Directrice adjointe du Centre de Vaccinologie et Immunothérapie de l'Institut Pasteur, Guillemette Masse-Ranson conjugue expérience industrielle et passion pour la recherche académique. Sa mission : transformer la manière dont les vaccins sont développés en brisant les silos entre départements, en accélérant le passage de la paillasse à la clinique, et en connectant les chercheurs pasteuriens aux réseaux internationaux. De l'ARN messager aux vaccins sans piqure de demain, rencontre avec celle qui veut réinventer l'héritage de Louis Pasteur avec les outils du XXIe siècle.
Une enfance bercée par la science et l'empathie
Née dans le nord de la France et installée en région parisienne à l'âge de cinq ans, Guillemette Masse-Ranson grandit dans un univers où science et empathie se côtoient naturellement. Sa mère, docteure en pharmacie, a créé un lieu à part : un espace d’accueil où les patients peuvent s’asseoir, partager un moment convivial et prendre le temps de se confier.

À l’âge de cinq ans, j'ai appris à lire sur les boîtes de médicaments. J'allais chercher en fond d'officine, maman me disait : 'Rhinathiol',
ce n'était pas facile à lire, mais je trouvais le sirop en question !
Entre les consultations pharmaceutiques et la gestion familiale d'une usine de faïence d'art bicentenaire qui finira par fermer, la jeune Guillemette développe tôt une double sensibilité : le pragmatisme économique de son père et l'empathie soignante de sa mère. Entourée de chiens, chats, tortues, chinchillas et tourterelles, elle rêve de devenir vétérinaire ou médecin. Sa vocation de soignante prendra finalement un autre chemin.
Un parcours de chercheuse entre académie et industrie
Guillemette s’oriente vers la biologie et la génétique et découvre sa vraie passion : l'immunologie. Sa curiosité naturelle va pouvoir se nourrir de ces nouvelles connaissances. L’immunologie est une discipline qui en connecte beaucoup d’autres (virologie, microbiologie, parasitologie mais aussi neurologie, métabolisme). Le champ des possibles est inouï. Elle réalise son premier stage à l'Institut Pasteur en 2001, chez le parasitologue Gordon Langsley. L’équipe étudie Theileria, un parasite présent dans les élevages bovins. Lors de cette formation, elle rencontre James Di Santo, son futur directeur de thèse de 2003 à 2007. Sa carrière la mène de l'immunologie fondamentale à la virologie appliquée, avec un post-doctorat sur le VIH à l'Institut Cochin. Plus tard, Guillemette approfondit son travail en start-up en élaborant des vaccins en santé humaine et vétérinaire à l’Institut Gustave Roussy. Elle rejoint de nouveau l’équipe de James Di Santo en 2013, où elle développe de nouveaux projets pour la virologie et la vaccinologie. « J'ai toujours eu envie de faire de la science qui servirait la santé humaine ».
Le tournant majeur intervient en 2020, en pleine pandémie de Covid-19, lorsqu'elle rejoint Moderna à Boston comme directrice d'équipe de recherche. Son équipe établit des modèles précliniques pour tester l’efficacité des vaccins. Elle travaille également sur l’utilisation de l’ARN pour des cellules souches dans le but de soigner des maladies rares.
Boston : un décollage !
« C'était génial d'un point de vue personnel et professionnel, un véritable décollage », confie-t-elle. Là-bas, elle baigne dans la « can-do attitude » américaine (attitude positive : c’est possible !) et participe à la caractérisation de la technologie ARN messager.

La technologie ARN apparaissait très nouvelle pour les vaccins, même si elle avait débuté dans les années 90. Personne n'osait vraiment, mais certaines entreprises n'ont jamais perdu l'espoir et se sont lancées. Cette technologie a accéléré la vaccinologie mais on voit également qu’elle est en train de révolutionner l’Immuno-oncologie et de donner de nouveaux espoirs de traitement en maladie rare également
Décloisonner pour mieux innover
Depuis environ un an et demi, Guillemette occupe le poste de directrice adjointe du Centre de Vaccinologie et Immunothérapie (CVI) de l'Institut Pasteur, aux côtés de James Di Santo, qui a créé ce centre. Sa mission ? Briser les silos.
Le CVI accompagne les équipes travaillant sur des candidats vaccins à différent degrés de maturité. Sur le campus il y a une grande diversité de pathogènes ciblés : Chikungunya, Paludisme, Peste, Shigelle et beaucoup d’autres candidats en phase de recherche plus précoce.
L’ambition du CVI dépasse les frontières hexagonales : connecter l'Institut Pasteur aux réseaux européens et internationaux, fluidifier les échanges avec les agences réglementaires, et surtout, franchir cette fameuse « vallée de la mort entre la préclinique et la clinique ». En accédant à des financements, l’Institut Pasteur se positionne pour combattre les futures pandémies.
Forte de son expérience industrielle, elle insiste sur l'importance de la « collégialité entre les fonctions de recherche et les fonctions support, comme la direction des Applications de la recherche et des relations Industrielles à l’Institut Pasteur, essentielle à la maturation de la recherche dite translationnelle (une recherche qui fait le lien entre les connaissances fondamentales et les besoins cliniques pour les patients ».
Son rêve ? « Aider le développement de vaccins simples et efficaces, que l’on peut pulvériser soi-même dans le nez ou encore a poser en patch sur son bras.

Quand on protège les muqueuses, on ferme les portes d’entrée de certains virus ou bactéries et on limite aussi les transmissions. De plus, beaucoup de personnes –enfants et adultes- ont une peur panique des aiguilles.
Avec son énergie pragmatique et sa simplicité naturelle à créer des ponts, Guillemette Masse-Ranson incarne cette nouvelle génération de scientifiques capables de faire dialoguer la recherche fondamentale et l'innovation thérapeutique.
Guillemette Masse-Ranson en quelques dates
Depuis janvier 2025 : Directrice adjointe du Centre Vaccins et Immunothérapies (CVI), Institut Pasteur, Paris, France
Août 2020 – Juin 2024 – Moderna, Cambridge, États-Unis :
- 2023 – 2024 : Directrice scientifique – Immunologie des maladies infectieuses, supervision : Galit Alter
- 2022 – 2023 : Directrice scientifique associée – Immunologie des maladies infectieuses, supervision : Galit Alter
- 2020 – 2022 : Directrice scientifique associée – Immunologie de plateforme, supervision : Rodrigo Mora
- 2013 – 2019 : Chercheuse senior supervision : James DI Santo
- 2010 – 2013 : Cheffe de projet (VIH-1, latence), Viroxis SA – Institut Gustave Roussy / CNRS UMR 8122 (Villejuif), supervision : Thierry Heidmann
- 2007 – 2009 : Chercheuse postdoctorante (stratégies vaccinales contre le VIH), INSERM U567 – Institut Cochin Paris, France, supervision : Stéphane Emiliani.

