Paludisme : une démarche innovante

Des chercheurs de l'Institut Pasteur ont mis au point une démarche originale pour concevoir à partir d'observations cliniques chez l'homme un candidat vaccin contre le paludisme. Ils ont recherché, au sein de populations infectées par le paludisme, quels étaient les antigènes déclenchant des réponses immunitaires capables d'éliminer le parasite Plasmodium falciparum. Dans un essai clinique de phase I, ils ont montré que les anticorps protecteurs induits par la vaccination étaient très efficaces : égaux voire supérieurs à ceux observés chez les individus naturellement protégés vivant en zone d'endémie, et de longue durée. Ces résultats laissent espérer qu'il sera bientôt possible de développer enfin un vaccin efficace contre cette terrible maladie.

 

 

Communiqué de presse
Paris, le 8 novembre 2005

 

 

Le paludisme tue un enfant toutes les 30 secondes en Afrique et au total entre 1 et 3 millions de personnes par an dans le monde, selon les estimations de l’OMS, et l’on estime à 500 millions le nombre de cas cliniques survenant chaque année. Pourtant, en raison essentiellement de la grande complexité du cycle de développement du parasite Plasmodium falciparum responsable de cette maladie, aucun vaccin réellement efficace n’a encore pu être mis au point pour enrayer cette terrible maladie.

La plupart des candidats-vaccins contre le paludisme ont été sélectionnés en fonction des réponses immunitaires qu’ils déclenchent chez l’animal. Mais ils se sont souvent révélés décevants lors du passage aux essais cliniques chez l’homme. Pour contourner cette difficulté, l’équipe de Pierre Druilhe, de l’Unité de Parasitologie Biomédicale à l’Institut Pasteur, a développé une approche innovante pour sélectionner des candidats vaccins qui soient efficaces chez l’homme.

En partant du constat que les réponses immunitaires provoquées par le parasite Plasmodium falciparum sont extrêmement spécifiques de son hôte naturel, l’homme, les chercheurs de l’Institut Pasteur ont suivi une démarche originale : ils ont recherché directement chez des individus ayant développé une réponse immunitaire protectrice contre le parasite quelles protéines avaient déclenché cette réponse. En effet, en zone d’endémie, les individus continuellement exposés qui ont survécu dans l’enfance, atteignent à l’âge adulte un état de « prémunition » qui constitue la plus forte protection connue contre le paludisme.

En étudiant les protéines parasitaires reconnues par le sérum de sujets « prémunis », vivant en zone d’endémie en Afrique et en Asie, les chercheurs ont pu mettre en évidence l’intérêt d’un nouvel antigène, dénommé MSP3. Il existe en effet une très forte corrélation entre la présence d’anticorps dirigés contre cet antigène et la protection acquise par exposition naturelle à l’infection.

Dans un essai clinique de phase I, les chercheurs de l’Institut Pasteur ont montré que MSP3 induisait chez l’homme la production d’anticorps capables d’éliminer le parasite. Les analyses ont montré que ces anticorps étaient aussi efficaces, ou plus efficaces, que ceux produits par des adultes africains « prémunis », pour éliminer les parasites, aussi bien in vitro en culture, que in vivo chez des souris humanisées. L’essai clinique a également révélé que ce candidat vaccin conférait des anticorps protecteurs de longue durée et qu’il était dénué d’effets secondaires chez l’homme*. Fait notable, l’antigène MSP3 n’est pas polymorphe, c’est-à-dire qu’il ne présente pas de différences d’un parasite à l’autre qui permettraient à certains d’échapper aux anticorps induits par le vaccin.

Ces résultats prometteurs, qui devront être confirmés par des essais de phase II, confirment l’intérêt de la démarche suivie par l’équipe de l’Institut Pasteur et soulèvent de grands espoirs quant au développement dans l’avenir d’un traitement vaccinal efficace contre ce fléau mondial qu’est le paludisme.

Ce travail a été financé par:

Essai clinique : European Malaria Vaccine Initiative

Analyse biologique, immunologique et corrélats de protection : Institut Pasteur, Unité de Parasitologie Bio-Médicale et programme PAL+ du Ministère de la Recherche

Sources

" A Malaria Vaccine that Elicits in Humans Antibodies Able to Kill Plasmodium falciparum" PLoS Med, 11, vol 2, 8 Novembre 2005
Pierre Druilhe (1), François Spertini (2), Soe Soe (1), Giampietro Corradin (3), Pedro Mejia (1), Subhash Singh (1), Régine Audran (2), Ahmed Bouzidi (4), Claude Oeuvray (1), Christian Roussilhon (1)

1. Unité de Parasitologie Médicale, Institut Pasteur, Paris
2. Division d’Immunologie et Allergie, Centre Hospitalier Universitaire Vaudois, Lausanne
3. Institute of Biochemistry, University of Lausanne, Epalinges, Switzerland
4. SedacTherapeutics, Lille, France

" Phase I Malaria Vaccine Trial With A Long Synthetic Peptide Derived From The MSP3 Antigen " : Infection and Immunity, 2005 in press(2),

1. Division d’Immunologie et Allergie, Centre Hospitalier Universitaire Vaudois, Lausanne
2. Institute of Biochemistry, University of Lausanne, Epalinges, Switzerland
3. Unité de Parasitologie Médicale, Institut Pasteur, Paris
4. European Malaria Vaccine Initiative, Center of International Health, Bergen University, Norway

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Nadine Peyrolo, Bruno Baron
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