Les grandes menaces pathogènes en France et dans le monde
Face à ce constat, l’Institut Pasteur assure la surveillance des maladies infectieuses et apporte son expertise aux autorités sanitaires pour détecter, caractériser et suivre les agents pathogènes émergents ou circulants dans le monde.
Les menaces pathogènes : comprendre et surveiller les risques infectieux
Les grandes menaces infectieuses aujourd'hui
1. Virus respiratoires : une pression constante sur les systèmes de santé
Les infections respiratoires aiguës restent parmi les plus meurtrières au monde. Elles causent environ 4 millions de décès par an et touchent en particulier les enfants et les personnes âgées.
Avec plus de 7 millions de morts officiellement recensés par l’OMS, la pandémie de Covid-19 a rappelé la capacité de ces virus à déstabiliser des sociétés entières.
L'Institut Pasteur surveille les virus des infections respiratoires, dont la grippe et le SARS-CoV-2, à travers son centre national de référence dédié.
2. Arboviroses : une expansion sans précédent, jusque dans l'Hexagone
Les virus ne se transmettent pas uniquement par voie aérienne. Certains voyagent grâce à des moustiques, et leur progression est aujourd'hui l'une des tendances les plus préoccupantes en santé publique.
Les arboviroses, ces maladies transmises par des moustiques et d'autres arthropodes, sont en forte progression dans le monde. Dengue, chikungunya, Zika, fièvre jaune… Leur expansion est directement liée au changement climatique et à la mondialisation des échanges.
En France, la menace devient concrète. Le moustique-tigre (Aedes albopictus), originaire d'Asie du Sud-Est et signalé pour la première fois dans l'Hexagone en 2004, a colonisé près des quatre cinquièmes du territoire en vingt ans.
En 2025, plus de 830 personnes ont été infectées par le chikungunya ou la dengue en France métropolitaine, sans avoir voyagé dans les tropiques. Au moins 1 073 cas importés de chikungunya ont été recensés, provoquant 788 cas de transmission locale.
Les autorités sanitaires ont réussi à stopper ces émergences grâce à un dispositif de surveillance efficace et des démoustications rapides. Mais à chaque nouveau cas signalé, le risque d'une installation durable de ces virus en France se précise.
Le moustique-tigre peut également transmettre le virus Zika, responsable de complications neurologiques sévères et de graves malformations congénitales chez les nouveau-nés. Il est aussi compatible avec les virus Usutu et West Nile, des virus essentiellement aviaires mais pouvant toucher l'être humain.
L'Institut Pasteur surveille les arbovirus (dengue, Zika, chikungunya), les hantavirus et les Plasmodium (paludisme) via ses CNR dédiés.
3. Flambées épidémiques : des crises toujours plus fréquentes
Au-delà des arboviroses, d'autres maladies infectieuses continuent de frapper sous forme de flambées brutales, souvent dans des contextes de grande vulnérabilité.
Choléra, Ebola, peste, poliomyélite… Les flambées épidémiques se multiplient, alimentées par la mondialisation, l'urbanisation rapide et la dégradation des conditions sanitaires dans certaines régions du monde.
- Le choléra a causé plus de 6 000 décès en 2024, soit environ 50 % de plus qu'en 2023, tandis que le nombre de pays touchés passait de 45 à 60.
- Les fièvres hémorragiques comme Ebola restent une menace récurrente en Afrique de l'Ouest et centrale, avec un risque constant d'exportation vers d'autres continents.
L'Institut Pasteur surveille les agents responsables de ces épidémies : vibrions (choléra), virus des fièvres hémorragiques (Ebola, Lassa), Yersinia (peste), entérovirus (poliomyélite) et virus de la rage.
4. Tuberculose : l'infection bactérienne la plus meurtrière au monde
La tuberculose reste un fléau mondial. En 2023, elle a touché plus de 10 millions de personnes et causé environ 1,25 million de décès, principalement dans les pays à revenu faible et intermédiaire (OMS). L'émergence de souches multirésistantes aux antibiotiques rend la lutte contre cette maladie encore plus complexe. L'Institut Pasteur est fortement mobilisé dans la recherche contre la tuberculose, tant sur le plan fondamental que sur le développement de nouveaux outils diagnostiques et thérapeutiques.
5. Antibiorésistance : la menace silencieuse
L'antibiorésistance, soit la capacité des bactéries à résister aux traitements, est considérée par l'OMS comme l'une des dix plus grandes menaces pour la santé mondiale.
