Poliomyélite

La poliomyélite est une maladie très contagieuse provoquée par un virus (le poliovirus) qui envahit le système nerveux et qui peut entraîner en quelques heures des paralysies irréversibles. Depuis les années 60 cette maladie peut être prévenue grâce à des vaccins efficaces. Un programme  mondial visant à éradiquer la maladie par la vaccination a été lancé sous le contrôle de l’OMS.

 

 

 

 

> Cause
> Epidémiologie et prévention
> Symptômes
Transmission
> A l'Institut Pasteur
> Les équipes mobilisées

 

Cause

Le virus de la poliomyélite fait partie de la famille des picornavirus comme les rhinovirus (agents du rhume), et appartient au genre des entérovirus. Les poliovirus se répartissent en 3 sérotypes (1, 2 et 3).

 

Epidémiologie et prévention

La maladie se transmettant essentiellement par voie féco-orale, les principales mesures de prévention tiennent au développement de l’hygiène. Comme il n’existe pas de traitement de la maladie (seuls les problèmes liés aux handicaps sont pris en charge par la rééducation), la seule action médicale préventive est constituée par la vaccination qui, effectuée à plusieurs reprises, protège l’enfant.

Avant l’ère vaccinale, la poliomyélite était l’un des plus terribles fléaux de l’enfance. La poliomyélite touchait plus de 600 000 enfants par an dans le monde. Pour vaincre la maladie, l’OMS a lancé en 1988 l’Initiative Mondiale pour l’Eradication de la Poliomyélite. Celle-ci est basée sur la vaccination de tous les enfants du monde.

 

 

Les 2 types vaccins

  • Un Vaccin Poliomyélitique Inactivé Injectable (VPI) développé par Jonas Salk dans les années 50, contenant les 3 sérotypes de virus inactivés et qui induit une protection due à une bonne immunité générale. Ce vaccin nécessitant plusieurs injections et des rappels réguliers, il doit être utilisé dans des conditions d’asepsie contrôlées. Il est totalement sûr, mais son coût a longtemps limité sa diffusion à certains pays développés, comme la France. Il est depuis quelques années utilisé dans de nombreux autres pays.

 

  • Un Vaccin Poliomyélitique Oral (VPO) a été développé par Albert Sabin, également dans les années 50. Le VP0 contient les trois sérotypes de virus vivants, atténués à la suite de mutations. Ce vaccin possède de multiples avantages ce qui explique qu’il ait été jusqu’à maintenant l’outil privilégié du programme d’éradication : il est facile à utiliser car il ne nécessite pas d’injection, il confère rapidement une bonne immunité générale et une immunité locale au niveau de l’intestin, réduisant par conséquent la transmission du poliovirus sauvage (ce que fait bien moins efficacement le VPI). Le VPO est de plus d’un coût très abordable. Ses principaux inconvénients sont sa mauvaise conservation aux températures ambiantes et son instabilité génétique, cause possible de cas extrêmement rares de « poliomyélite paralytique associée au vaccin » apparaissant quelques jours après la vaccination chez les sujets vaccinés ou leurs proches non vaccinés.

 

 

Une stratégie de lutte payante

La stratégie pour interrompre la transmission du poliovirus sauvage est basée tout d’abord sur la mise en place, chez tous les nourrissons, d’une couverture vaccinale de routine (administration de quatre doses de vaccin antipoliomyélitique oral pendant la première année). De plus, dans les pays où le risque de la maladie est le plus grand, des doses supplémentaires de vaccin antipoliomyélitique oral sont administrées à tous les enfants de moins de 5 ans au cours de journées nationales de vaccination (JNV). Quant à la surveillance de la poliomyélite, elle s’effectue grâce à un réseau de laboratoires qui recherchent les poliovirus chez tous les enfants de moins de 15 ans atteints de paralysie flasque aiguë (PFA), le symptôme qui caractérise la maladie.

En 1988, l’incidence de la poliomyélite était de plus de 350 000 cas estimés par an. En 1994, grâce à la vaccination, le continent américain (36 pays) a été certifié exempt de poliomyélite, suivi en 2000 par la Région du Pacifique occidental (37 pays et territoires, dont la Chine) et, en juin 2002, par l’Europe (51 pays). Les souches sauvages de sérotype 2 ne circulent plus depuis 1999 et aucun cas associé à celles de type 3 n’a été rapporté depuis novembre 2012. Les seules souches sauvages encore en circulation aujourd’hui seraient donc celles de type 1. La région OMS de l’Asie du Sud-Est a été certifiée exempte de poliomyélite en mars 2014 (11 pays dont l’Indonésie et l’Inde). L’initiative de l’OMS a donc permis de faire diminuer l’incidence de la poliomyélite de plus de 99 % et elle est aujourd’hui d’une centaine de cas par an (101 cas notifiés en 2015). La maladie n’est plus considérée comme endémique que dans 2 pays: l’Afghanistan et le Pakistan.

 

Une maladie toujours présente

Des campagnes de vaccination d’une ampleur sans précédent sont organisées ces derniers temps afin de faire régresser l’épidémie et de stopper la circulation du virus. Cependant, suite à la disparition de la maladie, certains pays en voie de développement négligent de maintenir la couverture vaccinale à un niveau suffisant. L’on assiste alors parfois à un retour de la poliomyélite dû à des virus sauvages importés des pays où la maladie reste endémique.

