Découverte d'un nouveau facteur génétique de sensibilité à la tuberculose

Des équipes de l'Institut Pasteur et du CNRS viennent d'identifier un facteur génétique dont pourrait dépendre la sensibilité à la tuberculose. Les chercheurs ont analysé chez une large population les variations du gène DC-SIGN, impliqué dans les infections à Mycobacterium tuberculosis. Ils ont montré qu'un variant de ce gène est surreprésenté chez les individus qui ne développent pas la maladie. Ce travail publié dans PLoS Medicine devrait aider à comprendre le rôle de DC-SIGN dans la propagation de la tuberculose et ouvrir des pistes nouvelles pour développer des stratégies de traitement de la maladie.

 

 

Communiqué de presse
Paris, le 10 janvier 2006

 

 

La tuberculose, une des causes infectieuses majeures de mortalité chez les jeunes et les adultes, tue chaque année environ deux millions de personnes dans le monde. Pourtant, bien que près de 2 milliards de personnes soient infectées par la bactérie, seuls 10 % d’entre elles développent la maladie. Les raisons des différences de sensibilité des individus à cette infection sont variées, incluant leur âge, la qualité de leur régime alimentaire, la présence d’autres infections, la virulence de la souche de Mycobacterium qui les infecte, ainsi que des facteurs de susceptibilité génétique.

Récemment, une équipe de l’Institut Pasteur a démontré chez des patients atteints de tuberculose que DC-SIGN est le récepteur privilégié de Mycobacterium tuberculosis (1). Dans le travail présenté ici, l’équipe de Lluis Quintana-Murci, dans l’Unité de prévention et thérapie moléculaires des maladies humaines (Institut Pasteur-CNRS), a cherché à savoir si des variations génétiques de DC-SIGN pouvaient avoir une influence sur la propension des individus infectés par Mycobacterium tuberculosis à développer une tuberculose-maladie.

Pour cela, ils ont analysé l’ADN d’un groupe de volontaires d’Afrique du Sud atteints ou non de tuberculose. Ils ont constaté qu’un variant particulier du gène codant pour DC-SIGN était significativement surreprésenté chez les individus non-tuberculeux. Étant donnée la forte probabilité que ces personnes aient été, dans leur grande majorité en contact avec la bactérie, endémique dans la région, les auteurs ont conclu que ce variant du gène pourrait participer à une protection contre la maladie.

Ils ont par ailleurs montré que ce variant est davantage présent dans les populations eurasiennes que dans les populations africaines. Cette différence pourrait s’expliquer par le fait qu’au cours de l’histoire les populations eurasiennes auraient été exposées plus tôt au bacille de la tuberculose ainsi qu’éventuellement à d’autres pathogènes susceptibles de se lier à DC-SIGN. Cette exposition au cours du temps aurait abouti à une sélection plus précoce des variants protecteurs dans ces populations.

Depuis quelques années, le rôle clé de DC-SIGN dans la pathogenèse de plusieurs maladies infectieuses (sida, Ebola, cytomégalovirus, hépatite C, dengue…) a été mis en évidence. L’ensemble des données présentées ici souligne encore le rôle essentiel que joue DC-SIGN dans le contrôle de la propagation de la tuberculose. Mieux comprendre ce rôle devrait permettre à terme d’aider à l’amélioration des traitements contre ces pathogènes.

(1) Ludovic Tailleux et Olivier Neyrolles, dans l’Unité de Génétique Mycobactérienne dirigée par Brigitte Gicquel à l’Institut Pasteur. Tailleux et al. 2005. DC-SIGN induction in alveolar macrophages defines privileged target host cells for mycobacteria in patients with tuberculosis. PLoS Med, 2(12) e381.

Sources

« Promoter Variation in the DC-SIGN–Encoding Gene CD209 Is Associated with Tuberculosis » PLoS Medecine janvier 2006.
Luis B Barreiro (1,2), Olivier Neyrolles (2), Chantal L Babb (3), Ludovic Tailleux (2), Hélène Quach (1), Ken McElreavey (4), Paul D van Helden (3), Eileen G Hoal (3), Brigitte Gicquel (2), Lluís Quintana-Murci (1)

1. Unité de Prévention et Thérapie Moléculaires des Maladies Humaines Institut Pasteur-CNRS FRE 2849
2. Unité de Génétique Mycobactérienne, Institut Pasteur, Paris
3. Faculty of Health Sciences, Stellenbosch University, Tygerberg, South Africa Division of Nephrology, Mayo Foundation, Rochester, Minnesota, USA
4. Unité Reproduction, Fertilité et Populations, Institut Pasteur, Paris, France

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