Deux méta-analyses menées par des chercheurs de l’Institut Pasteur montrent que le risque de complications graves liées à l’hépatite B chronique est sous-estimé chez certains patients. Ces travaux ont directement contribué à la mise à jour des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) permettant à davantage de personnes d’accéder plus tôt au traitement antiviral.
Des chercheurs de l’Institut Pasteur publient dans The Lancet Gastroenterology & Hepatology deux méta-analyses qui remettent en question les critères d’accès au traitement contre l’hépatite B chronique — et contribuent à faire évoluer les recommandations mondiales de santé.
Une maladie silencieuse mais aux conséquences graves
L’hépatite B chronique touche environ 300 millions de personnes dans le monde. Elle peut évoluer silencieusement sur des années vers des complications sévères : cirrhose, cancer du foie, voire décès prématuré. Jusqu’à récemment, les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) limitaient l’accès au traitement antiviral, chez les personnes sans cirrhose, à celles qui présentant une charge virale élevée — c’est-à-dire une grande quantité de virus dans le sang, au-delà de 20 000 unités par millilitre (UI/mL). En dessous de ce seuil, la plupart des patients n’étaient généralement pas éligibles au traitement.
Un risque sous-estimé à des charges virales plus faibles
Yusuke Shimakawa et son équipe ont conduit deux méta-analyses en combinant les données de nombreuses études existantes. Leurs résultats sont sans appel : si le risque de complications augmente effectivement avec la charge virale, il reste significatif bien en dessous du seuil jusqu’alors retenu. Par ailleurs, des taux élevés d’enzymes hépatiques — les ALT, marqueurs d’une inflammation du foie — constituent eux aussi un facteur de risque important. En d’autres termes, une partie des patients en danger se trouvait jusqu’ici exclue des critères de traitement de l’OMS.
La seconde méta-analyse confirme l’efficacité des traitements antiviraux chez les patients présentant une charge virale élevée ou des ALT anormales. Des incertitudes subsistent pour les cas les plus légers, une piste que les chercheurs appellent à approfondir, notamment en Afrique subsaharienne où la maladie est particulièrement fréquente.
Des résultats qui font bouger les lignes à l’échelle mondiale
Ces travaux ont directement alimenté la révision des recommandations de l’OMS publiées en 2024 : chez les personnes sans cirrhose ni fibrose significative, le seuil de charge virale à partir duquel traiter a été abaissé de 20 000 à 2 000 UI/mL, en association avec une élévation des ALT. Concrètement, cela signifie qu’un plus grand nombre de patients pourront bénéficier d’un traitement antiviral plus tôt, réduisant ainsi les risques de complications graves. Une avancée qui s’inscrit dans l’ambition mondiale d’éliminer les hépatites virales comme menace de santé publique d’ici à 2030.
Sources :
- Natural history of chronic hepatitis B in untreated adults without cirrhosis according to baseline hepatitis B virus DNA and alanine aminotransferase concentrations: a systematic review and meta-analysis. Daniela Yucuma, Arthur Rakover, Zakary Ismail Warsop et al., The Lancet Gastroenterology & Hepatology, mai 2026.
- Efficacy of antiviral therapy in adults with chronic hepatitis B according to baseline hepatitis B virus DNA and alanine aminotransferase concentrations: a systematic review and meta-analysis. Yu Ri Im, Si Emma Chen, Rukmini Jagdish et al., The Lancet Gastroenterology & Hepatology, mai 2026.





