Staphylocoque

 

Les staphylocoques sont des bactéries impliquées dans des pathologies variées et sont  souvent responsables d'infections contractées dans les hôpitaux. Leur habitat naturel est constitué par les flores cutanées et les muqueuses humaines et animales. Ils sont également retrouvés dans l'environnement (eau, sol, air, aliments, objets). Le traitement est difficile car de nombreuses souches sont multirésistantes aux antibiotiques. Selon les services hospitaliers, ces dernières représentent entre 20 et 50% des souches.

 

 

Le staphylocoque doré

Le staphylocoque doré (Staphylococcus aureus) est la souche de staphylocoque la plus fréquemment rencontrée en pathologie humaine et vétérinaire. Elle partage avec la bactérie Escherichia coli le triste privilège d’être au premier rang des germes responsables d’infections nosocomiales (infections contractées à l’hôpital). S. Aureus est également au deuxième rang des bactéries responsables en France d’intoxications alimentaires, après les salmonelles.

 

Symptômes

S. aureus peut être à l’origine d’infections suppuratives (production de pus) ou d'infections avec production de toxines, toutes d’autant plus difficiles à combattre que la majorité des souches sont aujourd’hui multirésistantes aux antibiotiques.

 

Chez l'homme

Dans les cas des infections alimentaires, ce sont les substances toxiques appelées entérotoxines qui, libérées par les souches se multipliant dans les aliments, déclenchent les symptômes : vomissements violents et répétés, souvent accompagnés de diarrhées. Le malade guérit généralement en un à deux jours sans séquelles.

 

Les infections cutanées provoquées par le staphylocoque doré peuvent prendre de multiples formes : furoncles, folliculites, panaris, impétigo, abcès mammaires chez les femmes qui allaitent. Les infections des muqueuses sont également fréquentes et peuvent atteindre les yeux (conjonctivites), les oreilles (otites), la sphère génitale (endométrite, salpingite) ou les voies respiratoires (pneumonies, pleurésies).

 

Toutes ces infections cutanéo-muqueuses sont susceptibles de se compliquer et d’aboutir à des septicémies. L’évolution peut alors être fulminante, aiguë et associée à des localisations secondaires multiples et variées (valves cardiaques, os, articulations, rein, cerveau).

 

Le choc toxique staphylococcique (rare mais souvent mortel), avec sa forme mineure, la scarlatine staphylococcique, sont dus à des souches productrices de la toxine du choc toxique staphylococcique (TSST-1) ou d’entérotoxines. Le syndrome d’exfoliation généralisée, et sa forme mineure localisée, l’impétigo bulbeux, sont dus à des souches productrices d’exfoliatines. Des anticorps sériques peuvent bloquer l’action de ces toxines hautement immunogènes (superantigènes).

 

Chez l'animal

Staphylococcus aureus, ainsi que d’autres espèces apparentées telles que Staphylococcus intermedius et Staphylococcus hyicus, sont des pathogènes majeurs du monde animal : à les furonculoses du chien (S. intermedius) sont souvent récurrentes et parfois difficiles à traiter. Les mammites des vaches, brebis et chèvres (S. aureus le plus souvent), la maladie des abcès du mouton (S. aureus sous-espèce anaerobius) ou encore la dermite exsudative du porcelet (S. hyicus) ont une incidence économique non négligeable.

 

Augmentation des infections

S. aureus est retrouvé, en dehors de toute pathologie, chez environ 30% des sujets sains : bien que porteuses de la bactérie, ces personnes ne présentent pas de symptômes. A l’hôpital, l’infection peut survenir quand les défenses immunitaires des patients diminuent, ou quand la barrière cutanéo-muqueuse est rompue, ce qui favorise la pénétration dans l’organisme de souches véhiculées par les patients ou par les membres de l’équipe soignante. L’élévation de l’incidence des infections staphylococciques s’explique par le nombre croissant de personnes immunodéprimées (au système immunitaire affaibli) mais aussi par la multiplication des procédures invasives altérant la barrière cutanéo-muqueuse : interventions chirurgicales, pose de cathéters ou de sondes, implantation de prothèses…

 

L'hygiène comme rempart

Seuls l’isolement des patients et le respect permanent des mesures d’hygiène peuvent limiter la dissémination et la persistance des souches hospitalières.

 

Les staphylocoques de la flore cutanée et des muqueuses

Des bactéries potentiellement pathogènes

A la différence de Staphylococcus aureus, les staphylocoques « blancs » ou à « coagulase négative », principalement Staphylococcus epidermidis (70%), font naturellement partie des flores cutanéo-muqueuses de l’homme. Ces staphylocoques peuvent néanmoins devenir pathogènes dans certaines circonstances, lorsque le sujet présente une immunodéficience (sida, radiothérapie, chimiothérapie, néonatalité) ou à l’occasion de l’implantation dans l’organisme de corps étrangers (prothèses osseuses ou cardiaques, sondes, cathéters,…). Le matériel implanté peut alors être contaminé par des souches de la flore cutanéo-muqueuse du patient ou du personnel soignant. Ces bactéries, qui ne deviennent pathogènes que dans certaines conditions, sont dites « opportunistes ».

 

Symptomes

Ces souches opportunistes peuvent être à l’origine d’infections graves (septicémies, endocardites, pyélonéphrites, méningites, ostéomyélites), dont la majorité sont des infections nosocomiales. De la même façon que les souches de Staphylococcus aureus, les souches de staphylocoques blancs isolées en milieu hospitalier sont fréquemment multirésistantes aux antibiotiques (50 à 70% des souches).

 

Un peu à part dans ce tableau, l’espèce Staphylococcus saprophyticus est associée à des cystites aigues survenant principalement chez de jeunes femmes ne présentant pas de troubles immunitaires particuliers. Après Escherichia coli, le Staphylococcus saprophyticus est la seconde bactérie responsable d’infections urinaires.

 

Traitement et prévention

En milieu hospitalier, des mesures draconiennes d'hygiène et d'isolement des patients sont requises pour limiter la dissémination de ces bactéries. Aujourd’hui, l’antibiothérapie reste le traitement de choix, surtout dans les phases précoces de l’infection. Cependant, l'émergence récente de souches résistantes à la vancomycine laisse entrevoir une impasse thérapeutique, mais des approches vaccinales sont actuellement à l’étude.

 

A l'Institut Pasteur

Au sein de l’unité de Biologie des bactéries pathogènes à Gram positif, dirigée par Patrick Trieu-Cuot), l’équipe Signalisation et pathogénèse des staphylocoques menée par Tarek Msadek développe plusieurs axes de recherche :

- l’étude des réponses bactériennes aux variations de l’environnement et leur rôle chez Staphylocococcus aureus dans la pathogénèse et les interactions avec l’hôte ;
- l’étude de l’impact des variations de la nature de l’enveloppe bactérienne sur les interactions hôte-pathogène, la formation de biofilms, et la réponse immunitaire innée ;
- la caractérisation des systèmes de résistance aux antibiotiques et aux peptides antimicrobiens.

 

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Illustration - Copyright Institut Pasteur
Légende - observation d’un groupe de staphylocoques dorés en microscopie électronique

 

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Octobre 2012

 

 

Les équipes à l'Institut Pasteur mobilisées sur le sujet

 

 
Entités de recherche
 

> Unité Biologie des bactéries pathogènes à Gram positif
Dirigée par Patrick Trieu-Cuot