Maladies émergentes : deux programmes européens pour mieux les combattre

Les 31 partenaires engagés dans les programmes européens de recherche majeurs PREDEMICS et ANTIGONE se rencontreront à l’Institut Pasteur le 6 novembre pour un séminaire commun. L’objectif de ces deux programmes, financés par l’Union européenne respectivement à hauteur de 11, 7 et 12 millions d’euros sur 5 ans, est d’étudier les modalités d’émergence des maladies infectieuses afin de renforcer les moyens de lutte et de prévention existants. Depuis leur lancement, PREDEMICS et ANTIGONE donnent lieu à un ensemble de travaux qui concernent notamment la modélisation de la diffusion et de l’évolution des pathogènes émergents et l’étude des interactions hôte-pathogène.

 

 

Communiqué de presse
Paris, le 5 novembre 2013

 

 

Une maladie émergente est une nouvelle maladie, en majorité d’origine infectieuse, qui apparaît et se propage au sein de la population humaine. D’autres maladies, anciennes ou quasiment disparues, peuvent aussi ré-émerger, ou coloniser d’autres zones géographiques, suite à des modifications de l’environnement.

Nouveau coronavirus MERS-CoV, grippe aviaire, la menace épidémique n’a jamais été aussi soutenue : d’après l’OMS, chaque année une nouvelle maladie fait son apparition dans le monde. La circulation croissante des hommes et des biens est en partie responsable, car immanquablement accompagnée par une hausse de la propagation des maladies infectieuses. Aujourd’hui plus que jamais, ces dernières représentent un enjeu considérable pour la santé publique et peuvent avoir de lourdes conséquences économiques. 

En réaction à la menace représentée par les maladies émergentes, l’Union européenne apporte  son soutien à deux programmes de recherche de grande envergure : PREDEMICS et ANTIGONE.

Le programme PREDEMICS

Financé à hauteur de 11,7 millions d’euros pendant 5 ans (2011-2016), PREDEMICS regroupe 17 partenaires. Le projet est coordonné par  Sylvie van der Werf à  l’Institut Pasteur. 

Le programme étudie quatre types de virus issus du réservoir animal et à fort potentiel de transmission à l’homme en Europe (grippe, hépatite E, rage, encéphalite japonaise et flavivirus associés). L’objectif majeur est de renforcer la compréhension des mécanismes complexes qui régissent les relations entre le virus et son hôte, et de cerner les grandes étapes de l’émergence pour améliorer les stratégies de prévention à mettre en place.

Le programme ANTIGONE

ANTIGONE rassemble 14 partenaires pendant 5 ans (2011-2016) avec un budget total de 12 millions d’euros. Le programme est coordonné par Thijs Kuiken de l’Erasmus University Medical Center, à Rotterdam.

Le programme Antigone tente de déterminer les facteurs qui interviennent dans la dangerosité des pathogènes issus du monde animal. Les équipes mobilisées s’intéressent notamment aux mécanismes par lesquels les virus et bactéries passent la barrière d’espèce pour s’adapter à l’homme.

Les résultats obtenus permettront d’améliorer les capacités de prédiction du potentiel épidémique des maladies d’origine animale et de développer des mesures préventives pour y faire face rapidement.  

Compréhension, modélisation et prédiction des émergences

mers-cov_institut_pasteur.jpgLes programmes PREDEMICS et ANTIGONE sont particulièrement actifs concernant la compréhension des situations d’émergence des pathogènes. Dans une étude publiée dans The Lancet Infectious Diseases1, des scientifiques néerlandais du National Institute of Public Health and the Environment sont par exemple parvenus à identifier l’animal probable à l’origine de l’épidémie actuelle de coronavirus MERS-CoV. Grâce à des analyses sérologiques réalisées sur une grande variété d’animaux de bétail provenant de différents pays, les chercheurs ont retrouvé des anticorps anti-MERS-CoV chez des dromadaires de l’Oman, pays voisin de l’Arabie Saoudite.  Cette découverte suggère fortement que le virus MERS-CoV circule chez cet animal et qu’il se transmet ensuite à l’homme.

Autre exemple, dans une étude du Clnical Infectious Diseases2, des scientifiques de l’Université de Münster, en Allemagne, et de Kosice, en Slovaquie, ont analysé la situation épidémiologique  d’une souche très virulente d’Escherichia coli Enterohémorragique. Dénommée O26:H11, celle-ci est à l’origine de nombreuses insuffisances rénales chez les enfants en bas âge. Les chercheurs concluent que cette souche est en pleine émergence en Europe, et constitue une menace pour la santé publique. La reconnaissance  de cette émergence est le premier pas pour la mise en place de stratégies de lutte contre cette bactérie.

ANTIGONE et PREDEMICS accentuent également leurs efforts  sur l’exploitation des outils de modélisation des émergences. Ces derniers permettent entre autres de déterminer quels sont les facteurs à l’origine de la dissémination d’une maladie, et dans quelle proportion. Ces indications sont indispensables pour établir un plan de lutte et de contrôle des pathogènes. Par exemple, dans la revue BMC Infectious Diseases3, des scientifiques de l’Institute for Scientific Interchange à Turin, en collaboration avec l’Inserm et l’Université Pierre et Marie Curie et la London School of Hygiene, à Londres, ont démontré l’importance du couplage de deux paramètres, l’âge et la mobilité des personnes infectées, qui jouent de manière significative dans la dissémination des virus grippaux.  Ils ont notamment épluché les données issues de l’épidémie de grippe A de 2009 à partir desquelles ils ont constaté que le virus était principalement introduit dans une région par les adultes, mais disséminée ensuite par les enfants qui tombent plus facilement malades.  

