Maladie de Chagas

La maladie de Chagas est une infection parasitaire négligée. Elle est transmise par un insecte hématophage et sévit principalement sur le continent américain où plus de 100 millions de personnes sont exposées. L’infection peut prendre une forme chronique qui engendre des lésions irréversibles, et conduire au décès. Chaque année, la maladie de Chagas fait des milliers de victimes.  La maladie de Chagas est la maladie parasitaire de plus grande incidence socio-économique en Amérique latine.

 

 

 

Cause

La maladie de Chagas est provoquée par le parasite Trypanosoma cruzi, transmis à l’homme lors du repas sanguin du trianome, un insecte hématophage. Le trianome se niche dans les fissures des vieux murs ou des toits des habitations pauvres des zones rurales et des zones urbaines périphériques.

 

Symptômes

Après une phase aiguë suivant l’infection, la maladie évolue vers la chronicité chez plus d’un tiers des personnes infectées. La phase chronique apparaît après 10 à 20 ans d’infection « silencieuse ». Des lésions irréversibles peuvent toucher le cœur, l’œsophage, le colon, et le système nerveux périphérique : 27% des personnes infectées souffrent de symptômes cardiaques (cardiopathies chroniques), qui peuvent conduire à la mort subite. Environ 6% des individus sont atteints de lésions chroniques de l’appareil digestif et 3% des personnes infectées ont des atteintes du système nerveux périphérique (troubles neurologiques).

 

Epidémiologie

L’Organisation Mondiale de la Santé estime en 2012 qu’approximativement 8 millions de personnes étaient infectées par Trypanosoma cruzi dans les zones endémiques de 21 pays d’Amérique Latine. L’infection chronique provoquée est incurable, peut être invalidante et entraîne plus 10 000 décès par an.

 

Les populations exposées au parasite vivent du sud des Etats-Unis au sud de l’Argentine. La maladie de Chagas menace un quart des populations d’Amérique Latine. Le Brésil est le plus grand pays d’endémie pour cette infection parasitaire et concentre à lui seul 40% de la prévalence de la maladie. 
Le risque d’infection est fortement associée aux conditions socio-économiques. Cependant, le parasite peut être aussi transmis par transfusion sanguine, par voie transplacentaire et par transplantation d’organes. En conséquence, depuis plus d’une décennie la maladie est aussi détectée chez des personnes vivant dans des zones non endémiques telles que les Etats-Unis (300000 cas, provenant principalement du Mexique), l’Australie, le Japon et dans presque tous les pays d’Europe occidentale. L’Espagne estime avoir 40 et 60000 cas sur son territoire, principalement migrants de l’Equateur, de l’Argentine, du Pérou et de la Bolivie. Depuis 1990, les initiatives régionales ont contribué de manière significative à contrôler l’infection vectorielle sur le continent Américain, mais 50000 nouveaux cas sont encore décelés annuellement.

Un contrôle renforcé des dons de tissus et de cellules (Titre 4)

 

Depuis février 2006, une directive du Parlement Européen relative au don, à l’obtention et au contrôle de tissus et des cellules d’origine humaine prévoit des examens de dépistage en fonction des antécédents du donneur ou des voyages effectués en zones endémiques et exposition aux risques d’infection (2006/17/CE). D’autres directives européennes, comme la 2005/62/CE, établissent les normes à suivre par les établissements de transfusion sanguine à propos de la qualité de sang et des composants sanguins transfusés importés de pays tiers. L’Etablissement Français du Sang (EFS) et l’Agence française de sécurité sanitaire du médicament et des produits de santé (Afssaps), dont les missions ont été reprises récemment par l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des Produits de Santé (ANSM), ont travaillé activement pour la validation et la mise en place de techniques sérologiques de dépistage adéquates du « Chagas » qui sont appliquées aux Antilles françaises et en France métropolitaine.

 

Prévention, traitement et vaccins

En dehors de la lutte vectorielle par des insecticides, il n’existe aucun moyen de contrôle de la maladie de Chagas, aucun traitement efficace pour les formes chroniques, ni vaccin. Le DNDi (Drugs for Neglected Diseases initiative), une initiative pour lutter contre les maladies négligées comme la maladie de Chagas, créé en 2003 regroupe l’Institut Pasteur, le Conseil Indien pour la Recherche Médicale (Inde), la Fondation Oswaldo Cruz (Brésil), l’Institut de Recherche Médicale du Kenya, Médecins Sans Frontières et le ministère de la Santé de Malaisie. 


 

Ces partenaires travaillent en étroite collaboration avec le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), la Banque mondiale et le Programme Spécial de Recherche et de Formation sur les Maladies Tropicales de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS/TDR) sur la recherche de nouveaux médicaments. 



 

Des plans globaux pour combattre les maladies négligées sont un des objectifs anti-pauvreté du Millénaire pour le développement durable. La maladie de Chagas est responsable de la perte de productivité à un coût estimé de 1,2 milliard de dollars US par an en Amérique Latine. Les frais médicaux pour le traitement des personnes qui développent de graves pathologies cardiaques ou digestives sont plusieurs fois ce montant. Des fonds privés et publics sont annuellement nécessaires pour la recherche sur les maladies parasitaires négligées, dont la maladie de Chagas.

 

A l’Institut Pasteur

Le Laboratoire Processus infectieux à Trypanosomatidés, dirigé par Paola Minoprio, étudie les perturbations du système immunitaire lors de l’infection expérimentale par le parasite responsable de la maladie de Chagas. 



 

L’équipe a identifié une enzyme parasitaire essentielle qui permet à Trypanosoma cruzi de se développer, d’acquérir des propriétés infectieuses et d’échapper aux réponses immunitaires de l’hôte. La définition du mécanisme réactionnel et l’obtention de la structure 3D de cette enzyme ont ouvert la voie à la recherche d’une chimiothérapie contre la maladie de Chagas. Un tel médicament pourrait être utile pour traiter des infections causées par d’autres microorganismes possédant la même enzyme, telles que le Nagana (Trypanosomose parasitaire animale), ou encore l’infection nosocomiale due à la bactérie Clostridium difficile. 



 

Actuellement, des approches multidisciplinaires impliquant l’immunologie, la chimie médicinale, la dynamique moléculaire et le criblage in silico ont permis d’identifier des nouveaux chefs de file thérapeutiques contre ces pathologies. L’optimisation de ces composés est en cours dans le laboratoire.

Pour en savoir plus les recherches menées à l’Institut Pasteur.

 

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Illustration - Copyright Institut Pasteur

Légende - Trypanosoma cruzi, agent de la maladie de Chagas

 

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Janvier 2013

 

 

Les équipes de l’Institut Pasteur mobilisées sur le sujet

 

Entités de recherche

 

Laboratoire Processus infectieux à Trypanosomatidés


dirigé par Paola Minoprio