Autisme

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Plus d'1 personne sur 100 dans le monde pourrait recevoir un diagnostic de trouble du spectre autistique

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Historique

L’autisme a été décrit pour la première fois par les psychiatres Leo Kanner, en 1943, et Hans Asperger, en 1944. Depuis, la définition de l’autisme et ses critères diagnostiques ont évolué et les mécanismes biologiques impliqués, principalement génétiques, sont de mieux en mieux connus. Dès les années quatre-vingt, la psychiatre britannique Lorna Wing rompt avec la conception de l’autisme comme une entité binaire (soit présent, soit absent) et suggère que l’autisme correspond davantage à un ensemble de symptômes dont l’intensité se situe sur un continuum. Par exemple, si l’on considère la communication sociale, les troubles peuvent varier d’une difficulté dans l’établissement des interactions avec autrui à un retrait social majeur. Avec cette nouvelle approche, Lorna Wing a émis l’hypothèse que l’autisme serait une condition plus fréquente qu’on ne le supposait à l’époque.

Classification

La classification et le diagnostic des troubles du spectre autistiques (TSA) sont en constante évolution. Ils sont aujourd’hui intégrés au sein de la catégorie des troubles du neurodéveloppement (TND), au même titre que les troubles du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H), la déficience intellectuelle, les troubles de la coordination motrice, ou les troubles spécifiques des apprentissages. Le neurodéveloppement désigne l’ensemble des mécanismes qui vont guider la façon dont le cerveau se développe, orchestrant les fonctions cérébrales (fonctions motrices, exécutives, d’intégration sensorielle, langagières, émotionnelles, de raisonnement, etc.). Il s’agit d’un processus dynamique, influencé par des facteurs biologiques, génétiques, socioculturels, affectifs et environnementaux. Le neurodéveloppement débute très précocement, dès la période prénatale, pour se poursuivre jusqu’à l’âge adulte. Ce flux maturatif modifie chaque jour les capacités de l’enfant. Il est plus ou moins rapide selon les individus, mais il suit des étapes incontournables. Ces processus développementaux peuvent montrer un certain degré de diversité et dans certains cas conduire à un TND.

Symptômes et troubles associés

Un individu avec TSA peut présenter à tout âge la totalité ou partie de ces symptômes (liste de symptômes fréquents, non exhaustive) :

  • champs d'activités / d’intérêts restreints
  • difficultés à s’intégrer socialement, préférence pour la solitude
  • évitement du contact visuel
  • difficulté à comprendre/déceler les sentiments d’autrui
  • langage absent ou présence d’un retard de langage/ de troubles du langage
  • tendance à répéter des syllabes, mots ou expressions stéréotypées (écholalies)
  • comportements répétitifs (ex. balancements, torsion de membres)
  • difficulté à s’adapter aux changements de routine / d'environnement
  • hyper- ou hypo-sensorialité (aux sons, à la lumière, aux odeurs, aux goûts etc.)

Les TSA sont également fréquemment associés à d’autres troubles neurodéveloppementaux (TND) tels que les troubles du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H), les troubles du développement de la coordination, les troubles spécifiques des apprentissages ou la déficience intellectuelle, mais aussi à des troubles psychiatriques tels que les troubles anxieux (en particulier la phobie sociale ou le trouble anxieux généralisé), les troubles bipolaires, voire schizophréniques, ou encore à d’autres maladies telles que l’épilepsie ou les colopathies fonctionnelles (ex. constipation). Il est également fréquent que les individus avec autisme présentent des troubles du sommeil et/ou de l’alimentation.

Ce n’est malheureusement que très récemment que ces troubles associés ont été pris en compte dans la recherche. Ils sont en effet extrêmement importants, tant pour comprendre l’origine des TSA que pour améliorer l’accompagnement des personnes concernées.

Épidémiologie

Les études estiment que dans le monde, 5 à 15% des enfants ont un trouble neurodéveloppemental (TND) (gradient de sévérité très large) et que plus d’une personne sur 100 pourrait recevoir un diagnostic de TSA. Pour une raison encore indéterminée, les garçons sont plus fréquemment diagnostiqués avec un TSA (dans une fréquence 4 à 8 fois supérieure à celle observée chez les filles). La probabilité d’avoir un enfant avec TSA est 10 à 20 fois plus élevée dans les familles où les parents ont déjà eu un enfant autiste. De plus, les jumeaux monozygotes (« vrais jumeaux ») partagent le diagnostic d’autisme plus fréquemment que les jumeaux dizygotes (« faux jumeaux »).

