Vie et mort des neurones : comment un virus peut tout contrôler

Des chercheurs de l'Institut Pasteur et du CNRS viennent de découvrir que le virus de la rage exprime dans l'une de ses protéines une région clé qui lui permet de maintenir en vie les neurones humains qu'il infecte, condition sine qua non à sa propagation dans l'organisme. En identifiant les mécanismes qui modulent la survie ou la mort des neurones, ces recherches pourraient ouvrir la voie à des perspectives thérapeutiques, potentiellement applicables au traitement de maladies neurodégénératives ou d'autres pathologies.

 

 

Communiqué de presse
Paris, le 19 janvier 2010

 

 

Des chercheurs de l’Institut Pasteur et du CNRS, au sein de l’unité de Neuroimmunologie virale, dirigée par Monique Lafon, et de l’unité de Résonance magnétique nucléaire, dirigée par Muriel Delepierre, viennent d’identifier dans la protéine d’enveloppe du virus de la rage, appelée protéine G, une région clé capable d’induire soit la survie soit la mort des neurones humains infectés. Les scientifiques ont montré que cette région clé formée par les tout derniers acides aminés de la protéine constituait un site d’interaction essentiel à ces fonctions. Cette région s’est révélée en effet contrôler l’affinité de la protéine G et la nature les protéines du neurone avec laquelle la protéine virale interagit.

Pour assurer son cycle infectieux dans le système nerveux de l’hôte, le virus de la rage doit maintenir en vie les neurones qu’il infecte. Les souches virales atténuées, comme celles qui ont permis l’éradication par la vaccination de la rage sauvage en France, en sont incapables, et sont donc ainsi rendues non virulentes. Pour déterminer la région clé de la protéine G nécessaire au virus pour maintenir ses cellules-cibles en vie, les scientifiques ont utilisé des virus chimériques recombinés, exprimant des protéines G hybrides issues de souches virales virulente et atténuée. Ils ont ainsi montré qu’une seule mutation de cette région suffisait à modifier la nature des partenaires cellulaires et à induire la mort des neurones infectés, faisant ainsi perdre au virus rabique sa pathogénicité.

Les chercheurs s’attachent à présent à comprendre les mécanismes de signalisation moléculaire impliqués et à identifier des molécules de synthèse -peptides issus de la protéine G, ou des molécules les mimant- à visée thérapeutique. Il serait en effet envisageable d’utiliser ce morceau-clé de protéine G, ou d’une molécule de synthèse dérivée le mimant, pour induire la survie ou la régénération neuronale, ou au contraire pour tuer des cellules tumorales, qui se multiplient de manière anarchique. Ces travaux, aujourd’hui encore très fondamentaux, pourraient alors ouvrir le champ à des perspectives thérapeutiques, notamment dans le domaine du traitement des maladies neurodégénératives et de la cancérologie.

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Ce travail a reçu le soutien financier de l’Agence nationale de la recherche

Photo : Virus de la rage, de la famille des Rhabdoviridae. (Grossissement X 560000) Image colorisée, Institut Pasteur.
Pour en savoir plus

    Lire notre fiche de documentation sur le virus de la rage

Source

Attenuation of Rabies Virulence: Takeover by the Cytoplasmic Domain of its Envelope Protein, Science Signaling, online le 19 janvier 2009.
Christophe Préhaud (1,2,3,&), Nicolas Wolff (1,4,5), Elouan Terrien (1,4,5), Mireille Lafage (1,2,3), Françoise Mégret (1,2,3), Nicolas Babault (1,4,5), Florence Cordier (1,4,5), Gene S. Tan (6), Elodie Maitrepierre (1,4,5), Pauline Ménager (1,2,3), Damien Chopy (1,2,3), Sylviane Hoos (1,7,5), Patrick England (1,7,5), Muriel Delepierre (1,4,5), Matthias J. Schnell (6), Henri Buc (1), and Monique
Lafon (1,2,3).

(1) Institut Pasteur Paris France
(2) Unité de Neuroimmunologie Virale
(3) CNRS URA 3015
(4) Unité de Résonance Magnétique Nucléaire des Biomolécules
(5) CNRS URA 2185
(6) Departments of Microbiology and Immunology, and Jefferson Vaccine Centre, Thomas Jefferson University, Philadelphia, PA, USA
(7) Plateforme de Biophysique des Macromolécules et de leurs Interactions
(&) 6 month leave at Thomas Jefferson University
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