Poliomyélite

La poliomyélite est une maladie très contagieuse provoquée par un virus (le poliovirus) qui envahit le système nerveux et qui peut entraîner en quelques heures des paralysies irréversibles. Depuis les années 60 cette maladie peut être prévenue grâce à des vaccins efficaces. Un programme  mondial visant à éradiquer la maladie par la vaccination a été lancé sous le contrôle de l’OMS.

 

 

 

 

 

Cause

Le virus de la poliomyélite fait partie de la famille des picornavirus comme les rhinovirus (agents du rhume), et appartient au genre des entérovirus. Les poliovirus se répartissent en 3 sérotypes (1, 2 et 3). Les virus de sérotype 1 sont les virus le plus souvent isolés dans les cas de paralysie.

 

Epidémiologie

Avant l’ère vaccinale, la polyomyélite était l’un des plus terribles fléaux de l’enfance. La poliomyélite touchait plus de 600 000 enfants par an dans le monde. Pour vaincre la maladie grâce à la vaccination, un effort a été décidé au niveau mondial en 1988 : l’Initiative Mondiale pour l’Eradication de la Poliomyélite a ainsi été lancée par l’OMS.

 

Une stratégie de lutte payante

La stratégie pour interrompre la transmission du poliovirus sauvage est basée tout d’abord sur la mise en place d’une couverture vaccinale de routine élevée chez le nourrisson (administration de quatre doses de vaccin antipoliomyélitique oral pendant la première année). De plus, des doses supplémentaires de vaccin antipoliomyélitique oral sont administrées à tous les enfants de moins de 5 ans au cours de journées nationales de vaccination (JNV). Quant à la surveillance de la poliomyélite, elle s’effectue grâce à un réseau de laboratoires qui recherchent les poliovirus chez tous les enfants de moins de 15 ans atteints de paralysie flasque aiguë (PFA), le symptôme qui caractérise la maladie.

 

L’incidence de la poliomyélite a ainsi diminué de plus de 99 % depuis 1988, passant de plus de 350 000 cas estimés à quelques centaines de cas (650 cas déclarés en 2011 et environ 250 cas en 2012). La maladie n’est plus considérée comme endémique que dans 3 pays: le Nigeria, l’Afghanistan et le Pakistan. En 1994, le continent américain (36 pays) a été certifié exempt de poliomyélite, suivi en 2000 par la Région du Pacifique occidental (37 pays et territoires, dont la Chine) et, en juin 2002, par l’Europe (51 pays).

 

Une maladie toujours présente

Alors que le nombre de cas de poliomyélite a considérablement diminué en Asie ces dernières années, la maladie persiste en Afrique subsaharienne, notamment au Nigéria. Des campagnes de vaccination d’une ampleur sans précédent sont organisées ces derniers temps afin de faire régresser l’épidémie et de stopper la circulation du virus. Cependant, suite à la disparition de la maladie, certains pays en voie de développement négligent de maintenir la couverture vaccinale à un niveau suffisant. L’on assiste alors à un retour de la poliomyélite à cause de virus sauvages importés des pays endémiques.

 

En outre, une faible couverture vaccinale est aussi à l’origine d’épidémies de poliomyélite d’un nouveau type qui ont été recensées dans une vingtaine de pays depuis 2000. Ces épidémies ont été causées, en majorité, par des virus recombinants entre souches de poliovirus vaccinal mutées et d’autres entérovirus, probablement des coxsackievirus. Les problèmes associés à une couverture vaccinale insuffisante tendent à retarder considérablement les échéances finales des campagnes de vaccination, à savoir la disparition des souches de poliovirus sauvage et, si toutefois cela s’avère possible, l’arrêt de la vaccination.

 

Symptômes

La maladie commence à se manifester par des symptômes de type grippal, fièvre, fatigue, céphalées pouvant s’accompagner de vomissements, raideur de la nuque et douleurs dans les membres. Une paralysie irréversible (des jambes en général) survient dans un cas sur 200 infections. Entre 5 et 10 % des patients paralysés meurent lorsque leurs muscles respiratoires sont paralysés. Chez les patients qui survivent, on peut observer des paralysies résiduelles occasionnant des handicaps avec des atteintes de degrés très variables. Celles-ci vont de paralysies mineures laissant une indépendance complète à des paralysies extrêmement handicapantes nécessitant une assistance respiratoire.

 

Certains anciens malades développent, plusieurs décennies après la poliomyélite aiguë, un syndrome « post-polio » qui se caractérise par de nouveaux déficits progressant lentement. Les causes exactes du développement de ce syndrome ne sont pas actuellement bien définies. Il pourrait être dû à la persistance du virus chez certains patients.

 

Transmission

Le virus de la poliomyélite se multiplie dans la muqueuse pharyngée et dans l’intestin grêle et on peut le retrouver dans la gorge et les selles. Sa transmission est exclusivement interhumaine et s’effectue essentiellement par voie féco-orale en particulier par l’intermédiaire d’eau souillée, d’aérosols ou d’aliments contaminés par les selles. Les personnes infectées peuvent transmettre l’infection tant que le virus persiste dans la gorge (une semaine) et dans les excréments (3 à 6 semaines, ou même davantage).

