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Leishmaniose cutanée : quand le climat atlantique annonce les épidémies

Publié le Par Jeanne Fenouil

En croisant près de vingt ans de données épidémiologiques et climatiques au Maroc et en Tunisie, des scientifiques ont établi un lien entre les grands phénomènes climatiques de l'Atlantique Nord et les flambées de leishmaniose cutanée. Leur modèle permet désormais d'anticiper certaines épidémies jusqu'à un an à l'avance.
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Infection cutanée par Leishmania major (rouge)

3 infos à retenir

  1. La leishmaniose cutanée est une maladie parasitaire transmise par des insectes piqueurs qui touche plusieurs milliers de personnes chaque année en Afrique du Nord.
  2. Deux grands phénomènes climatiques de l'Atlantique Nord modulent les précipitations en Afrique du Nord et, en cascade, les populations de vecteurs et de rongeurs, générant des périodes de forte ou de faible incidence de la maladie.
  3. En intégrant ces signaux climatiques dans un modèle mathématiques, les scientifiques peuvent anticiper certaines épidémies jusqu'à 12 mois à l'avance, ouvrant la voie à des systèmes d'alerte précoce pour les autorités de santé publique.

La leishmaniose cutanée est une maladie parasitaire transmise par les phlébotomes, de minuscules insectes piqueurs, qui provoque des lésions persistantes sur la peau. En Afrique du Nord, elle touche plusieurs milliers de personnes chaque année. 
Il existe deux formes distinctes du parasite. Leishmania major circule d'abord entre rongeurs sauvages et phlébotomes avant d'atteindre accidentellement l'humain : elle sévit au Maroc et en Tunisie. Leishmania tropica, elle, se transmet directement d'humain à humain par les phlébotomes, principalement au Maroc.

Pourquoi le climat est-il une clé pour comprendre ces épidémies ?

Le lien entre climat et leishmaniose est connu : la température et les précipitations agissent sur les populations de phlébotomes, sur la végétation et, pour les formes impliquant des rongeurs, sur ces réservoirs animaux du parasite. Mais cette connaissance restait peu exploitée pour anticiper les crises sanitaires. 
C'est précisément ce verrou que lève une récente étude.

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Comment le climat de l’Océan Atlantique influence-t-il les épidémies en Afrique du Nord ?

Les précipitations occupent une place centrale dans la chaîne de transmission. En modifiant la végétation et les populations de vecteurs et de rongeurs, elles font varier le nombre de cas de leishmaniose plusieurs mois plus tard. Mais l'étude va plus loin en remontant à l'origine de ces précipitations.

Les scientifiques montrent que deux grands phénomènes climatiques de l'Atlantique Nord, l'Oscillation nord-atlantique (NAO) et la Variabilité multi-décennale de l’atlantique nord (AMV), modulent les régimes de pluies en Afrique du Nord. « Ce couplage entre les deux phénomènes génère des périodes pluriannuelles de forte ou de faible incidence de la maladie » explique Richard Paul, chef de l’unité Écologie et émergence des pathogènes transmis par les arthropodes à l’Institut Pasteur. Le lien est plus net au Maroc qu'en Tunisie, où les relations entre climat, précipitations locales et dynamique épidémique sont plus complexes.

Oscillation nord-atlantique (NAO) : phénomène climatique naturel qui décrit les variations de pression atmosphérique entre l’Islande et les Açores, dont l’intensité influence le climat de l'Atlantique Nord et de l’Europe.

Variabilité multi-décennale de l’atlantique nord (AMV) : phénomène qui modifie les conditions climatiques, sur des cycles de plusieurs dizaines d’années, sur plusieurs continents autour de l’Atlantique Nord.

Jusqu'où peut-on prévoir une épidémie ?

Pour mesurer cette capacité prédictive, les scientifiques ont développé un modèle mathématique, applicable aux deux formes de la maladie dans les deux pays. « En intégrant température locale, précipitations et signaux climatiques atlantiques, ce modèle anticipe certaines épidémies jusqu'à 6 mois à l'avance pour L. major au Maroc, et jusqu'à 12 mois à l'avance pour L. tropica », ajoute Richard Paul. Une avance considérable pour les systèmes de santé publique, qui disposeraient ainsi d'un véritable outil d'alerte précoce.


Source : 
Coupled Atlantic atmosphere-ocean variability modulates cutaneous leishmaniasis in North Africa, enabling long-lead seasonal forecasts, Science Advances, 19 Août 2026


Les travaux sur la leishmaniose cutanée et la prédiction des épidémies à vecteurs s'inscrivent dans la priorité scientifique « Transitions environnementales et santé » du plan stratégique Pasteur 2030.