 

En outre, une faible couverture vaccinale est aussi à l’origine d’épidémies de poliomyélite d’un nouveau type, qui ont été recensées dans une vingtaine de pays depuis 2000. La transmission naturelle du virus vaccinal chez des enfants non vaccinés peut favoriser la dérive génétique des souches vaccinales qui acquièrent ainsi un caractère pathogène. Ces épidémies sont très souvent causées par des virus recombinants entre souches mutées de poliovirus, dérivées du VPO, et d’autres entérovirus, probablement des coxsackievirus. Les problèmes associés à une couverture vaccinale insuffisante tendent à retarder considérablement les échéances finales du programme d’éradication. La difficulté de ce programme tient aussi au fait que l’immense majorité des infections par le poliovirus sont asymptomatiques, facilitant la circulation du virus (contrairement au cas de la variole où toutes les infections donnaient des symptômes visibles).

 

Symptômes

La maladie commence à se manifester par des symptômes de type grippal, fièvre, fatigue, céphalées pouvant s’accompagner de vomissements, raideur de la nuque et douleurs dans les membres. Une paralysie irréversible (des jambes en général) survient dans un cas sur 200 infections. Entre 5 et 10 % des patients paralysés meurent lorsque leurs muscles respiratoires sont paralysés. Chez les patients qui survivent, on peut observer des paralysies résiduelles occasionnant des handicaps avec des atteintes de degrés très variables. Celles-ci vont de paralysies mineures laissant une indépendance complète à des paralysies extrêmement handicapantes nécessitant une assistance respiratoire.

 

Certains anciens malades développent, plusieurs décennies après la poliomyélite aiguë, un syndrome « post-polio » qui se caractérise par de nouveaux déficits progressant lentement. Les causes exactes du développement de ce syndrome ne sont pas actuellement bien définies. Il pourrait être dû à la persistance du virus chez certains patients.

 

Transmission

Le virus de la poliomyélite se multiplie dans la muqueuse pharyngée et dans l’intestin grêle et on peut le retrouver dans la gorge et les selles. Sa transmission est exclusivement interhumaine et s’effectue essentiellement par voie féco-orale en particulier par l’intermédiaire d’eau souillée, d’aérosols ou d’aliments contaminés par les selles. Les personnes infectées peuvent transmettre l’infection tant que le virus persiste dans la gorge (une semaine) et dans les excréments (3 à 6 semaines, ou même davantage).

 

Le virus pénètre dans l’organisme par la bouche et, passant par les muqueuses de la gorge ou les muqueuses intestinales, il se multiplie dans les ganglions lymphatiques cervicaux ou mésentériques (de l’intestin grêle). Chez 1 à 2% des sujets infectés, le virus atteint, probablement par voie sanguine, les neurones moteurs de la corne antérieure de la moelle épinière ou d’autres régions motrices du système nerveux central, dont la destruction est responsable des formes de paralysie flasque. Il est généralement admis que la mort des motoneurones est une conséquence directe de la réplication virale.

 

 

A l’Institut Pasteur

L’Institut Pasteur est impliqué dans la surveillance du poliovirus qui s’effectue dans le cadre du Réseau de Surveillance et de Recherche des Entérovirus qui réunit les laboratoires de 12 instituts du Réseau International des Instituts Pasteur. La plupart de ces laboratoires participent au réseau mondial de surveillance de la poliomyélite de l’OMS, un réseau de plus de 150 laboratoires conçu et organisé pour détecter les derniers cas de maladie.

L’émergence des nouvelles souches recombinantes de poliovirus est étudiée à l’Institut Pasteur à Paris en collaboration avec de nombreux Instituts du Réseau International des Instituts Pasteur. Les Instituts de Madagascar, de République Centrafricaine, du Cameroun, de Côte d’Ivoire, du Sénégal, du Maroc, d’Algérie, de Tunisie, de Roumanie et de Russie (Saint Petersbourg) participent à ces études. Ces travaux sont coordonnés par Francis Delpeyroux qui dirige l’Unité de Biologie des virus entériques. Les instituts essaient maintenant d’identifier les entérovirus en circulation dans leurs pays respectifs, et en particulier ceux qui seraient susceptibles de recombiner avec le poliovirus. Les chercheurs tentent d’améliorer la surveillance des poliovirus pathogènes dérivés du vaccin, et de comprendre quels sont les facteurs viraux et environnementaux qui pourraient favoriser l’émergence de ces souches recombinantes pathogènes.

L’équipe de Francis Delpeyroux étudie plus particulièrement les mécanismes impliqués dans la recombinaison entre souches d’entérovirus de types différents, les caractéristiques des séquences virales inconnues retrouvées dans les souches de poliovirus recombinantes, et leur rôle dans le pouvoir pathogène de ces virus. Dans le même but, des recherches au niveau cellulaire sont menées dans l’Unité sous la responsabilité de Bruno Blondel.

Ainsi, l’équipe de l’Institut Pasteur de Paris et le Réseau International des Instituts Pasteur combattent la poliomyélite sur deux fronts :

- La surveillance des virus circulant chez les enfants sains ou atteints de paralysies permet, en cas de détection de souches pathogènes, d’alerter les autorités de santé publique qui renforcent alors les campagnes de vaccination pour stopper et prévenir les épidémies.

- Les équipes étudient le contexte épidémiologique et les facteurs viraux et cellulaires qui favorisent l’émergence et la pathogénicité des poliovirus recombinants, car la compréhension de ces mécanismes peut améliorer la prévention des épidémies. L’ensemble de ces recherches constitue aussi un modèle pour comprendre l’émergence de nouveaux virus.

 

 

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Illustration - Copyright Institut Pasteur

Légende - Poliovirus, agent de la poliomyélite, l’homme est le seul hôte naturel.

 

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Avril 2016

 

 

Les équipes à l’Institut Pasteur

 

Entités de recherche

 

Unité de Biologie des virus entériques

dirigée par Francis Delpeyroux