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Trypanosoma cruzi

à l' Institut Pasteur - Paris


Paola Minoprio
Immunopathologie du processus infectieux
Département d'Immunologie
Unité d'Immunophysiopathologie Infectieuse

 
Cette équipe a comme thème de recherches, l’étude des mécanismes immunitaires déclenchés lors d'un processus infectieux pouvant être responsables de l’immunosuppression et de l'échappement du parasite. Le modèle expérimental étudié, responsable de la Maladie de Chagas (Carlos Chagas, 1909), est celui de l’infection murine par le parasite Trypanosoma cruzi.
 

Quelques mots sur la Maladie de Chagas

La Maladie de Chagas, découverte par Carlos Chagas en 1909, est due au parasite protozoaire Trypanosoma cruzi,et représente un problème de santé publique en Amérique latine. Parmi 360 millions de personnes vivant en zone d’endémie, 90 millions d’individus sont à risque et 16-18 millions sont infectés. Le contrôle de la transmission vectorielle par des insecticides a été entamé avec succès dans la zone du Cône Sud (Argentine, Brésil, Chili, Uruguay). Cependant, les connaissances des mécanismes immunitaires impliqués dans la pathologie chronique progressive posent encore un défi pour le développement des stratégies efficaces de protection contre l’infection ou contre l’agression tissulaire. L'infection chronique est incurable, peut être invalidante et parfois mortelle.


Epidémiologie

Le parasite T. cruzi est transmis par un insecte hématophage, le triatome. Les populations exposées à la maladie vivent du sud des Etats-Unis au sud de l'Argentine. La maladie de Chagas menace un quart des populations d'Amérique Latine. Le Brésil est le plus grand pays d'endémie pour cette infection parasitaire il concentre à lui seul 40% de la prévalence de la maladie. Le risque d'infection est fortement associée aux conditions socio-économiques. L'insecte vecteur se niche en effet dans les fissures des vieux murs ou des toits des habitations pauvres des zones rurales et des zones urbaines périphériques. La maladie est entrée dans les villes lors des grandes migrations urbaines des années 70 et 80 : à cause de ces migrations, environ 300 000 personnes infectées vivent actuellement à Sao Paulo (Brésil) et 200 000 à Buenos Aires (Argentine). Le parasite peut, de plus, être transmis par transfusion sanguine et par voie transplacentaire.

La maladie

Après une phase aiguë suivant l'infection, la maladie évolue vers la chronicité chez plus d'un tiers des personnes infectées. La phase chronique apparaît après 10 à 20 ans d'infection "silencieuse". Des lésions irréversibles peuvent toucher le coeur, l'oesophage, le colon, et le système nerveux périphérique : 27% des personnes infectées souffrent de symptômes cardiaques (cardiopathies chroniques), qui peuvent conduire à la mort subite; 6% des individus sont atteints de lésions chroniques de l'appareil digestif; 3% des personnes infectées ont des atteintes du système nerveux périphérique (troubles neurologiques).

Prévention, traitement et vaccins

En dehors de la lutte vectorielle par des insecticides, il n'existe aucun moyen de contrôle de la maladie de Chagas, aucun traitement efficace pour les formes chroniques, ni vaccin. Le DNDi (Drugs for Neglected Diseases initiative), une initiative pour lutter contre les maladies négligées comme la maladie de chagas, a été créé récemment. Il regroupe l'Institut Pasteur, le Conseil Indien pour la recherche Médicale (Inde), la Fondation Oswaldo Cruz (Brésil), l'Institut de Recherche Médicale du Kenya, Médecins Sans Frontières et le ministère de la Santé de Malaisie. Ces partenaires travailleront en étroite collaboration avec le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), la Banque mondiale et le Programme Spécial de Recherche et de Formation sur les Maladies Tropicales de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS/TDR) sur la recherche de nouveaux médicaments.

 A l’Institut Pasteur

L'équipe étudie les perturbations du système immunitaire lors de l'infection expérimentale par le parasite responsable de la maladie de Chagas. Des stratégies plus rationnelles de manipulation du système immunitaire visant un meilleur pronostic du processus infectieux et des méthodes thérapeutiques contre le développement d'une pathologie chronique sont étudiées. Actuellement l'équipe analyse les effets d'inhibiteurs spécifiques d'un enzyme parasitaire qui permet à T. cruzi d'échapper aux réponses immunitaires. La récente définition de son mécanisme réactionnel et de sa structure 3D ont ouvert la voie à la recherche dune chimiothérapie contre la maladie de Chagas, voire contre d'autres agents infectieux utilisant cet enzyme.