Listeria


  RESPONSABLELE MONNIER Alban / alm@pasteur.fr
  MEMBRESDr JACQUET Christine / RAGON Marie

  Rapport d'activité

Le Laboratoire des Listeria héberge le Centre National de Référence des Listeria (CNR) et le Centre Collaborateur de l'OMS pour la listériose d'origine alimentaire (CC-OMS). Le CNR est chargé de la surveillance microbiologique et épidémiologique de la listériose en France. Le CC-OMS participe à la formation de stagiaires et caractérise les souches de L. monocytogenes adressées par des laboratoires étrangers. Les thématiques de recherche du Laboratoire visent à améliorer le diagnostic et le traitement des infections par L. monocytogenes ainsi qu’à développer de nouvelles approches phylogénétiques pour l’étude de la biodiversité des populations de Listeria.

Activités d’expertise et de Santé Publique

La listérioseest une infection grave survenant surtout chez les sujets ayant une immunité cellulaire perturbée (sujets immunodéprimés, personnes atteintes de cancer, de cirrhose ou sous thérapie immunosuppressive, etc.), les personnes âgées, les femmes enceintes et les nouveau-nés. Cette infection se traduit par des bactériémies/septicémies, des infections du système nerveux central ou pour les formes materno-néonatales par des avortements, des morts in utero, des prématurités ou des infections néonatales sévères.

En France, le diagnostic repose sur l'isolement de Listeria monocytogenes à partir d'un site normalement stérile. Le CNR reçoit les souches isolées de cas cliniques et les caractérise avec des méthodes de typage phénotypique et moléculaire. Il participe à la déclaration obligatoire de la maladie. Parallèlement, le CNR reçoit des souches isolées des aliments et de leur environnement, lors de contrôles effectués par l’industrie agroalimentaire, par les services de la Direction Générale de l'Alimentation ou par les services de la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes.

La surveillance régulière des données recueillies pour les souches d'origine humaine permet de suivre l’évolution du nombre total de cas, la répartition des formes cliniques dans chaque groupe à risque, les caractéristiques des souches impliquées et notamment de surveiller leur sensibilité aux antibiotiques, et surtout de détecter les cas groupés de listériose, etc. La surveillance et la caractérisation des souches isolées des aliments ou de leur environnement permet d'analyser la distribution générale des souches, et de disposer d'une banque de données permettant, dans certains cas, d'orienter les investigations pour identifier l'origine alimentaire de cas groupés.

Lors d'épidémies, le rôle du CNR est le suivant : (1) détection des cas groupés, (2) identification des cas épidémiques, et (3) participation à l'identification du véhicule alimentaire par comparaison des souches isolées des aliments avec les souches isolées des cas épidémiques. Le CNR participe étroitement, aux côtés de l'Institut de Veille Sanitaire, à deux systèmes supplémentaires d'investigation de la maladie en France : l'investigation autour des cas d'infection du système nerveux central par L. monocytogenes et l'étude des souches de L. monocytogenes isolées d'un produit alimentaire déjà commercialisé.

Etat de la listériose humaine en 2005selon les données du CNR (les données 2006 seront disponibles fin mars 2007). A partir des souches reçues au CNR, on observe que le nombre de nouveaux cas de listériose recensés en France métropolitaine est assez stable depuis 1996 (entre 181 et 230 cas). En 2005, 205 cas sporadiques ont été recensés. Si ces chiffres restent globalement stables par rapport aux années précédentes, ils montrent aussi que le risque Listeria subsiste et nécessite une surveillance continue. La répartition des formes cliniques des cas sporadiques pour 2005 a été la suivante : 35 (17 %) formes materno-néonatales et 171 (83 %) formes non materno-néonatales. Une diminution importante du nombre des formes périnatales avait été observée entre 1994 et 1996 et le nombre de cas observés en 2005 est le pus faible enregistré depuis 1987. La distribution des formes non materno-néonatales est proche de celles observées les années antérieures : 106 cas de bactériémies/septicémies (62 %), 58 cas d’infections du système nerveux central (34 %) et 7 cas d’autres formes cliniques (4 %).

Centre Collaborateur de l'OMS pour la listériose d'origine alimentaire (CCOMS).

Il participe à la formation de microbiologistes étrangers, à la surveillance de la listériose dans certains pays par le typage des souches, et développe des programmes de surveillance spécifiques dans certains pays jusque-là épargnés et pour lesquels le risque Listeria semble émerger (exemple des pays du Maghreb).

Activités de Recherche

Biodiversité et études phylogénétiques des populations de Listeria.

La surveillance de la listériose requiert des méthodes de typage moléculaire discriminantes, standardisées et reproductibles. Le Multilocus Sequence Typing (MLST) est une technique utilisée qui génère des données standardisées et reproductibles utilisées pour le typage moléculaire de nombreuses espèces bactériennes. Nous avons évalué le pouvoir discriminant du MLST pour les souches de L. monocytogenes en comparaison de celui de la macrorestriction d’ADN en champ pulsé (PFGE) actuellement admise comme la technique de référence. Par ailleurs, le MLST génère des informations complémentaires concernant les liens de parenté entre les souches. Nous avons utilisé cette technique pour comprendre l’évolution phylogénique des souches à un niveau global. L’ensemble des données rassemblées a également permis de constituer une base de données ouverte et accessible favorisant les échanges et les collaborations internationales sur l’étude de la structure génétique des populations de Listeria. http://www2.pasteur.fr/recherche/genopole/PF8/mlst/

Validation de nouvelles alternatives thérapeutiques

L. monocytogenes est naturellement sensible aux principaux antibiotiques utilisés en clinique. Cependant, plusieurs phénomènes inquiétants semblent émerger concernant la sensibilité des souches à certains antibiotiques motivant la recherche et la validation de nouvelles alternatives thérapeutiques au traitement de référence actuel. Une approche épidémiologique et expérimentale nous a permis de mettre en évidence l’efficacité de la moxifloxacine, fluoroquinolone de nouvelle génération, sur une collection de souches de L. monocytogenes. Outre une action rapidement bactéricide sur les formes extracellulaires et les réservoirs intracellulaires de la bactérie, la moxifloxacine présentent des propriétés pharmacocinétiques intéressantes avec une diffusion rapide et précoce dans le parenchyme cérébral d’animaux infectés expérimentalement. Cette étude confirme également le faible pouvoir sélectionnant de mutant résistant par cette molécule.

Développement de nouveaux tests diagnostiques

Nous avons développé une PCR en temps réel permettant de détecter et de quantifier l’ADN de L. monocytogenes dans les prélèvements biologiques. Ce test a été évalué prospectivement sur une cohorte de 162 liquides céphalo-rachidiens prélevés de patients avec une forte suspicion de listériose neuroméningée. Ce test permet d’améliorer la sensibilité du diagnostic de listériose notamment dans certaines situations cliniques comme le traitement antibiotique préalable. La quantification permet également le suivi de l’efficacité du traitement des patients.

Mots-clés: Listériose, Centre National de Référence, Surveillance, Listeria, Biodiversité, Populations



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