Depuis mars 2026, une épidémie d’Ebola due à l’espèce rare Bundibugyo frappe la République Démocratique du Congo (RDC) et s’étend à l’Ouganda. Avec plus de 827 cas confirmés et 194 décès au 16 juin, cette flambée, l’une des plus graves de l’histoire, fait peser un risque élevé sur la région. Aucun vaccin ni traitement spécifique n’existe contre cette souche, et la détection tardive des premiers cas complique aujourd’hui la réponse sanitaire. Que sait-on de cette épidémie, et comment l’Institut Pasteur agit-il ?
Une épidémie d’Ebola frappe actuellement la République démocratique du Congo (RDC) et s’étend désormais à l’Ouganda. En cause : l’espèce Bundibugyo, une espèce peu connue du virus Ebola contre laquelle aucun vaccin ni traitement spécifique n'est aujourd’hui approuvé.
La situation inquiète les autorités sanitaires. L'épidémie a circulé pendant plusieurs semaines avant d'être détectée. Elle touche une région marquée par l'instabilité sécuritaire, les déplacements de population et un accès limité aux soins. Ces facteurs compliquent fortement la gestion de l’épidémie et la prise en charge des cas suspects.
Une épidémie de grande ampleur
Au 16 juin 2026, le bilan est de 827 cas confirmés , de 194 décès en RDC et en Ouganda (source OMS). Cela a conduit l’OMS à déclarer une urgence de santé publique de portée internationale.
En quelques semaines seulement, cette flambée est devenue l'une des plus importantes épidémies d'Ebola jamais enregistrées. Elle constitue déjà la deuxième plus grande épidémie observée en RDC depuis la découverte du virus en 1976, toutes espèces confondues.
Pourquoi l’épidémie a-t-elle été détectée si tard ?
Les premiers cas remonteraient au mois de mars 2026, mais la souche responsable n'a été identifiée officiellement que mi-mai.
La détection tardive de l’épidémie s’explique notamment par le faible accès aux soins dans la région de l’Ituri et par des outils diagnostiques principalement adaptés à l’espèce Zaïre du virus Ebola.
Des analyses réalisées dans des laboratoires de référence ont finalement permis d'identifier l’espèce Bundibugyo. Cette circulation silencieuse du virus pendant plusieurs semaines explique en partie l'ampleur déjà atteinte par l'épidémie lors de sa déclaration officielle.
Qu'est-ce que l’espèce Bundibugyo ?
L’espèce Bundibugyo du virus Ebola a été identifiée pour la première fois en 2007 en Ouganda. Les virus causant la maladie à virus Ebola font partie de la famille des filoviridae. L'épidémie actuelle constitue seulement la troisième flambée documentée impliquant cette espèce, après celles observées en Ouganda en 2007 et en RDC en 2012.
Sur le plan génétique, Bundibugyo est très éloignée de la souche Zaïre ; les différences entre les deux espèces atteignent environ 40 %. Ce qui limite l’efficacité des outils existants plutôt focalisés sur l’espèce Zaïre, responsable des grandes épidémies historiques.
Cette distance génétique a des conséquences concrètes. Les traitements basés sur les anticorps monoclonaux et surtout les vaccins développés contre Ebola Zaïre ne peuvent pas être transposés automatiquement à Bundibugyo.
La létalité historique de cette souche est actuellement estimée autour de 25 %. Elle est inférieure à celle observée lors de certaines épidémies dues à la souche Zaïre, mais reste suffisamment élevée pour constituer une menace majeure de santé publique.
Pourquoi n'existe-t-il pas de vaccin ?
À ce jour, aucun vaccin ni traitement n'est homologué spécifiquement contre la souche Bundibugyo.
La réponse repose donc sur les mesures classiques de santé publique : détection rapide des cas, isolement des patients, suivi des cas contacts et interruption des chaînes de transmission.
Cette situation souligne également la nécessité de développer des contre-mesures médicales capables de protéger contre plusieurs souches d’Ebola. En particulier, la réponse la plus adaptée à la menace que présente ces virus serait de développer un vaccin capable de protéger contre l’ensemble des Filovirus (Ebola Zaïre, Soudan, Bundibugyo, Taï forest et le virus Marburg) et de l’administrer de manière préventive aux populations à risque.
Quel rôle pour l’Institut Pasteur ?
En France, le Centre national de référence (CNR) des fièvres hémorragiques virales, coordonné par l'Institut Pasteur et basé à Lyon, assure la surveillance et le diagnostic de référence des infections à virus Ebola.
En cas de suspicion de cas importé sur le territoire français ou ultramarin, le CNR réalise les analyses de référence :
- confirmation diagnostique,
- détection du virus
- et séquençage génétique de la souche.
Parallèlement, l’Institut Pasteur contribue à la réponse internationale à l’épidémie via sa Cellule d’investigation des épidémies (Outbreak Investigation Task Force, OITF), qui mobilise des experts de sa réserve d’intervention pour appuyer les autorités sanitaires et les organisations internationales sur le terrain.
Les sciences sociales sont également essentielles pour comprendre les perceptions des populations et adapter les mesures de santé publique aux réalités locales. L’Institut Pasteur apporte cette expertise grâce à son unité Anthropologie et écologie de l’émergence des maladies qui a notamment fait des études dans la région de l’Ituri, aujourd’hui touchée par l’épidémie.
Enfin, l’unité de Biologie des infections virales émergentes développe des vaccins contre l’ensemble des fièvres hémorragiques virales, notamment les Filovirus comme Ebola.
À ce stade, le risque pour la France et ses territoires ultramarins demeure considéré comme faible. Les protocoles de gestion des cas suspects sont pleinement opérationnels.