Le décryptage des interactions hôte-pathogène

grippe_a_institut_pasteur.jpgComprendre les interactions entre un pathogène et l’organisme qu’il infecte, son hôte, est primordial. Cela permet de caractériser les acteurs moléculaires impliqués dans l’établissement de l’infection, qui sont autant de cibles potentielles pour la mise au point d’un traitement ou d’un vaccin. Dans ce but, des chercheurs de l’Institut Pasteur et de l’Université Paris Diderot ont développé une méthode performante pour cartographier les interactions entre le pathogène et son hôte : dans leur étude, publiée dans Molecular & Cellular Proteomics4, les chercheurs ont réussi à identifier avec précision les protéines humaines ayant des interactions directes avec la polymérase (protéine indispensable car servant à la réplication du matériel génétique) du virus de la grippe A.

Déchiffrer les interactions hôte-pathogène permet aussi de comprendre comment un pathogène échappe au système immunitaire de l’hôte pour permettre à l’infection de s’établir.  C’est par exemple l’objet d’un travail publié dans Journal of Virology5 et signé par des équipes françaises (dont plusieurs chercheurs de l’Institut Pasteur), japonaises et australiennes. Les scientifiques ont prouvé que la stratégie employée par le virus de la rage pour contourner les défenses immunitaires, déjà connue, était la même chez tous les virus appartenant au genre lyssavirus (famille qui regroupe des virus apparentés à la rage, dont plusieurs sont en situation d’émergence et mortels pour l’homme). Cette découverte permet d’identifier de nouvelles cibles thérapeutiques potentielles pour tous les représentants du genre Lyssavirus.

Les interactions hôte-pathogène apportent également des indices sur le potentiel d’émergence d’une maladie. Dans The American Journal of Pathology6, des scientifiques de l’Erasmus University Medical Center de Rotterdam ont fait une découverte qui démontre le potentiel épidémique d’une souche émergente de grippe aviaire H7N9. Les chercheurs ont observé une forte capacité de ce virus aviaire à se fixer aux épithéliums du tractus respiratoire humain inférieur mais aussi supérieur. Cette particularité indique que ce virus est susceptible de se transmettre efficacement d’homme à homme tout en étant responsable d’infections respiratoires sévères.

Les arbovirus, pathogènes émergents en Europe

culex_pipiens_institut_pasteur.jpgDe nombreux arbovirus, virus transmis par les arthropodes suceurs de sang (moustiques, tiques et phlébotomes), représentent une menace épidémiologique croissante en Europe. Chikungunya, fièvre jaune, dengue, West Nile, les moustiques vecteurs de ces maladies gagnent progressivement les zones tempérées de l’Europe, dont la France.

Dans une étude parue dans Clinical Microbiology and Infection7, des scientifiques de l’université de Bologne dressent l’état des lieux de la présence du virus du West Nile sur le territoire européen : ces 20 dernières années, le virus, potentiellement mortel et qui peut causer des complications neurologiques sévères, a été à l’origine de nombreuses épidémies sporadiques chez l’homme, le cheval et les oiseaux. Il apparaît également que le virus est en pleine expansion géographique. Dans leur conclusion, les chercheurs rappellent la nécessité de mettre en place des dispositifs de surveillance vétérinaire et entomologique pour contrôler l’émergence de la maladie.

 

PREDEMICS et ANTIGONE, la recherche au service de la santé publique

Face à la menace croissante que représentent les maladies émergentes pour nos sociétés, les multiples voies de recherche engagées dans les programmes PREDEMICS et ANTIGONE apparaissent comme une nécessité pour préserver la santé publique. Les premiers résultats obtenus misent en partie sur le renforcement des dispositifs de surveillance épidémiologiques à travers l’amélioration ou le développement d’outils de modélisation et de prédiction des émergences. D’autre part, les efforts convergent aussi vers la mise au point de nouvelles stratégies thérapeutiques grâce aux découvertes issues des études sur la relation entre l’hôte et le pathogène. Le séminaire de recherche organisé le 6 novembre prochain à l’Institut Pasteur donne ainsi l’occasion aux partenaires des programmes PREDEMICS et ANTIGONE de faire un point global sur les avancées réalisées et sur les défis à relever pour mieux s’armer contre les infections émergentes.

 

Source

1 Middle East respiratory syndrome coronavirus neutralising serum antibodies in dromedary camels: a comparative serological study, Lancet Infectious Diseases, August 9, 2013.
2 Enterohemorrhagic Escherichia coli O26:H11/H−: A New Virulent Clone Emerges in Europe, Clinical Infectious Diseases, October 24, 2013.
3 Age-specific contacts and travel patterns in the spatial spread of 2009 H1N1 influenza pandemic, BMC Infectious Disease, April 15, 2013.
4 Exploration of binary virus-host interactions using an infectious protein complementation, Molecular & Cellular Proteomics, July 1, 2013.
5 Conservation of a unique mechanism of immune evasion across the Lyssavirus genus, Journal of Virology, June 27, 2012.
6 Novel Avian Influenza A Virus Has Potential for Both Virulence and Transmissibility in Humans, The American Journal of Pathology, September 10, 2013.
7 West Nile virus in Europe: emergence, epidemiology, diagnosis, treatment, and prevention, Clinical Microbiology and Infection, August 17, 2013.

Plus d’information

Site Internet des programmes européens :
http://predemics.biomedtrain.eu/cms/
www.antigonefp7.eu/

Programme du séminaire :
http://predemics.biomedtrain.eu/media/shared/uploaded/Files/3/0/6/9.pdf

Contact

Service de presse de l’Institut Pasteur
Nadine Peyrolo – nadine.peyrolo@pasteur.fr - +33 (0)1 45 68 81 47
Jérémy Lescène  – jeremy.lescene@pasteur.fr - +33 (0)1 45 68 81 01

 

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