Diagnostic

Le diagnostic des TSA est clinique. Il est basé sur une évaluation multidimensionnelle précise, détaillée et individualisée, portant sur les différents aspects du développement et du fonctionnement de l’individu ainsi que sur son environnement, et ce, dans des contextes variés.

Cette évaluation relève d’une démarche coordonnée entre la personne, sa famille et les professionnels concernés, et permet d’établir le projet personnalisé d’accompagnement éducatif et thérapeutique. Elle repose sur :

  • des observations recueillies à l’aide de questionnaires auprès des proches de l’enfant (en particulier ses parents) mais aussi auprès des professionnels qui l’entourent au quotidien — dans les divers lieux d’accueil qu’il ou elle fréquente, à la crèche, à l’école ou au travail, pour les  plus  âgés.
  • des tests standardisés (tests de langage, des habiletés motrices, etc.) appropriés à l’âge de l’individu, à son profil de développement, à son comportement et au contexte de test, tout en privilégiant les tests et échelles validés (recommandation de la Haute autorité de santé HAS).

Origines

Il existe des facteurs génétiques et des facteurs environnementaux associés aux TSA. Parmi les facteurs dits environnementaux, la prise de certains médicaments pendant la grossesse (ex. l’acide valproïque) ou certaines infections virales ont été rapportées. La plus grande contribution est cependant génétique, avec dans certains cas, une seule mutation responsable de l’autisme qui peut apparaître de novo — c’est-à-dire apparaître chez l’enfant alors qu’elle était absente chez les parents. Dans d’autres cas, c’est la combinaison de plusieurs variations génétiques qui vont augmenter la probabilité de développer un TSA. Plus de 200 gènes ont déjà été associés aux TSA et de nouveaux gènes sont identifiés régulièrement. Les études ont également révélé qu'une part importante des variations génétiques associées à l'autisme sont partagées par d'autres conditions telles que les troubles de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H) et la déficience intellectuelle.

Traitement et prise en charge

Il n’existe encore aucun traitement médicamenteux ayant fait preuve d’efficacité pour améliorer les grandes difficultés que l’on peut observer chez certaines personnes avec autisme. La prise en charge des TSA est uniquement symptomatique (ce sont les symptômes qui sont traités et non les origines des troubles) et passe actuellement par des stratégies thérapeutiques non médicamenteuses personnalisées : rééducation orthophonique, psychoéducation, rééducation psychomotrice. Ces dernières sont d’autant plus efficaces lorsqu’elles sont appliquées à un stade précoce du développement de l’individu. Plusieurs essais thérapeutiques, médicamenteux ou non, sont en cours pour identifier des stratégies thérapeutiques plus efficientes.

Les essais médicamenteux

Bien qu’il n’existe actuellement aucun traitement médicamenteux pour les patients TND, la recherche suggère que la gravité de certains symptômes pourrait être réduite, même chez l’adulte. Des essais cliniques spécifiques réalisés chez des patients porteurs de mutations du gène SHANK3 vont bientôt être réalisés. À l’aide de cellules de peau des patients reprogrammées en neurones (cellules souches pluripotentes induites iPSC), un criblage à haut débit de molécules pharmacologiques a pu être réalisé et a permis l'identification d’un élément chimique, le lithium, pouvant restaurer le niveau d'expression du gène SHANK3. Un premier essai clinique va être mis en place à l’hôpital Robert-Debré. L’objectif principal de cette étude est d’évaluer l’effet du lithium à 12 semaines comme un nouveau traitement pour le déficit de communication sociale chez les patients atteints du syndrome de Phelan McDermid (une forme d’autisme dont la très grande majorité des patients sont mutés dans le gène SHANK3). Son effet positif sur les symptômes du déficit social pourrait représenter une nouvelle perspective pour d’autres formes syndromiques d’autisme. Des essais thérapeutiques avec d’autres molécules sont en cours, notamment dans le cadre du projet européen AIMS-2-Trials (voir ci-dessous).

