Shigellose

La shigellose est une maladie diarrhéique qui sévit surtout dans les régions tropicales. Elle est  endémique toute l’année dans les pays en développement, avec des poussées épidémiques à certaines saisons ou lors de désastres humanitaires. La shigellose tue plusieurs centaines de milliers d’individus dans le monde par an, pour l’essentiel des enfants de moins de 5 ans.

 

 

Cause

La shigellose est provoquée par des bactéries appartenant au genre Shigella. Les espèces les plus fréquentes dans les pays en voie de développement, et responsables des symptômes les plus sévères, sont Shigella flexneri, causant la forme endémique de la maladie et Shigella dysenteriae sérotype 1 (ou bacille de Shiga), responsable des épidémies brutales. Une autre espèce, Shigella sonnei, est prévalente dans les pays émergents et industrialisés. Le processus pathologique est très rapide. Les shigelles envahissent les cellules épithéliales intestinales puis le tissu constituant la muqueuse recto-colique. Ce processus aboutit à une intense inflammation avec une sévère destruction tissulaire.

 

Symptômes

La forme dysentérique aiguë typique de l’adulte débute brusquement, après une incubation brève. Elle se caractérise par des douleurs abdominales, souvent accompagnées de vomissements, d’épreintes et de l’émission permanente de selles innombrables (jusqu’à 100 par 24h), glairo-sanglantes et purulentes, voire parfois hémorragiques. La fièvre est élevée, avec altération de l’état général. Le malade guérit le plus souvent spontanément en quelques jours et plus rapidement après administration d’antibiotiques.

 

Des complications peuvent cependant émailler l’évolution de la maladie, surtout chez le nourrisson et le jeune enfant ; elles en causent les formes graves qui peuvent aboutir à la mort du patient et sont de plusieurs ordres : les complications aiguës dominées par l’hypoglycémie ; par des bactériémies ou des septicémies à point de départ intestinal pouvant se compliquer de choc septique ; par la déshydratation due à la fièvre et à l’abondance des pertes hydro-électrolytiques de la diarrhée, menant au collapsus et à l’insuffisance rénale aiguë ; par le syndrome hémolytique et urémique, une insuffisance rénale aiguë de cause complexe, le plus souvent mortelle en l’absence de possibilités rapides de réanimation ; par le mégacôlon toxique, une occlusion intestinale pouvant se compliquer de perforation avec péritonite. Les complications chroniques sont dominées par un état prolongé de malnutrition avec retard staturo-pondéral sévère chez les jeunes enfants.

 

Transmission

La shigellose est par excellence une maladie de l’insuffisance d’hygiène. Les shigelles sont transmises par voie féco-orale. Elles sont extrêmement infectieuses puisque 10 à 100 bacilles suffisent à provoquer la maladie. L’homme est le seul réservoir et peut éliminer ces bactéries dans ses selles pendant des semaines après un épisode dysentérique. Le plus souvent, la transmission est directe, du malade à son entourage. L’eau et les aliments souillés par des déjections contenant des Shigella peuvent également transmettre la maladie ainsi que les mouches. Du fait de ses conditions de survenue, la maladie touche donc essentiellement les enfants vivant dans les régions pauvres et surpeuplées de la planète où les infrastructures sanitaires et l’hygiène individuelle sont insuffisantes. Elle peut cependant aussi toucher les militaires en opération dans ces régions, les personnels humanitaires et les touristes. Dans les pays industrialisés, de petites épidémies à Shigella sonnei peuvent survenir dans des collectivités de jeunes enfants ou à l’occasion de contaminations accidentelles d’un système d’adduction d’eau par un égout.

 

Traitement et prophylaxie

A la différence des autres maladies diarrhéiques, la shigellose ne peut être traitée par la seule réhydratation. En effet, la bactérie envahit la muqueuse du colon et provoque une réaction inflammatoire qui conduit à la destruction des tissus infectés voire à des complications à distance. Les antibiotiques permettent généralement une guérison rapide et sans séquelles. Cependant, le traitement est compliqué par l’émergence de souches multirésistantes, particulièrement de S. flexneri et S. dysenteriae 1. Ces espèces/sérotypes apparaissent fréquemment résistants à tous les antibiotiques dits de première ligne (ampicilline, tétracycline, sulfaméthoxazole-triméthoprime, chloramphénicol, acide nalidixique), obligeant à l’usage d’antibiotiques plus rares et bien plus chers (fluoroquinolones et céphalosporines de 3ème génération). À ce jour, les fluoroquinolones telles que la ciprofloxacine et la norfloxacine ont été actives vis-à-vis de Shigella, mais des flambées dues à des souches de S. dysenteriae 1 résistantes à ces antibiotiques ont été observées en Asie. Il est tout à fait justifié, compte tenu des connaissances sur les précédentes épidémies, de s’attendre ces prochaines années à de nouvelles épidémies de shigellose avec des souches résistantes aux fluoroquinolones, en particulier en Asie du Sud.

