Streptocoques A et B

Les infections à streptocoques A (Streptococcus pyogenes) et B  (Streptococcus agalactiae) sont fréquentes. Souvent bénignes (infections non invasives), elles peuvent être aussi très sévères (infections invasives). Le streptocoque A provoque des infections bénignes (angine, impétigo) et des infections invasives parfois mortelles (syndrome de choc toxique, fasciite nécrosante), alors que le streptocoque B est à l’origine de graves infections néonatales.

 

 

 

 

Transmission et maladies associées

Streptocoque A

Le streptocoque du groupe A (SGA), Streptococcus pyogenes, se transmet exclusivement d’homme à homme. Il est responsable d’infections fréquentes bénignes et non invasives, telles que l’angine et l’impétigo, et également d’infections invasives graves : bactériémies, infections cutanées nécrosantes, infections puerpérales, pleuropneumopathies, méningites, qui peuvent être associées à un syndrome de choc toxique streptococcique. Le taux de mortalité des infections invasives à streptocoques A est estimé entre 10 et 16% toutes pathologies confondues (les taux de mortalité sont respectivement de 35 à 75% en cas de choc toxique streptococcique, de 20 à 45% pour les dermo-hypodermites nécrosantes et de 27% pour les méningites).

 

Streptocoque B

Le streptocoque du groupe B (SGB), Streptococcus agalactiae, a pour réservoir essentiel le tube digestif à partir duquel se fait la colonisation des voies génitales, souvent intermittente. Le portage vaginal de la femme varie de 5 à 40 % au cours de la grossesse, selon les techniques bactériologiques utilisées et les populations étudiées. La transmission materno-foetale est essentiellement aérodigestive, par inhalation ou ingestion de liquide amniotique contaminé après rupture des membranes, ou au moment du passage de la filière urogénitale colonisée par le streptocoque B. Le taux de transmission de la mère colonisée au nouveau-né, fonction de l’importance de l’inoculum, est en moyenne de 50 %, et environ 1 à 2 % des nouveau-nés développeront une infection en l’absence d’antibioprophylaxie réalisée au moment de l’accouchement chez toutes les femmes colonisées à SGB.

 

On distingue deux types d’infections néonatales à SGB en fonction de leur date de survenue chez l’enfant. Les  infections précoces qui surviennent avant la fin de la première semaine de vie et dans 80 % des cas durant les 24 premières heures de vie et les infections tardives qui surviennent après la première semaine et dans la majorité des cas avant le deuxième mois. Les infections néonatales précoces sont liées à l’inhalation et l’ingestion des sécrétions vaginales au cours de l’accouchement, la contamination dans les formes tardives est probablement digestive, et leur pathogénie est moins bien connue. Les infections précoces se manifestent plus communément par une détresse respiratoire, une bactériémie (89 % des cas). La méningite reste une présentation clinique moins commune lors des formes précoces (10-20% des cas). Les infections néonatales tardives sont bactériémiques associées à une méningite dans la plupart des cas.

 

Les tableaux infectieux chez la femme enceinte sont variables, allant de l’infection touchant le tractus urinaire aux tableaux de sepsis (infection générale de l’organisme). La plupart des infections invasives chez la femme enceinte sont des bactériémies éventuellement associées à des chorio-amniotites (infection des tissus placentaires). Les infections à streptocoques B en dehors de la grossesse et des premières semaines de vie, sont marquées principalement par les bactériémies, mais des arthrites, des endocardites et des méningites ont également été rapportées. L’âge et des pathologie sous-jacentes à type de diabète ou de cancer sont constituent des facteurs de risque.

 

Epidémiologie

Streptocoque A

Des phénomènes épidémiques très médiatisés sont survenus au milieu des années 1980 : recrudescence du rhumatisme articulaire aigu aux Etats-Unis et bactérie « mangeuse de chair » en Angleterre. Des observations isolées d’évolution rapide et fatale  (dermo-hypodermites nécrosantes et syndrome de choc toxique streptococcique) ont rendu nécessaire une surveillance des infections à S. pyogenes. En effet, ces phénomènes correspondent à une recrudescence réelle des infections invasives à streptocoques A dans les pays industrialisés et notamment en Europe. En France, ces infections invasives sont en augmentation depuis 2000, le taux d’incidence ayant augmenté de 1,2 à 2,7/100 000.