 

Le virus pénètre dans l’organisme par la bouche et, passant par les muqueuses de la gorge ou les muqueuses intestinales, il se multiplie dans les ganglions lymphatiques cervicaux ou mésentériques (de l’intestin grêle). Chez 1 à 2% des sujets infectés, le virus atteint, probablement par voie sanguine, les neurones moteurs de la corne antérieure de la moelle épinière ou d’autres régions motrices du système nerveux central, dont la destruction est responsable des formes de paralysie flasque. Il est généralement admis que la mort des motoneurones est une conséquence directe de la réplication virale.

 

Prévention et traitement

La maladie se transmettant essentiellement par voie féco-orale, les principales mesures de prévention tiennent au développement de l’hygiène. Comme il n’existe pas de traitement de la maladie (seuls les problèmes liés aux handicaps sont pris en charge par la rééducation), la seule action médicale préventive est constituée par le vaccin qui, administré à plusieurs reprises, confère à l’enfant une protection.

 

Vaccin

Il existe à l’heure actuelle 2 types de vaccins :

 

  • Un Vaccin Poliomyélitique Inactivé Injectable (VPI) développé par Jonas Salk, contenant les 3 sérotypes de virus inactivés et qui induit une protection due à une bonne immunité générale. Ce vaccin nécessitant plusieurs injections et des rappels réguliers, il doit être utilisé dans des conditions d’asepsie contrôlées. De plus, son coût limite sa diffusion aux pays les plus développés.
  • Un Vaccin Poliomyélitique Oral (VPO) développé par Albert Sabin, contenant les trois sérotypes de virus vivants, atténués à la suite de mutations. Ce vaccin possède de multiples avantages ce qui explique qu’il ait été jusqu’à maintenant l’outil privilégié du programme d’éradication : il est facile à utiliser car il ne nécessite pas d’injection, il confère rapidement une bonne immunité générale et une immunité locale au niveau de l’intestin, réduisant par conséquent la transmission du poliovirus sauvage. Ce vaccin est de plus d’un coût très abordable. Ses principaux inconvénients sont sa mauvaise conservation aux températures ambiantes et l’existence de cas extrêmement rares de « poliomyélite paralytique associée au vaccin » apparaissant quelques jours après la vaccination chez les sujets vaccinés ou leurs proches non vaccinés.

A l’Institut Pasteur

L’Institut Pasteur est impliqué dans la surveillance du poliovirus qui s’effectue dans le cadre du Réseau de Surveillance et de Recherche des Entérovirus qui réunit les laboratoires de 12 instituts du Réseau International des Instituts Pasteur. La plupart de ces laboratoires participent au réseau mondial de surveillance de la poliomyélite de l’OMS (environ 150 laboratoires).

 

L’émergence des nouvelles souches recombinantes de poliovirus est étudiée à l’Institut Pasteur à Paris en collaboration avec de nombreux Instituts du Réseau International des Instituts Pasteur. Les Instituts de Madagascar, de République Centrafricaine, du Cameroun, de Côte d’Ivoire, du Sénégal, du Maroc, d’Algérie, de Tunisie, de Roumanie et de Russie (Saint Petersbourg) participent à ces études. Ces travaux sont coordonnés par Francis Delpeyroux qui dirige l’Unité de Biologie des virus entériques. Les instituts essaient maintenant d’identifier les entérovirus en circulation dans leurs pays respectifs, et en particulier ceux qui seraient susceptibles de recombiner avec le poliovirus. Les chercheurs tentent d’améliorer la surveillance des poliovirus pathogènes dérivés du vaccin, et de comprendre quels sont les facteurs viraux et environnementaux qui pourraient favoriser l’émergence de ces souches recombinantes pathogènes.

 

L’équipe de Francis Delpeyroux étudie plus particulièrement les mécanismes impliqués dans la recombinaison entre souches d’entérovirus de types différents, les caractéristiques des séquences virales inconnues retrouvées dans les souches de poliovirus recombinantes, et leur rôle dans les entités recombinantes. Dans le même but, des recherches au niveau cellulaire sont menées dans l’Unité sous la responsabilité de Bruno Blondel.

 

Ces équipes essayent ainsi de cerner le contexte épidémiologique et les facteurs viraux et cellulaires qui favorisent l’émergence et la pathogénicité de tels virus recombinants, dans l’espoir de prévenir sinon de limiter de nouvelles épidémies.

 

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Illustration - Copyright Institut Pasteur

Légende - Poliovirus, agent de la poliomyélite, l’homme est le seul hôte naturel.

 

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Janvier 2013

 

 

Les équipes à l’Institut Pasteur

 

Entités de recherche

 

Unité de Biologie des virus entériques (PDF)

dirigée par Francis Delpeyroux