 

Comme pour toutes les maladies diarrhéiques, le traitement prophylactique repose sur l’amélioration des conditions d’hygiène : amélioration de l’apprentissage de l’hygiène individuelle, aménagement de latrines, contrôle des mouches, réglementation de l’utilisation agricole de matières fécales humaines, approvisionnement en eau potable. Ces améliorations sont malheureusement illusoires dans de nombreuses régions du monde, avec l’augmentation rapide des populations, en particulier urbaines. D’où l’importance et l’urgence de développer un vaccin.

 

A l’Institut Pasteur

L’Institut Pasteur est chargé de la surveillance des cas de shigellose en France, à travers le Centre National de Référence des Escherichia coli, Shigella et Salmonella (CNR), dirigé par François-Xavier Weill et Simon Le Hello. En 2012, le CNR a identifié plus de 680 souches de Shigella.

 

L’Unité de Pathogénie microbienne moléculaire, dirigée par Philippe Sansonetti, étudie les bases moléculaires et cellulaires de la rupture, de l’invasion et de la destruction inflammatoire de la barrière épithéliale intestinale par Shigella, conçoit et développe des stratégies vaccinales. La première vise à construire une collection de souches de virulence atténuée qui seraient administrées sous la forme d’un vaccin pentavalent oral et des essais cliniques de phase II contre S. dysenteriae 1 sont actuellement en cours. Une autre approche vise à développer des vaccins sous-unités basés sur l’utilisation de sucres portés par l’élément majeur de la surface de la bactérie, le lipopolysaccharide, et qui sont la cible des anticorps protecteurs. Elle est développée dans l’Unité de Chimie des biomolécules, dirigée par Laurence Mulard. Des résultats très encourageants ont été obtenus et des essais cliniques devraient pouvoir débuter.

 

Parallèlement à cette recherche vaccinale, la même unité, avec d’autres laboratoires de l’Institut Pasteur à Paris (Plate-Forme 5 - Production de Protéines recombinantes et d’Anticorps, Unité de Recherche et d’expertise épidémiologie des maladies émergentes, CNR des E. coli, Shigella et Salmonella), des Instituts du Réseau International et le Service de Santé des Armées, développent des outils de diagnostic rapide. L’objectif est la mise au point de bandelettes permettant un diagnostic en seulement 15 min par simple contact avec un prélèvement de selles. Actuellement des bandelettes de diagnostic de S. flexneri 2a (sérotype endémique prévalent) et S. dysenteriae 1 (principal sérotype épidémique) ont été élaborées et de nombreuses autres bandelettes sont en développement pour les principaux germes pathogènes entériques.

 

Enfin, des études épidémiologiques appliquées à la prise en charge médicale de la maladie et à sa prévention vaccinale sont en cours en Afrique, en liaison avec le Réseau International des Instituts Pasteur.

 

--

Illustration - Copyright Institut Pasteur

Légende - Shigella dysenteriae en microscopie électronique.

 

--

Mai 2013

 

 

Les équipes de l’Institut Pasteur mobilisées sur le sujet

 

Entités de recherche

 

Unité de Pathogénie Microbienne Moléculaire

dirigée par Philippe Sansonetti

 

Unité de Recherche et d’Expertise des Bactéries Pathogènes Entériques (PDF)

dirigée par François-Xavier Weill

 

Unité Chimie des biomolécules (PDF)

dirigée par Laurence Mulard

 

Surveillance et santé publique

 

Centre national de référence des Escherichia coli et shigelles

dirigé par François Xavier Weill

En savoir plus

Zoom sur...

Ebola TaskForce - Institut Pasteur

 

    EBOLA TASK FORCE

 

Nous suivre

fb_icon_325x325.png twitter-icone02.jpeg logo-google-plus.jpg You Tube - Institut Pasteur

Contacts

 

 

 

Centre médical

CENTRE MEDICAL

209-211 rue de Vaugirard

75015 Paris

01 45 68 80 88

Flux RSS