Fièvres typhoïde et paratyphoïde

Les fièvres typhoïde et paratyphoïde sont des maladies infectieuses potentiellement mortelles en l’absence de traitement. Ces fièvres surviennent le plus souvent dans des zones où l’hygiène est précaire et frappent principalement les pays en voie de développement. En France, quelques centaines de cas importés des zones endémiques sont répertoriés chaque année.

 

 

 

 

Cause

Les fièvres typhoïdes et paratyphoïdes sont causées par des bactéries appartenant au genre Salmonella,  mais dont le réservoir est strictement humain. Ces bactéries appartiennent au sérotype Typhi ou moins fréquemment aux sérotypes Paratyphi A, B ou C. La contamination résulte, le plus souvent de l’ingestion d’eau ou d’aliments ayant subi une contamination fécale d’origine humaine ou d’une transmission directe de personne-à-personne.

 

Symptômes et traitement

C’est après une incubation d’environ une à trois semaines après la contamination que survient le passage dans le sang et les symptômes cliniques. La fièvre typhoïde se traduit par une fièvre continue accompagnée de maux de tête, d’anorexie, d’abattement (“tuphos” torpeur en grec) et de douleurs abdominales avec diarrhée ou constipation.

 

Dans les formes bénignes, l’état reste stationnaire pendant une quinzaine de jours puis la convalescence dure plusieurs semaines. Dans les formes plus graves où des complications peuvent survenir au niveau de l’intestin, du cœur ou du système nerveux, la fièvre typhoïde peut être fatale en l’absence de traitement.

 

Le taux de mortalité est de 10% en l’absence de traitement antibiotique efficace comparé à moins de 1% pour les autres formes de salmonellose.

 

Une antibiothérapie appropriée abaisse le risque de mortalité à moins de 1%, mais on isole de plus en plus de souches résistantes aux antibiotiques : en Asie du sud-est et dans le sous-continent Indien, plus de 90 % des souches isolées sont ainsi de sensibilité diminuée aux fluoroquinolones, antibiotiques classiquement utilisés.

 

Une particularité épidémiologique de ces infections est qu’il existe des porteurs sains de ces bactéries. En effet, après guérison d’une fièvre typhoïde chronique 2 à 5% des individus continuent à héberger des Salmonella Typhi (S. Typhi) (essentiellement au niveau de la vésicule biliaire) qui sont excrétées épisodiquement dans les selles et qui peuvent être donc à l’origine de cas secondaires.

 

Epidémiologie

Comme toutes les maladies à transmission oro-fécale, ces fièvres surviennent le plus souvent dans des zones où l’hygiène est précaire, et frappent principalement les pays en développement en Asie, en Afrique ou en Amérique Latine.

 

Les données mondiales les plus récentes font état de plus de 20 millions de cas annuels de fièvre typhoïde, et de plus de 200 000 morts. La maladie n’a pas totalement disparu des pays industrialisés. En France métropolitaine, les fièvres typhoïde et paratyphoïde sont des maladies à déclaration obligatoire (DO) auprès des instances sanitaires depuis 1903 (www.invs.sante.fr). Les souches de Salmonella Typhi (S. Typhi) et Paratyphi (S. Paratyphi) sont centralisées par le Centre national de référence (CNR) qui existe depuis 1947 à l’Institut Pasteur à Paris.

 

Depuis 2003, 100 à 250 cas d’infections à S. Typhi, isolées en France (mais contractées en zone d’endémie), sont répertoriés chaque année au CNR des Salmonella. Ces souches proviennent quasi-exclusivement de cas importés (Afrique, Amérique du Sud et sous-continent Indien). L’incidence annuelle des cas en France est environ de 0,2 pour 100 000 habitants. Elle est en constante diminution depuis le dernier pic épidémique observé en 1949 et est inférieure à 1 cas/100 000 habitants depuis la fin des années 1980. L’incidence moyenne des cas déclarés dans les départements d’outre-mer (DOM) est supérieure à celle des cas déclarés en métropole. C’est en Guyane et à Mayotte que la fièvre typhoïde est endémique.

 

Les épisodes de cas groupés survenus en 2003 et 2006 à Paris et en 2009 à Tourcoing rappellent cependant que les épidémies autochtones restent possibles et que le diagnostic de fièvre typhoïde doit être évoqué même en l’absence de voyages, et que la déclaration des cas doit être rapide. Ainsi en 2003 et 2006, deux foyers de sept à 10 cas groupés liés à un lieu de restauration, ont été détectés à Paris. La source de la contamination a été identifiée pour les deux épisodes, il s’agissait à chaque fois d’un porteur sain travaillant en cuisine. En janvier 2009, le centre hospitalier de Tourcoing signalait des cas groupés de fièvres typhoïdes chez des participants à un repas associatif. Au total, 18 cas d’infections à S. Typhi ont été identifiés. L’investigation a permis le mettre en évidence un porteur sain parmi les préparateurs des aliments. En octobre 2009, 18 cas groupés d’infections à S. Paratyphi A étaient signalés chez des coureurs cyclistes originaires majoritairement de l’ouest de la France et revenant de courir l’épreuve du Tour du Sénégal. Malgré les investigations, entreprises avec la Cire Ouest, la source alimentaire ou hydrique n’a pu être identifiée.

 

Prévention

La prévention repose sur la surveillance épidémiologique et la lutte contre le  « péril fécal ». La dissémination des bactéries peut être enrayée par : une distribution d’eau de qualité, bactériologiquement contrôlée, le traitement des eaux usées, la généralisation du tout-à-l’égout, le contrôle des zones de récolte des coquillages, la pasteurisation des aliments, beurre et lait en particulier et le respect strict des règles d’hygiène pour tous les travailleurs du milieu de la restauration.

 

Un vaccin anti typhoïdique bien toléré, ne nécessitant qu’une seule injection, peut être administré aux voyageurs se rendant dans des régions à risque. L’effet protecteur dure 3 ans et le taux de protection en zone d’endémie est de 60%.

 

A l’Institut Pasteur

Le Centre National de Référence des Escherichia coli, Shigella et Salmonella, situé dans l’Unité des Bactéries pathogènes entériques (responsable François-Xavier Weill) à l’Institut Pasteur, participe à la surveillance des salmonelloses. Chaque année le CNR expertise de 8000 à 10 000 souches de Salmonella provenant d’environ 1500 laboratoires français (laboratoires d’analyses de biologie médicale et laboratoires de centres hospitaliers).

 

Il a un rôle de premier plan en cas d’épidémie, alertant la Direction Générale de la Santé et l’InVS dès qu’un excès de cas est détecté et en participant à l’enquête épidémiologique en effectuant le typage moléculaire des souches bactériennes, il analyse le suivi de la sensibilité aux antibiotiques des Salmonella au cours du temps, il développe de nouveaux outils moléculaires pour le suivi des souches bactériennes et collabore avec le réseau national de l’Anses (agence de sécurité alimentaire) et le réseau européen de surveillance épidémiologique des maladies infectieuses alimentaires et hydriques de l’ECDC.

 

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Illustration - Copyright Institut Pasteur

Légende - Salmonella spp. Bactéries à Gram négatif, aérobies ou anaérobies facultatifs à transmission oro-fécale.

 

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Novembre 2012

 

 

Les équipes de l’Institut Pasteur mobilisées sur le sujet

 

Entités de recherche

Unité des Bactéries pathogènes entériques (PDF)

dirigée par François-Xavier Weill

 

Surveillance et Santé Publique

Centre National de Référence des Escherichia coli, Shigella et Salmonella

dirigé par François-Xavier Weill