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VIH : le lénacapavir agit aussi dans le noyau des cellules infectées

Publié le Mis à jour le Par Aurélien Coustillac

L'Institut Pasteur met au jour un mécanisme d’action inédit d’un médicament appelé lénacapavir. Cet antirétroviral est utilisé pour les individus porteurs du VIH ou en prévention, à qui il est administré seulement deux fois par an. Ce traitement ne se contente pas de bloquer l’entrée du virus dans la cellule : il intervient directement dans le noyau, détournant le VIH vers des zones de l’ADN où il ne peut plus se répliquer efficacement. Une découverte qui contribue à expliquer la remarquable efficacité à long terme de cette molécule.
Accumulation de particules de VIH à la surface d’une cellule infectée

Des scientifiques de l’Institut Pasteur publient dans Science Advances une étude révélant un mécanisme d’action jusqu’alors inconnu du lénacapavir, observé à des doses biologiquement pertinentes. Cet antiviral figure parmi les traitements les plus prometteurs contre le VIH. 

Le VIH reste un virus difficile à éliminer

Malgré les traitements actuels, plus d'un million de personnes contractent le VIH chaque année dans le monde. Les antirétroviraux permettent de contrôler le virus, mais ne l'éliminent pas complètement : le VIH peut se loger durablement dans certaines cellules de l'organisme, formant ce qu'on appelle des « réservoirs viraux ». Ces réservoirs constituent l'un des principaux obstacles sur la route de la guérison.

C'est dans ce contexte qu'une nouvelle génération de traitements a vu le jour. Le lénacapavir, premier représentant d'une classe originale — les inhibiteurs de capside —, a été approuvé pour le traitement du VIH et sa prévention (PrEP). Administré seulement deux fois par an par injection, il a démontré une très forte efficacité, y compris chez des individus porteurs de virus résistants aux autres traitements. Mais les raisons de cette puissance exceptionnelle restaient encore partiellement inexpliquées.

Comprendre comment le lénacapavir agit dans le noyau des cellules

La capside est une coque protéique qui enveloppe et protège le matériel génétique du VIH à l’intérieur de la cellule infectée. L’équipe Virologie Moléculaire Avancée de Francesca Di Nunzio, à l’Institut Pasteur, a montré que le lénacapavir maintient cette capside intacte jusqu’au cœur de la cellule, jusque dans le noyau — le compartiment où est stocké l’ADN humain.

Or, c’est précisément là que se joue une étape décisive : pour se multiplier, le VIH doit intégrer son matériel génétique dans l'ADN de la cellule hôte, en ciblant des régions riches en gènes actifs. En maintenant la capside intacte plus longtemps, le lénacapavir perturbe cette navigation : le virus est redirigé vers des zones de l’ADN beaucoup moins propices à sa réplication, où son intégration devient très peu efficace. Sa capacité à se multiplier s’en trouve fortement compromise. 

Les principaux résultats de l’étude

En l’absence de lénacapavir, les cellules infectées par le VIH présentent des capsides vidées de leur contenu au sein des organites. Ces condensats fusionnent avec les speckles nucléaires, entourés de chromatine ouverte, ce qui favorise la progression de l’infection. En présence de lénacapavir, les capsides virales restent plus stables et ne sont pas dirigées vers les speckles nucléaires. Par conséquent, l’infection virale est fortement réduite.
Francesca di Nunzio / Institut Pasteur

Le schéma ci-contre résume les principaux résultats de l’étude. En l’absence de lénacapavir (LEN), les cellules infectées par le VIH présentent des capsides vidées de leur contenu au sein des organites sans membrane induits par le VIH-1 (HIV-1-MLO). Ces condensats fusionnent avec les speckles nucléaires (NS), entourés de chromatine ouverte, ce qui favorise la progression de l’infection (à gauche). En présence de LEN, les capsides virales restent plus stables et ne sont pas dirigées vers les NS. Par conséquent, l’infection virale est fortement réduite (à droite). 

Des technologies de pointe ont permis d’observer l’action du lénacapavir

Ces résultats ont été obtenus grâce à une combinaison d’approches technologiques avancées développées à l'Institut Pasteur :  

  • cryo-microscopie électronique,  
  • cryo-tomographie électronique,  
  • imagerie haute résolution  
  • et simulations moléculaires.  

Ensemble, ces approches ont permis d'observer le virus directement à l'intérieur du noyau des cellules infectées — une prouesse qui ouvre de nouvelles fenêtres sur la biologie de l’infection. 

Comprendre l’action du lénacapavir pour développer de nouvelles stratégies visant, un jour, la guérison

Ces travaux ne modifient pas les conditions d’utilisation du lénacapavir en clinique, mais ils enrichissent considérablement notre compréhension de son mode d'action. Identifier avec précision comment le virus est détourné de sa cible habituelle dans l’ADN pourrait, à terme, guider le développement de nouvelles stratégies pour limiter la persistance du VIH dans l’organisme — et se rapprocher d’une guérison fonctionnelle.

 

Source : Capsid Stabilization Reprograms the Nuclear Fate of the HIV Genome, Francesca Di Nunzio et al., Science Advances, 7 août 2026. 

Cette étude a été principalement financée par les programmes de recherches PTR-Carnot et l’ANRS Maladies infectieuses émergentes (ANRS MIE).