Des scientifiques de l'Institut Pasteur ont identifié un mécanisme jusqu'ici méconnu par lequel des anticorps (anti-PD-1), utilisés en immunothérapie contre de nombreux cancers, amplifient la réponse immunitaire bien au-delà de la tumeur elle-même. En activant des récepteurs spécifiques (FcγR) dans les ganglions lymphatiques, ces anticorps déclenchent un afflux de nouveaux lymphocytes T anti-tumoraux circulants. Ces résultats ouvrent des pistes concrètes pour concevoir des immunothérapies plus efficaces.
Les immunothérapies « anti-PD-1 » ont profondément modifié la prise en charge de nombreux cancers. Ces anticorps thérapeutiques lèvent un frein moléculaire qui paralyse les lymphocytes T, les cellules du système immunitaire chargées de détruire les cellules cancéreuses. En restaurant leur activité, ils permettent à l'organisme de mieux combattre la tumeur.
Ce que l'on savait sur les anticorps anti-PD-1
On savait déjà que les ganglions lymphatiques proches de la tumeur jouent un rôle central dans cette réponse : c'est là que les lymphocytes T sont activés avant d'être envoyés au combat. Mais le mécanisme précis par lequel le traitement recrute de nouveaux lymphocytes T circulants vers ces ganglions restait, jusqu'ici, inconnu.
Comment l'anticorps thérapeutique « met en alerte » le ganglion ?
Marion Guérin, chercheuse au sein de l'unité Dynamique des réponses immunitaires de l'Institut Pasteur (anciennement dirigée par Philippe Bousso, aujourd'hui par Capucine Grandjean) a observé qu'un traitement anti-PD-1 provoque un gonflement rapide des ganglions drainants, accompagné d'un afflux massif de cellules immunitaires de toutes natures.
Ce phénomène repose sur une interaction inattendue. L'anticorps thérapeutique agit comme un « pont » entre les lymphocytes T sur lesquels il se fixe et d'autres cellules immunitaires présentes dans le ganglion, via des récepteurs appelés FcγR. « Une activation faible à modérée de ces récepteurs suffit à déclencher une cascade de signaux et la production d'interféron de type I, des molécules signales qui déclenchent une réponse immunitaire rapide. En quelques heures, de nombreuses cellules immunitaires circulantes sont attirées vers le ganglion, dont de nouveaux lymphocytes T capables de rejoindre la lutte contre la tumeur » explique Marion Guérin.
Ce mécanisme est distinct de l'effet précédemment montré par l’équipe de l'anti-PD-1 sur la prolifération des lymphocytes T au sein des ganglions : les deux voies sont complémentaires.
Quelles perspectives pour les traitements ?
Ces résultats ont été confirmés avec le nivolumab, un anticorps anti-PD-1 utilisé chez les patients, ce qui renforce la portée clinique de la découverte. Ils suggèrent que la conception des futures immunothérapies pourrait intégrer une calibration précise de la structure des anticorps pour optimiser leur interaction avec les récepteurs FcγR et maximiser le recrutement de lymphocytes T dans les ganglions drainants.
Le même mécanisme a été observé avec l'anti-TIM-3, un autre anticorps thérapeutique ciblant le système immunitaire, ce qui lui confère une portée générale au-delà du seul ciblage de PD-1.
Ces travaux ont bénéficié du soutien de l'INSERM, de la Fondation ARC, de la Ligue contre le Cancer, d'une Advanced grant (ENLIGHTEN) du Conseil européen de la recherche, des Investissements d'Avenir program gérés par l'ANR.
Source :
Lymph node fine-tuning FcgR signaling boosts anti-PD-1 therapy, Journal for immunotherapy of cancer, 12 juin 2026.
Les travaux sur les mécanismes des immunothérapies anticancéreuses s'inscrivent dans la priorité scientifique « Genèse des maladies - Étudier les mécanismes sous-jacents des maladies non transmissibles et de l'inflammation » du plan stratégique Pasteur 2030.