Déjà responsable de 1,3 million de décès par an, elle pourrait en causer jusqu'à 39 millions d'ici 2050. Son impact économique serait tout aussi considérable : des pertes cumulées estimées à 100 000 milliards de dollars d'ici 2050, en raison de la hausse de la mortalité, de l'allongement des hospitalisations et de la baisse de la productivité.
Ce phénomène touche un large spectre de pathogènes surveillés par l'Institut Pasteur : bactéries responsables de méningites (méningocoques, Haemophilus influenzae), agents d'infections alimentaires (Salmonella, Listeria, Shigella, E. coli), ou encore mycoses invasives (Candida, Aspergillus, Cryptococcus), dont les résistances aux antifongiques, sont elles aussi en augmentation.
6. Dérèglement climatique : un accélérateur de risques infectieux
Le dérèglement climatique redessine la carte des maladies infectieuses. Selon une étude parue dans Nature Climate Change (2022), 58 % des maladies infectieuses ou allergiques ont déjà été aggravées par des aléas climatiques liés aux gaz à effet de serre.
La hausse des températures accélère la maturation des moustiques et raccourcit le temps d'incubation des virus qu'ils transportent, augmentant ainsi la vitesse de transmission aux humains. Des modélisations de l'Imperial College London et de l'OMS estiment que les décès liés à la fièvre jaune en Afrique pourraient augmenter de 11 à 25 % d'ici 2050.
Selon l'OMS, entre 2030 et 2050, le changement climatique pourrait entraîner 250 000 décès supplémentaires par an, liés au paludisme, à la malnutrition, aux maladies diarrhéiques et aux vagues de chaleur.
Surveiller les menaces pathogènes en France
En France, la surveillance des agents pathogènes repose sur un réseau de Centres nationaux de référence (CNR), coordonné par Santé publique France.
Ces laboratoires spécialisés constituent les sentinelles du système de santé : ils identifient, caractérisent et suivent l'évolution des micro-organismes pathogènes sur le territoire.
Dans ce cadre, l’Institut Pasteur assure la surveillance de 17 catégories d'agents pathogènes :
Virus
- Les virus des infections respiratoires, dont la grippe et le SARS-CoV-2
- Le virus de la rage
- Les virus à l'origine de fièvres hémorragiques, comme Lassa ou Ebola
- Les Hantavirus, transmis par les rongeurs
- Les arbovirus (dengue, Zika, chikungunya…)
- Les entérovirus et parechovirus, notamment ceux responsables de la poliomyélite
Bactéries
- Les Clostridium, dont la bactérie responsable du botulisme
- Les Yersinia, parmi lesquelles le bacille de la peste
- Les Corynebacterium, dont celle causant la diphtérie
- Les Shigella, Salmonella et Escherichia coli, responsables d'infections alimentaires
- Les Leptospira, pouvant entraîner des insuffisances rénales
- Les Listeria, dont la « bactérie des réfrigérateurs » à l'origine de la listériose
- Les méningocoques ainsi qu'Haemophilus influenzae, responsables de méningites
- Les vibrions, parmi lesquels l'agent du choléra
- Les Bordetella, dont le bacille de la coqueluche
Champignons
Parasites
- Les Plasmodium, à l'origine du paludisme
Cette surveillance est assurée par 14 centres nationaux de référence (à Paris et à Lyon) et 4 CNR-laboratoires associés (en Guyane).
Retrouvez ici :
Cette surveillance nationale s'inscrit dans le cadre plus large du dispositif piloté par Santé publique France, qui coordonne l'ensemble des CNR répartis dans différentes institutions sur tout le territoire.
Surveiller les menaces pathogènes dans le monde
Comme les pathogènes eux-mêmes, la surveillance dépasse le cadre de nos simples frontières !
Les crises récentes, comme la pandémie de Covid-19, les flambées d'Ebola en Afrique de l'Ouest ou centrale, ou encore l’expansion mondiale de la dengue et du mpox, nous rappellent que les agents infectieux circulent à l’échelle mondiale. Un virus émergent dans une forêt tropicale peut, en quelques semaines, atteindre les métropoles de tous les continents.
L’Institut Pasteur abrite 8 centres collaborateurs de l'OMS (CCOMS) pour surveiller, coordonner les efforts de surveillance, alerter et répondre aux épidémies dans le monde :
Retrouvez ici :
Cette surveillance internationale s'inscrit dans le cadre plus large d'un dispositif piloté par l'Organisation mondiale de la santé, qui coordonne l'ensemble des CCOMS répartis dans le monde.