Hépatite C : quelle stratégie pour limiter l’épidémie en Egypte ?

Orienter les actions de prévention et de traitement de l’hépatite C, vers les personnes atteintes de maladies chroniques et nécessitant des soins médicaux réguliers, réduirait efficacement la transmission du virus de l’hépatite C dans la population égyptienne, et probablement dans d’autres pays à ressources limitées. C’est ce que montre une étude de modélisation mathématique réalisée dans le cadre de l’étude ANRS 1211 menée conjointement par des chercheurs de l’Institut Pasteur, du CNAM et leurs collègues égyptiens. Ces résultats sont publiés dans la revue The Lancet Global Health, le 28 août 2014.

 

Communiqué de presse
Paris, le 28 août 2014

 

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L’OMS estime à 150 millions le nombre de personnes infectées par le virus de l’hépatite C dans le monde, et à 350 000 le nombre de décès annuels liés à ce virus. Avec 15% de la population adulte infectée par le virus de l’hépatite C (VHC), l’Egypte est le pays ayant la prévalence la plus élevée au monde. Depuis un an, l’arrivée des nouveaux traitements antiviraux rend maintenant possible la guérison de plus de 90% des patients. Ces traitements, du fait de leur grande efficacité, pourraient même avoir un impact sur la transmission du virus en diminuant le réservoir de patients infectés en population. Quelles sont alors les stratégies de prévention et de prise en charge les plus efficaces pour réduire la transmission de l’hépatite C dans ce pays ?

 

Au sein de l’étude ANRS 1211, des chercheurs de l’Unité d’Epidémiologie des Maladies Emergentes (UEME) de l’Institut Pasteur, dirigée par le Pr Arnaud Fontanet, ont utilisé des données recueillies depuis dix ans en collaboration avec les équipes égyptiennes du site de recherche de l’ANRS (France REcherche Nord&sud Sida-hiv Hépatites) sur les hépatites virales au Caire. 

 

Les chercheurs de l’Institut Pasteur et du CNAM mettent tout d’abord en évidence que l’essentiel de la transmission du virus en Egypte a lieu lors de soins médicaux percutanés (comme par exemple les injections) faits dans des conditions non stériles. Plus de 50% de ces soins médicaux se concentrent sur seulement 5% de la population, essentiellement des sujets atteints de maladies chroniques (maladies cardio-vasculaires, métaboliques ou rhumatologiques) ayant un recours fréquent au système de santé.

 

Ce contexte épidémiologique a été décrit à l’aide d’un modèle mathématique, par Romulus Breban (UEME de l’Institut Pasteur) qui précise : « Notre étude de modélisation montre que les personnes ayant souvent recours au système de santé sont les premières à être infectées. Elles sont ensuite la principale source d'infections pour les autres personnes exposées aux mêmes soins médicaux, et permettent ainsi le maintien de la transmission de l’hépatite C en Egypte. »

 

Le modèle mathématique montre ensuite que prioriser les actions de prévention et de traitement sur ces 5% de sujets très exposés permettrait de réduire beaucoup plus efficacement la transmission du virus par rapport à une approche non ciblée. « Dépister les patients atteints de maladies chroniques, éduquer les personnels soignants ainsi que les patients sur les procédures d’injections sûres et mettre sous traitement les malades chroniques infectés par le VHC sont trois étapes essentielles à la mise en place d’une stratégie efficace pour limiter l’épidémie en Egypte » souligne le Pr Arnaud Fontanet (Institut Pasteur, CNAM).

 

Ces résultats sont importants pour les responsables des politiques de santé en Egypte et plus largement dans les pays à ressources limitées qui, avec l’arrivée des nouveaux traitements et face à leur coût encore élevé, vont devoir adapter leur stratégie nationale de santé.

 

Illustration : Coupe histologique de foie de patient atteint d'hépatite C. © Institut Pasteur

 

Ce travail a reçu le soutien de l’ANRS et du Labex IBEID.

 


 

Source

Modelling the impact of preventive and curative interventions on HCV transmission in a high prevalence setting: the case of Egypt (ANRS 1211). The Lancet Global Health – 28 Août 2014.

R. Breban 1, N. Arafa 2, S. Leroy 1, A. Mostafa 2, I. Bakr 2, L. Tondeur 1, M.A. Hamid 3,4, W. Doss 5, G. Esmat 5, M.K. Mohamed 2 & A. Fontanet 1,6

(1) Institut Pasteur, unité Epidémiologie des maladies émergentes, Paris, France.
(2) Ain Shams University, Le Caire, Egypte.
(3) National Hepatology and Tropical Medicine Research Institute, Le Caire, Egypte.
(4) Minia University, Minia, Egypte.
(5) Université du Caire, Egypte
(6) Conservatoire National des Arts et Métiers, Paris, France

 

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