur la santé publique mondiale. De plus, l'un de ces vaccins a déjà été retiré du marché.
Face à ce constat, l’Institut Pasteur développe un candidat vaccin reposant sur une technologie brevetée par l’Institut : un vecteur dérivé du vaccin contre la rougeole. Les essais cliniques de phase I et II ont démontré une excellente tolérance et une forte réponse immunitaire, y compris chez les personnes déjà vaccinées contre la rougeole. Une ou deux doses semblent suffisantes pour induire des anticorps protecteurs durables.
L’ambition du projet est de permettre une production locale en Afrique et en Amérique du Sud, rapprochant ainsi la fabrication des populations concernées et garantissant un accès équitable. Un essai clinique de phase I/III avec une démarche de désescalade par âge est prévu pour démarrer en 2027, en partenariat avec des instituts de recherche en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud. Baptisé ACT-CHIK, ce projet bénéficie d'un financement de 15,3 millions d’euros accordé par l’entreprise commune EDCTP3 dans le cadre du programme Horizon Europe.
Contrairement aux vaccins existants, le candidat MV-CHIK ciblera également les jeunes enfants, une population encore insuffisamment protégée. Cette initiative reflète une vision plus large : concevoir un vaccin pensé dès l’origine comme un outil de santé publique mondiale.
2. MOPEVAC : une plateforme vaccinale contre les fièvres hémorragiques
Après plus de 20 ans de recherche sur les arénavirus, l’Institut Pasteur a créé une plateforme vaccinale originale nommée MOPEVAC. En 2026, cette technologie franchit une nouvelle étape décisive avec le développement de deux vaccins :
- MOPEVAC-LAS, un vaccin contre la fièvre de Lassa, dont l’essai clinique de phase 1a est entré en préparation dès 2025, pour un démarrage concret en 2026.
- MOPEVAC new, un vaccin pentavalent ciblant cinq fièvres hémorragiques qui sévissent en Amérique du Sud, qui entre en phase de développement pharmaceutique. Ces maladies virales, causées par des arénavirus, présentent des taux de mortalité très élevés et constituent une menace importante pour les populations locales.
La plateforme MOPEVAC repose sur un principe ingénieux : elle utilise comme vecteur le virus Mopeia, un arénavirus non pathogène pour l'humain mais proche du virus Lassa. Les scientifiques ont modifié génétiquement ce virus en neutralisant un domaine immunosuppresseur commun à tous les arénavirus et en remplaçant ses glycoprotéines d'enveloppe par celles des virus pathogènes ciblés. Le vaccin obtenu reste capable de se répliquer dans l'organisme, ce qui permet d'induire une réponse immunitaire forte et durable, idéalement après une seule injection, un avantage crucial pour des zones parfois difficiles d'accès.
Cette modularité fait toute la force de MOPEVAC : en changeant simplement les glycoprotéines insérées, il est possible de créer des vaccins contre différents arénavirus. C’est le cas du vaccin MOPEVAC-LAS contre la fièvre de Lassa dont l'essai clinique de phase 1 va concrètement démarrer en 2026 (avec la première inclusion prévue au mois de septembre), mais aussi d’un second vaccin pentavalent unique dirigé contre cinq arénavirus circulant en Amérique du Sud. Le développement pré-clinique de ce candidat-vaccin est achevé et il entre désormais en phase de développement pharmaceutique.
MOPEVAC incarne une approche stratégique de préparation aux épidémies : en disposant d’une plateforme vaccinale modulable et éprouvée, l’Institut Pasteur se donne les moyens de répondre rapidement aux émergences virales futures.
3. L’ARN messager au service de la lutte contre le paludisme
Le paludisme reste l’une des maladies infectieuses les plus meurtrières au monde : 250 millions de cas et 600 000 décès chaque année, principalement en Afrique subsaharienne. La maladie est provoquée par plusieurs espèces de parasites du genre Plasmodium, notamment Plasmodium falciparum et Plasmodium vivax. Les vaccins actuellement disponibles contre Plasmodium falciparum offrent une protection partielle et de courte durée. Quant à Plasmodium vivax aucun vaccin n'existe à ce jour. Le besoin de vaccins plus efficaces, durables et capables de cibler plusieurs formes du parasite est donc immense.
C’est dans ce contexte que l’Institut Pasteur a lancé le projet mRNAMalVac, un programme ambitieux visant à développer des vaccins de nouvelle génération contre le paludisme grâce à la technologie de l’ARN messager (ARNm). Cette approche, qui a fait ses preuves lors de la pandémie de Covid-19, offre des avantages majeurs : elle permet de combiner plusieurs cibles antigéniques dans un même vaccin, accélère le développement et ouvre la voie à des stratégies vaccinales innovantes.
Le projet cible simultanément Plasmodium falciparum et Plasmodium vivax, en s’attaquant à plusieurs stades du cycle de vie complexe du parasite. Cette approche multi-antigénique vise à dépasser les limites des vaccins actuels en induisant une réponse immunitaire plus large et plus robuste. Les premières études précliniques sont encourageantes : les vaccins ARNm testés induisent une bonne réponse immunitaire et montrent des résultats prometteurs dans des modèles expérimentaux. Ces travaux établissent une preuve de concept pour cette nouvelle approche.
L’objectif est désormais d’identifier les combinaisons vaccinales les plus efficaces et de préparer les étapes nécessaires à un futur développement clinique. L’entreprise américaine Moderna met à disposition sa technologie pour l’évaluation préclinique de candidats-vaccins. Financé par l’Agence nationale de la recherche (ANR), ce projet illustre comment les technologies vaccinales de pointe peuvent être mises au service d’un enjeu de santé publique majeur pour les populations les plus vulnérables.
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À retenir :
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