Fiche maladie

Résistance aux antibiotiques

Les antibiotiques sont des médicaments qui servent à soigner les infections dues à des bactéries. Les bactéries peuvent devenir insensibles à ces drogues : on parle alors de résistance aux antibiotiques et de bactéries résistantes.
Serratia marcescens - Institut Pasteur
  • En Europe, + de 35000

    décès résultent de bactéries résistantes aux antibiotiques, selon le Centre européen de contrôle et de prévention des maladies (ECDC).

Mise à jour - Juillet 2024


Qu’est-ce que qu’un antibiotique ?  

Les antibiotiques sont des médicaments qui servent à lutter contre les infections dues à des bactéries : les pneumonies, bronchites, otites, méningites, infections urinaires, septicémies, maladies sexuellement transmissibles…. C'est une des découvertes les plus importantes de la médecine qui a sauvé et qui sauve des millions de vies chaque année, mais leur efficacité est menacée car les bactéries peuvent s’adapter et résister au traitement. Les antibiotiques tuent les bactéries, ou bloquent leur prolifération. Les bactéries résistantes sont devenues insensibles à ces drogues. On parle de résistance aux antibiotiques ou aux antibactériens.  

Quels sont les causes de l’antibiorésistance ?  

La résistance aux antibiotiques d'une bactérie peut résulter soit de mutations soit de l'acquisition de gènes de résistance conférant la résistance à un ou plusieurs antibiotiques. Les bactéries ont en effet la capacité à s'échanger des gènes. Ces échanges sont particulièrement problématiques dans le cas de gènes rendant la bactérie qui l’héberge résistante aux antibiotiques. En effet si l'acquisition de la résistance par mutation est un phénomène rare, de l'ordre d'une bactérie sur cent millions, les gènes de résistance peuvent s'échanger entre bactérie à très haute fréquence, jusqu'à une bactérie sur 100.  

Les bactéries résistantes et les gènes de résistance peuvent se transmettre entre l’être humain, les animaux et l’environnement, par contact direct, mais aussi par l’eau ou les aliments. Ainsi, l’utilisation d’antibiotiques en médecine vétérinaire et le rejet d’antibiotiques dans l’environnement contribuent aussi à l’apparition de nouvelles souches bactériennes multirésistantes.  

La résistance aux antibiotiques n'est pas spécifique aux bactéries responsables de maladie. Elle touche également les bactéries bénéfiques et non pathogènes qui nous colonisent et constituent nos microbiomes qui sont essentiels à notre bonne santé. Ces bactéries résistantes représentent alors un réservoir de gènes de résistance qui pourront être transmis à des bactéries pathogènes.  

Quels sont les effets de l’antibiorésistance ?   

La prise d'antibiotique va altérer notre microbiome et contribuer à augmenter ce réservoir de gènes de résistance que nous portons. Ceci en cas d'infection bactérienne, mais également lorsqu’ils sont inutiles par exemple dans le cas d’une infection virale, comme le rhume ou la grippe contre lesquelles les antibiotiques n'ont aucune action. Le microbiome nous protège contre les infections en empêchant la colonisation par des bactéries potentiellement pathogènes, c'est l'effet barrière. La prise inutile d'un antibiotique a donc un double effet négatif pour un individu en altérant son microbiome et sa barrière protectrice et en sélectionnant des bactéries résistantes. Elle peut ainsi augmenter le risque d'une infection ultérieure difficile à traiter.  

Le sous-dosage d'un antibiotique qui peut résulter d'une interruption précoce du traitement ou de médicaments frauduleux vendus dans certains pays à bas revenu contribue également à l’acquisition de la résistance aux antibiotiques.  

Les bactéries résistantes provoquent chez l’être humain ou l’animal des infections plus difficiles à traiter que celles dues à des bactéries non résistantes (aussi dites bactéries « sensibles »). Le choix de l’antibiotique qui peut être prescrit est en effet alors plus limité.


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Quelles sont les différents niveaux de résistance ?  

Des bactéries peuvent être résistantes à un ou à plusieurs antibiotiques on parle alors de bactéries multirésistantes ou BMR. Les BMR les plus inquiétantes sont :  

  • les entérobactéries multirésistantes : bactéries du tube digestif responsables d'un très grand nombre d'infections (Escherichia coli et Klebsiella pneumoniae) ;  
  • les staphylocoques dorés résistants à la méthicilline, les bacilles tuberculeux multirésistants, ou encore le bacille pyocyanique et les Acinetobacter baumannii: des bactéries infectant les poumons de personnes atteintes de mucoviscidose et qui sont responsables d'infections nosocomiales (acquises en milieu de soin de santé, en particulier les hôpitaux et les cliniques).  