À l’Institut Pasteur

À l’Institut Pasteur, l’unité de recherche Génétique Humaine et Fonctions Cognitives (GHFC) dirigée par Thomas Bourgeron, Professeur à l’Université de Paris, réalise des recherches multidisciplinaires regroupant des expertises en génétique et en imagerie cérébrale structurale et fonctionnelle afin de mieux comprendre le fonctionnement du cerveau et les troubles neuro-développementaux. L’unité a été la première à confirmer la piste génétique de l’autisme en identifiant, en 2003, des mutations affectant deux gènes localisés sur le chromosome X et appelés NLGN3 et NLGN4X. Depuis, d’autres gènes associés aux TSA ont été mis en évidence par l’équipe.

Pour en savoir plus sur les travaux de Thomas Bourgeron et son équipe

Les travaux actuels de l’unité se concentrent sur :

  • l’identification de nouveaux gènes de vulnérabilité aux TSA et la caractérisation de leurs spécificités ;
  • la stratification de l’autisme en intégrant le séquençage complet du génome et l’imagerie cérébrale ;
  • la compréhension des mécanismes biologiques de l’autisme, entre autres ceux impliqués dans la connectivité du cerveau et dans les déficits en mélatonine (en lien avec les troubles du sommeil, présents chez plus de la moitié des personnes avec autisme) ;
  • la compréhension des raisons pour lesquelles certains individus sont résilients aux conséquences sévères de certaines mutations génétiques, c’est-à-dire qu’ils n’ont pas (ou peu) de symptômes, alors qu’ils sont porteurs de mutations connues pour être impliquées dans les TND.

Voir la conférence de Thomas Bourgeron « Que nous apprend la recherche génétique sur l’autisme ? » (Genève, 2020)

Les travaux en collaboration avec le centre d’Excellence InovAND de l’hôpital Robert-Debré

Plusieurs projets sont engagés en étroite collaboration entre l’Institut Pasteur et le centre d’Excellence InovAND localisé au sein de l’hôpital universitaire Robert-Debré (AP-HP) et dirigé par le Professeur Richard Delorme. Au sein du service de pédopsychiatrie, les familles sont accueillies dans les unités pour évaluer les enfants et leur proposer des parcours d’accompagnement individualisés. Les analyses des génomes complets sont effectuées par le service de génétique (Dr Anne-Claude Tabet). Plusieurs projets sont en cours pour mieux comprendre la récurrence et les premiers signes de l’autisme chez les jeunes enfants ainsi que les liens avec les anomalies neuro-anatomiques et génétiques identifiées. Les parents et les frères et sœurs sont également, s’ils le souhaitent, évalués dans le même service (évaluation des antécédents médicaux et psychiatriques, entretien clinique de recherche, évaluation cognitive) afin de mieux comprendre la transmission des gènes associés à l’autisme au sein des familles. Un projet spécifique pour les familles comportant plus d’une personne avec TSA ou TND a été récemment mis en place (projet Familles “multiplexes”).

Pour en savoir plus sur le service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’hôpital Robert-Debré

Les projets de recherche européens : AIMS-2-Trials et CANDY

Le projet AIMS-2-Trials est financé par l’Union Européenne et regroupe 48 partenaires académiques et industriels. Il a pour objectif d’identifier de nouveaux biomarqueurs de l’autisme permettant d’améliorer le diagnostic d’une part, et l’élaboration de traitements d’autre part. Des essais thérapeutiques mettant en jeu différentes molécules (ex. l’Arbaclofen) sont en cours dans le cadre de ce consortium. Le projet européen  CANDY regroupe les mêmes équipes et s'intéresse en plus aux conditions comme les troubles du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H) et l'épilepsie, qui sont présentes plus fréquemment chez les personnes avec autisme qu'au sein la population générale. Ces projets incluent des milliers de participants, à la fois des nouveau-nés, des enfants et des adultes, et suivent leur développement sur plusieurs années. Dans le cadre de ces projets, des données cliniques, génétiques et d’imagerie cérébrale sont collectées, ce qui permettra d’acquérir une compréhension d’ensemble de l’autisme, à différentes échelles. Cette quantité de données sans précédent dans les études sur les TSA en Europe devrait permettre d’identifier des sous-groupes d'individus, et de contribuer à la découverte de traitements adaptés à ces différents sous-groupes. L’équipe de l’Institut Pasteur est responsable des analyses génétiques et de l’hébergement de la base de données de ces deux projets (les données sont centralisées et partagées par le consortium).

Novembre 2021


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