VIH/sida et pays en développement : un simple pèse-personne pour améliorer le suivi les patients sous antirétroviraux ?

Dans les pays en développement, où l'accès aux tests de laboratoire reste limité, l'utilisation d'un critère aussi simple que la prise de poids pourrait-elle améliorer la prise en charge des patients infectés par le VIH sous traitement antirétroviral ? C'est ce que suggère une étude publiée dans la revue AIDS, menée par des chercheurs de l'Institut Pasteur en collaboration avec Médecins Sans Frontières. Dans le contexte actuel de l'élargissement de l'accès aux antirétroviraux, il apparaît crucial de proposer des méthodes faciles à mettre en œuvre et peu coûteuses, utiles au suivi des patients traités.

 

 

Communiqué de presse
Paris, le 8 avril 2009

 

 

Dans les pays défavorisés, un problème nouveau s’est posé : comment gérer le nécessaire suivi des patients sous antirétroviraux, de plus en plus nombreux. Dans certaines zones, le remplacement des médecins, trop rares, par des infirmiers ou des agents de santé pour cette surveillance s’est révélé positif, mais nécessite un suivi simplifié et standardisé des patients. L’accès aux tests de laboratoire étant limité, il est important d’identifier des outils simples pour évaluer la progression de la maladie. Le gain ou la perte de poids est un outil potentiel, car facilement quantifiable et à moindre prix.

Menée par Yoann Madec dans l’unité d’Epidémiologie des maladies émergentes, dirigée par Arnaud Fontanet à l’Institut Pasteur, l’étude de cohorte a porté sur des centaines de patients adultes infectés par le VIH, ayant entamé un traitement antirétroviral : 2 541 Cambodgiens et 2 618 Kenyans. Ces patients étaient inclus dans des programmes de Médecins Sans Frontières basés à Pnomh Penh, au Cambodge, et à Homa Bay, au Kenya. Ils ont été suivis deux ans et demi, en moyenne.

L’objectif était d’identifier les facteurs associés au gain de poids observé, et d’évaluer la valeur pronostique du gain de poids sur la mortalité, pour définir s’il pourrait être utilisé comme outil de suivi chez les patients sous antirétroviraux.

L’étude démontre que, chez les patients ayant initié un traitement antirétroviral et atteints de malnutrition modérée à sévère (soit près d’une personne sur deux dans les cohortes étudiées), le gain de poids est fortement lié à la survie : 3 mois après le début du traitement, ceux ayant un gain de poids inférieur ou égal à 5% présentent 6 fois plus de risque de mourir dans les 3 mois suivants qu’un patient dont le gain de poids dépasse les 10% ; et ceux ayant un gain de poids inférieur ou égal à 10%, 3 fois plus de risque.

De plus, cette valeur pronostique obtenue par la mesure du gain de poids est « universelle » : elle est valable quels que soient le sexe du patient, le stade clinique lors de l’initiation du traitement antiviral, le taux de CD4 en début de traitement et le type de traitement.

D’après cette étude, des analyses plus poussées devraient être engagées chez les patients ayant un gain de poids insuffisant au bout de 3 ou 6 mois de traitement, cette insuffisance pouvant notamment refléter la présence d’une maladie opportuniste ; la tuberculose devrait alors être recherchée en priorité, car elle est une des causes principales de décès chez les patients infectés par le VIH dans les pays en développement. Un trop faible gain de poids peut également indiquer une mauvaise compliance du patient au traitement.

« Des études complémentaires dans d’autres pays sont nécessaires pour confirmer que ces résultats peuvent être généralisés à d’autres lieux », soulignent les auteurs, qui concluent : « nos résultats ne doivent pas être interprétés comme un plaidoyer en faveur d’une prise en charge minimaliste des patients sous antirétroviraux dans les pays en développement. Le comptage des CD4 et la charge virale restent les standards d’excellence pour le suivi des patients, et tout devrait donc être fait pour rendre ces tests accessibles dans les pays aux ressources limitées. Néanmoins, en attendant un accès plus large de ces tests, des outils de suivi simples comme la mesure du poids, peuvent être une aide précieuse et ne devraient pas être négligés s’ils peuvent apporter aux personnels de santé des informations significatives sur les patients. »

Source

“Weight gain at 3 months of ART is strongly associated with survival: evidence from two developing countries”. AIDS, 10 avril 2009
Yoann Madec (1), Elisabeth Szumilin (2), Christine Genevier (2,3), Laurent Ferradini (2,4), Suna Balkan (2), Mar Pujades (5), Arnaud Fontanet (1)

1 Unité d’Epidémiologie des Maladies Emergentes, Institut Pasteur, 25-28, rue du Docteur Roux, 75015 Paris, France
2 Médecins Sans Frontières, 8 rue Saint Sabin, 75011 Paris, France
3 Médecins Sans Frontières, Nairobi, Kenya
4 Médecins Sans Frontières, Phnom Penh, Cambodge
5 Epicentre, 42 bis boulevard Richard Lenoir, 75011 Paris, France.

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