Infertilité masculine : la génétique en cause

Des scientifiques de l'Institut Pasteur viennent d'identifier des mutations affectant un même gène et responsables de troubles sévères de la fertilité chez l'homme. Une telle découverte ouvre d'ores et déjà la voie à un diagnostic précoce des formes d'infertilité masculine liées à ces mutations, et pourrait permettre au corps médical d'apporter conseil aux couples concernés, quant à la procréation ou à la congélation de cellules sexuelles. L'infertilité constituant dans certains cas un facteur de risque d'apparition de cancers, ces travaux pourraient également inciter à renforcer le suivi médical des personnes porteuses de ces mutations.

 

 

Communiqué de presse
Paris, le 30 septembre 2010

 

 

Dans le monde, un couple sur sept est touché par la stérilité, et dans 30 à 50% des cas, c’est l’infertilité masculine qui est en cause. Dans la plupart des cas, la cause en reste inconnue. Des chercheurs de l’unité de Génétique du développement humain de l’Institut Pasteur, dirigée par Ken McElreavey, viennent d’identifier un gène dont les mutations expliquent à elles seules, individuellement, certains cas d’infertilité sévères chez l’homme.

En 2009, les chercheurs avaient déjà prouvé que des mutations sur ce gène, appelé NR5A1, pouvaient être à l’origine, chez la femme, de cas d’insuffisance ovarienne sévère (1). Leur démarche les a conduits à rechercher les conséquences d’éventuelles mutations sur ce même gène chez l’homme.

L’étude, dirigée par le Dr Bashamboo a été conduite sur 315 hommes touchés par une infertilité demeurée inexpliquée. Le séquençage du gène NR5A1 pour l’ensemble des échantillons a permis de révéler sept mutations, responsables de 4% des infertilités sévères. Elles constituent ainsi la plus fréquente cause « monogénique » d’infertilité connue à ce jour.

Les études fonctionnelles in vitro menées pour chacune des mutations ont montré qu’elles réduisent l’expression de gènes clés nécessaires lors du développement des testicules, et notamment de gènes impliqués dans la biosynthèse de certaines hormones.

De telles recherches permettent ainsi d’envisager des applications pour le diagnostic précoce de l’infertilité, pour venir en appui d’un conseil médical : chez certains hommes porteurs d’une de ces mutations, la qualité du sperme se détériore avec le temps. Il pourrait donc leur être conseillé de procréer assez jeunes ou de procéder à une congélation de leur sperme.

Par ailleurs, certaines études montrent que l’infertilité masculine peut constituer un facteur de risque pour le développement de cancers testiculaires ou prostatiques. De plus, chez l’animal, ces mutations entraînent également d’autres types de pathologies, comme l’hypertension artérielle ou l’obésité. Il pourrait donc être nécessaire d’instaurer un suivi médical renforcé pour les hommes porteurs de mutations sur NR5A1.

 

Ces travaux ont été réalisés en collaboration avec l’hôpital Tenon (Paris) et la biobanque Germetheque pour la Recherche sur la reproduction humaine, qui ont fourni les échantillons nécessaires à l’étude, ainsi qu’avec une équipe du University College London.

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(1)Voir notre communiqué du 26 février 2009

Source

Human Male Infertility Associated with Mutations in NR5A1 Encoding Steroidogenic Factor 1, The American Journal of Human Genetics, en ligne le 30 septembre 2010.
Anu Bashamboo (1), Bruno Ferraz-de-Souza (2), Diana Lourenço (1), Lin Lin (2), Neil J. Sebire (3),
Debbie Montjean (1), Joelle Bignon-Topalovic (1), Jacqueline Mandelbaum (4), Jean-Pierre Siffroi (5),
Sophie Christin-Maitre (6), Uppala Radhakrishna (7), Hassan Rouba (8), Celia Ravel (1,4), Jacob Seeler (9), John C. Achermann (2) and Ken McElreavey (1)

(1) Human Developmental Genetics, Institut Pasteur, 75724 Paris, France
(2) Developmental Endocrinology Research Group, Clinical and Molecular Genetics Unit, UCL Institute of Child Health, London WC1N 1EH, UK
(3) Department of Paediatric Histopathology, Great Ormond Street Hospital for Children, London WC1N 3JH, UK
(4) UPMC, APHP, Hôpital Tenon Service d’Histologie et de Biologie de la Reproduction,  Paris 75020, France
(5) APHP-ER9 UPMC Service de Génétique et d’Embryologie Médicales, Hôpital Armand Trousseau, Paris 75012, France
(6) Service d’Endocrinologie, Hôpital Saint-Antoine, Paris 75012, France
(7) The Cancer Center, Creighton University, Omaha, NE 68178, USA
(8) Human Genetics Unit, Institut Pasteur of Morocco, Casablanca 20100, Morocco
(9) Nuclear Organisation and Oncogenesis Unit, INSERM U579, Institut Pasteur, Paris 75724, France

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