 

Streptocoque B

En France, environ 500 cas d’infections néonatales invasives sont dénombrées chaque année, provoquant entre 50 et 100 décès. La mortalité des infections néonatales dues au streptocoque B, bien qu’encore élevée, a cependant nettement diminué puisqu’elle était de 55 % dans les années 1970 du fait de la diminution des syndromes précoces.

 

Traitement

Streptocoque A

Des antibiotiques, les ß-lactamines, constituent à l’heure actuelle le traitement de référence des infections streptococciques. On assiste depuis plusieurs années à l’augmentation de la résistance à certaines familles d’antibiotiques, notamment les macrolides-lincosamides-streptogramines (MLS), molécules très prescrites en pédiatrie (enfant de plus de 3ans), ou chez l’adulte, notamment pour le traitement d’infections de la sphère ORL ou respiratoire et en cas d’allergie aux ß-lactamines.

 

L’entourage immédiat d’un cas d’infection invasive à S. pyogenes a un risque accru de contracter une infection secondaire par rapport au reste de la communauté.

 

Streptocoque B

Chez la femme enceinte, il est recommandé d’effectuer un dépistage systématique du portage de S. agalactiae idéalement entre 34 et 38 semaines d’aménorrhée. L’antibioprophylaxie en intra-partum repose sur une ß-lactamine (pénicilline ou amoxicilline) ou, en cas d’allergie, sur un macrolide.

 

Chez le nouveau-né, le traitement repose avant tout sur l’administration par voie intra- veineuse d’une ß-lactamine (amoxicilline), - éventuellement associée à un autre antibiotique (gentamicine) pendant les 48 premières heures -, sur une durée de 10 jours à 3 semaines en fonction des localisations infectieuses (méningite, arthrite, etc.).

 

Vaccin

Streptocoque A

Il n’existe pas aujourd’hui de vaccin communément utilisé contre les infections à streptocoques A. Des études de candidats vaccins utilisant différents antigènes ont été réalisées. La connaissance du génome (2001) des souches de streptocoques A responsables d’infections invasives permet d’envisager de nouvelles perspectives dans la compréhension des mécanismes physiopathologiques et de candidats vaccins.

 

Streptocoque B

Aucun vaccin n’est aujourd’hui disponible contre les infections à streptocoques B. Des essais vaccinaux de phase I et II utilisant des antigènes capsulaires ont été réalisés. Un essai de phase III avec un vaccin  conjugué trivalent d’antigènes capsulaires est en cours de réalisation. La connaissance du génome de S. agalactiae (2002) laisse envisager de nouvelles perspectives dans la compréhension des mécanismes physiopathologiques et la mise en évidence de nouveaux antigènes qui pourraient constituer de nouvelles cibles vaccinales. Une nouvelle piste vaccinale est par ailleurs explorée par des chercheurs portugais en collaboration avec des chercheurs de l’Institut Pasteur.

 

A l’Institut Pasteur

L’unité de Biologie des bactéries pathogènes à Gram-positif, dirigée par Patrick Trieu-Cuot, mène des recherches sur le streptocoque B. Les recherches de l’unité portent sur la compréhension des mécanismes moléculaires de la virulence de cette bactéries. Elles pourront déboucher sur la mise au point de technologies innovantes pour le diagnostic des infections à streptocoques B et sur le développement d’une nouvelle approche vaccinale.

 

--

Illustration - Copyright Institut Pasteur

Légende - Streptococcus agalactiae à la surface de cellules épithéliales pulmonaires humaines (microscopie électronique à balayage).

 

--

Mars 2013

 

 

Les équipes de l’Institut Pasteur mobilisées sur le sujet

 

Entités de recherche

 

Unité de Biologie des bactéries pathogènes à Gram-positif

dirigée par Trieu-Cuot Patrick