|
Le
groupe de Toxicologie génétique participe
à la démarche préventive qui
consiste à détecter les produits de
l'environnement (les toxiques génétiques)
capables d'altérer le génome de nos
cellules (effets génotoxiques) et donc susceptibles
d'y créer des mutations et être à
l'origine de l'apparition de cancers chez l'homme.
Nous
avons utilisé réponses génotoxiques
de la cellule bactérienne, pour créer
un test de dépistage des agents potentiellement
mutagènes et/ou cancérogènes:
le SOS chromotest. Ce test permet d'évaluer
rapidement, de façon colorimétrique,
l'aptitude d'un agent à endommager l'ADN.
Il a été validé sur un grand
nombre de substances (voir).
Nous
nous intéressons aussi au mécanisme
d'action d'agents génotoxiques. Nous avons
tout particulièrement étudié
le mécanisme d'action d'un mutagène
extrêmement puissant chez les bactéries,
un nitronaphtofuranne le R7000, afin de comprendre
son extrême génotoxicité. Ce
composé est un dérivé des 5-nitrofurannes,
couramment utilisés en médecine comme
anti-parasitaire et anti-bactérien. L'analyse
des lésions induites chez la bactérie
Escherichia coli a montré que le R7000 induit
des lésions essentiellement au niveau des
guanines, à l'origine de nombreuses transversions
GC->TA et de délétions d'une paire
de bases G:C. Les nitrofurannes
doivent leur activité génotoxique
à leur activation métabolique catalysée
par des nitroréductases. Au cours de ce processus,
le R7000 entraîne un stress oxydatif, soxRS-dépendant.
Il s'agirait là d'un effet secondaire de
ce composé mais qui pourrait expliquer une
partie de sa génotoxicité.
Les
effets de cette même molécule, sont
aussi étudiés sur un modèle
animal : des souris communément appelées
"Big Blue" et présentant dans leur
génome un vecteur transgénique porteur
de gène d'origine bactérienne ou phagique
(lacI d'Escherichia coli ou des gènes
du phage lambda) permettant de détecter facilement
les mutations dans n'importe quel organe de la souris.
Nous avons montré que le R7000 injecté
par voie intrapéritonéale induit des
mutations essentiellement au niveau des organes
du système digestif: intestinn grêle, caecum
et colon. Par contre, lorsqu'il est administré
par voie orale, il induit un effet mutagène
au niveau de l'estomac. Le spectre de mutations
induites par le R7000 chez la souris a été
déterminé. Il est très similaire
à celui observé chez E. coli. Ce résultat
suggère que le mécanisme de l'action
génotoxique du produit est très similaire
chez ces deux organismes.
La
nitrofurantoine et le nifuroxazide sont deux molécules
de nitrofurannes couramment prescrites en médecine
humaine, respectivement pour le traitement des infections
urinaires et gastrointestinales. Leur administration
par voie orale à ces mêmes souris monttre
un faible effet mutagène de la nitrofurantoine
au niveau des reins. Par contre, le nifuroxazide
n'a aucune activité mutagène dans
ce système. Ces résultats, du moins
en ce qui concerne le R7000 et la nitrofurantoine,
confirment l'action génotoxique locale de
ces composés.
Afin
d'étudier les fonctions induites par un spectre
plus large d'agents toxiques (génotoxiques
potentiellement cancérogènes, cancérogènes
non génotoxiques, divers polluants du milieu
naturel), nous utilisons des matrices ("arrays")
porteuses d'ADN correspondant aux phases ouvertes
d'Escherichia coli. Le but est de définir
des classes d'agents toxiques sur des gènes
dont l'expression est induite chez Escherichia coli
et de définir des gènes, ou des groupes de gènes,
diagnostiques de chaque classe. Le spectre des gènes dont l'expression est
induite par un agent physique ou chimique constitue
une "signature" de l'action de cet agent
sur la cellule. La connaissance des gènes
diagnostiques de classe d'agents toxiques devrait
permettre de préciser les différents
aspects de l'action de ces agents: métabolisme,
activation, réponses réparatrices,
et de dévoiler les propriétés
d'ORF dont la fonction est actuellement inconnue.
D'autre part, nous espérons aboutir à
la construction de souches bactériennes portant
des fusions entre ces gènes diagnostiques
et un gène rapporteur permettant le dépistage
de ces agents dans l'environnement même (P.Quillardet).
Une
autre étude menée dans le laboratoire
vise à examiner pourquoi certaines maladies
d'origine bactérienne peuvent à long
terme évoluer en cancer. Les mêmes
souris transgéniques sont un très
bon outil pour évaluer si des mutations directement
liées à l'infection bactérienne
peuvent être responsables de ces cancers.
Le modèle choisi est celui de l'infection
par Helicobacter pylori, bactérie responsable
des ulcères gastriques (en collaboration
avec l'Unité dirigée par Agnès
Labigne et l'Unité dirigée par Michel
Huerre). De nombreuses données suggèrent
un rôle majeur des infections à H.
pylori dans la genèse des cancers gastriques
chez l'homme. L'objectif de cette étude est
d'évaluer les effets mutagènes des
infections à Helicobacter sur la muqueuse
gastrique de la souris, et d'établir un modèle
pour analyser le rôle de divers facteurs de
risques dans ce processus. Des souris transgéniques
C57Bl/6 (Big Blue) ont été infectées
chroniquement par H. pylori (Hp, souche SS1) ou
H.felis (Hf, souche CS1), pendant 6 mois. A 6 mois,
les estomacs ont été prélevés
: l'analyse histologique révèle l'induction
d'une réaction inflammatoire dans la muqueuse
gastrique. La fréquence de mutagenèse
gastrique est augmentée d'un facteur 4,5,
lors de l'infection par Hp et de 1,7 dans le cas
de Hf, comparée aux estomacs non infectés.
Ce modèle de souris transgénique constitue
un outil permettant d'étudier le rôle
des différents facteurs de risque impliqués
dans cette génotoxicité (E.Touati,
V.Michel).
|