Dans des cas extrêmes et rares, une bactérie peut être résistante à tous les antibiotiques utilisables chez l'humain. Elle est dite alors pan-résistante et peut entrainer une impasse thérapeutique avec plus aucun traitement possible.   

Comment prévenir l’antibiorésistance ?  

Il est nécessaire d’éviter l’usage abusif ou excessif des antibiotiques, qui accélère le phénomène de résistance. Il faut souligner que l’effet négatif, à long terme, de la consommation d’antibiotiques lorsqu’ils ne sont pas nécessaires, est à la fois individuel et collectif. Ce contrôle des antibiotiques ne se limite pas à la médecine humaine mais aussi au secteur animal et en particulier à l’élevage.   

L’hygiène est toujours un moyen d’éviter les infections, et donc les traitements antibiotiques a posteriori. Les phénomènes de résistance surviennent dans tous les pays du monde mais sont surtout observés dans les pays où les niveaux d’hygiène sont faibles.   

Au niveau individuel :  

  • Ne prendre l’antibiotique que s’il est prescrit par son médecin  
  • Ne pas partager un antibiotique avec quelqu’un d’autre  
  • Ne pas exiger d’antibiotique si votre médecin n’en voit pas le besoin  
  • Suivre les règles d’hygiène pour prévenir les infections  

Comment lutter contre la prise d’antibiotique ?  

Rappelons que la vaccination contre les infections bactériennes est un moyen d’éviter la maladie, donc le traitement antibiotique éventuel, qui pourrait se révéler inefficace du fait d’une antibiorésistance. Elle permet également d’éviter l’effet indésirable des antibiotiques sur notre microbiome. Le vaccin contre le pneumocoque a permis par exemple une diminution très significative de la résistance aux antibiotiques pour cette espèce.  

Face à l’augmentation des résistances bactériennes aux antibiotiques et à la difficulté de concevoir de nouvelles molécules efficaces des stratégies alternatives sont envisagées. La phagothérapie connaît depuis quelques années un regain d’intérêt de la communauté scientifique. Cette alternative à l’utilisation des antibiotiques est une voie intéressante qui consiste à éliminer les bactéries grâce à des virus spécifiques (appelés phages) tuant les bactéries d’une espèce. Cette technique ciblée résulte de la découverte, en 1917, à l’Institut Pasteur, des bactériophages par le microbiologiste Félix d’Hérelle.  

Un plan d’action mondial, lancé par l’OMS en mai 2015, vise à préserver notre capacité de prévenir et traiter les maladies infectieuses à l’aide de médicaments sûrs et efficaces. Il consiste à :  

  • améliorer la sensibilisation et la compréhension du phénomène de résistance aux antimicrobiens ;  
  • renforcer la surveillance et la recherche ;  
  • réduire l’incidence des infections ;  
  • optimiser l’usage des agents antimicrobiens ;  
  • consentir des investissements durables pour combattre la résistance aux antimicrobiens.  

En France, depuis le début des années 2000, le Plan national pour préserver l’efficacité des antibiotiques a permis la mise en place d’une surveillance de la résistance bactérienne aux antibiotiques, sous l’égide de Santé Publique France (anciennement l’Institut de veille sanitaire - InVS).  

Qui est touché par ce phénomène ?  

La résistance aux antibiotiques touche tous les pays mais avec des niveaux variables, notamment selon leur niveau de consommation d’antibiotiques, l’hygiène et le niveau de revenu. Les bactéries résistantes sont également présentes chez les animaux et dans l’environnement. La médecine humaine, la médecine vétérinaire et la contamination de l’environnement par des antibiotiques contribuent donc à l’augmentation de résistance.   

D’après l’OMS, la moitié des antibiotiques sont, dans le monde, destinés aux animaux. Dans de nombreux pays, des antibiotiques en dose faible sont toujours donnés aux animaux d’élevage pour accélérer leur croissance et leur prise de poids. Cette pratique, interdite dans l’Union Européenne, contribue à la sélection de bactéries résistantes aux antibiotiques qui peuvent ensuite être transmises à l'humain. En France, les plans ÉcoAntibio, mis en place depuis 2011, ont permis en huit ans une diminution de 45 % de l’exposition globale des animaux aux antibiotiques.  

Selon l’OMS, si rien n’est fait, le monde s’achemine vers une ère postantibiotiques, « où des infections courantes et des blessures mineures qui ont été soignées depuis des décennies pourraient à nouveau tuer ». Ce problème est considéré comme une urgence pour cette organisation internationale qui a publié en mai 2024 une liste de bactéries contre lesquelles il est urgent d’avoir de nouveaux antibiotiques.  

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Questions à Philippe Glaser
Des antibiotiques à l’antibiorésistance : quels usages et quelles perspectives de recherche ?

 

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